Le Gabon vacille sous le poids d’une insécurité qui ne se cache plus. Les larmes des proches du jeune Cameron, dont l’assassinat a soulevé un vent de révolte, ne sont pas seulement celles d’un deuil familial ; elles sont le symbole d’une nation qui ne se sent plus protégée. Face à l’effroi, la tentation de la réponse brutale est humaine, presque instinctive. Mais lorsque cette réponse émane du sommet de l’État sous la forme d’un retour à la peine de mort, elle mérite un examen froid, loin des passions.
Lors de la présentation des vœux au palais Rénovation, le jeudi 8 janvier, Mgr Jean Patrick Iba-Ba a eu les mots justes en rappelant que le pays reste « traumatisé par les crimes de sang associés à tort ou à raison aux acteurs politiques ». Le prélat a mis le doigt sur la plaie : le crime rituel n’est pas qu’un fait divers, c’est un symptôme de la décomposition morale d’une certaine élite.
Pourtant, la réponse suggérée par le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), Guy Bertrand Mapangou, à travers l’annonce d’une consultation populaire, déplace dangereusement le curseur. Vouloir rétablir la peine capitale au motif que la réclusion à perpétuité ne serait pas assez « dissuasive » est un raccourci intellectuel. La dissuasion ne naît pas de la cruauté du châtiment, mais de sa certitude. Or, ce qui manque cruellement au Gabon, ce n’est pas la sévérité des lois, c’est leur application aux « mains invisibles ».
L’histoire judiciaire de notre pays est jonchée de procès où les exécutants sont jetés en pâture tandis que les commanditaires, souvent tapis dans les hautes sphères du pouvoir ou de l’influence, demeurent intouchables. Rétablir la peine de mort dans un système où la justice subit encore des pressions ou cède à la corruption revient à donner à l’État le droit de tuer les « seconds couteaux », tout en laissant les véritables architectes du crime prospérer dans l’ombre d’une immunité de fait.
L’émotion populaire est un mauvais guide pour le législateur. Surfer sur la douleur des familles pour proposer une solution radicale peut s’apparenter à une distraction politique alors que le vrai chantier demeure l’indépendance de la magistrature. Si un juge n’a pas la liberté ou l’intégrité de convoquer un puissant cité à la barre, que la loi prévoie la prison ou la guillotine ne changera rien au cycle des sacrifices humains.
La sécurité des Gabonais ne réside pas dans le rétablissement d’un châtiment suprême, mais dans la fin de l’immunité pour les « mains invisibles ». Avant d’offrir un exutoire sanglant à la colère populaire, l’État a le devoir de garantir une justice intègre, capable de frapper au sommet de la pyramide plutôt que de se contenter des seconds couteaux.


