Lors du Forum de Boao à Perth, le Gabon a présenté sa stratégie d’industrialisation verte axée sur la transformation locale de ses ressources, la création d’emplois durables et le développement de partenariats internationaux écoresponsables. Menée par le vice-président du gouvernement Hermann Immongault, la délégation a valorisé des projets phares comme la Zone économique spéciale de Nkok et le gisement de fer vert de Belinga pour attirer de nouveaux financements écologiques.
C’est une tribune hautement stratégique qu’a investie la délégation gabonaise sur la côte ouest-australienne. En prenant la parole lors du prestigieux Forum de Boao à Perth, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a porté un message clair aux investisseurs et décideurs publics mondiaux : l’avenir industriel de l’Afrique sera vert, ou ne sera pas.
Face à un auditoire de partenaires financiers, le représentant gabonais a exposé la trajectoire de rupture amorcée par Libreville, axée sur la fin définitive de la simple rente extractive au profit d’une économie circulaire et à forte valeur ajoutée.

Rompre avec le modèle colonial de l’exportation brute
Au cœur du plaidoyer gabonais se trouve une doctrine économique désormais non négociable : la transformation locale systématique des matières premières. Hermann Immongault a martelé la volonté de l’État de capter la valeur ajoutée sur le sol national. Cette stratégie nationale vise un triple objectif : développer des chaînes de valeur intégrées dans les secteurs forestier, minier et énergétique. Générer des milliers d’emplois qualifiés pour absorber une main-d’œuvre jeune. Maximiser le contenu local en intégrant les PME gabonaises et les communautés rurales aux flux financiers des grands projets.
Pour illustrer cette mutation, le vice-président a rappelé le succès de la filière bois. Depuis l’interdiction d’exporter les grumes brutes, le Gabon est passé du statut de simple fournisseur à celui de leader continental de la transformation de troisième génération (contreplaqué, meubles, parquets). L’objectif affiché à Perth est d’atteindre un taux de transformation locale de 100 % sur l’ensemble des essences exploitées d’ici la fin de la décennie, tout en garantissant une gestion durable des forêts certifiées FSC.
Nkok et Belinga : Les vitrines de la transition gabonaise
Pour donner de la crédibilité à cette ambition, le vice-président a brandi deux réussites industrielles majeures. En premier lieu, la Zone économique spéciale (ZES) de Nkok, opérée par le groupe GSEZ. Devenue une référence continentale, Nkok est la première zone industrielle d’Afrique à revendiquer une certification de neutralité carbone (norme ISO 14064-1), grâce à une valorisation stricte des résidus de bois et à des unités de recyclage des plastiques et pneumatiques.
Le second pivot de cette présentation concerne le projet minier de Belinga, mené en partenariat avec le géant australien Fortescue. Ce projet titanesque ne se limite plus à l’extraction de minerai de fer, mais ambitionne de structurer une filière avant-gardiste de «fer vert ». Ce procédé de métallurgie bas carbone s’inscrit en droite ligne des exigences climatiques mondiales et fait du Gabon un laboratoire industriel pour l’avenir de la sidérurgie propre.
L’accueil enthousiaste des capitaux australiens
Du côté des milieux d’affaires à Perth, les annonces gabonaises ont trouvé un écho particulièrement favorable. Plusieurs fonds d’investissement australiens, historiquement focalisés sur les mines traditionnelles, ont salué la clarté du cadre réglementaire gabonais et son alignement sur les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance).
Des responsables du groupe Fortescue ont réitéré leur confiance dans le potentiel de Belinga, qualifiant la vision de Libreville d’« avant-gardiste ». Pour ces investisseurs, la stabilité des institutions combinée à l’accès direct à des sources d’énergie propre fait du Gabon une destination de premier choix pour relocaliser les industries lourdes en quête de décarbonation.
L’équation complexe du financement et du droit des populations
Cependant, cette mue industrielle nécessite des capitaux colossaux. Hermann Immongault a profité des panels de discussion pour lancer un appel pressant au renforcement des partenariats internationaux et à la mobilisation des mécanismes de la finance verte mondiale.
Toutefois, le dirigeant gabonais a tenu à poser les conditions de son pays : l’afflux de capitaux ne se fera pas au détriment de l’éthique sociale. Les investissements étrangers devront obligatoirement intégrer la protection rigoureuse des intérêts des populations riveraines et garantir des retombées concrètes sur le développement durable des territoires d’extraction. Un message d’équilibre qui pose le Gabon non pas en demandeur d’aide, mais en partenaire exigeant de la transition écologique globale.











