Face à la paralysie de l’appareil judiciaire gabonais, l’avocate et figure politique Marlène Fabienne Essola Efountame propose une feuille de route radicale en quatre axes. En réponse aux sirènes d’alarme tirées par le Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMAG), elle refuse le simple constat d’échec et appelle le pouvoir de transition à engager des réformes budgétaires et structurelles immédiates pour restaurer l’autorité de la loi.
Au Gabon, le diagnostic sur l’état de la justice n’est plus à faire, il saigne. Mais là où beaucoup se contentent de dénoncer les dysfonctionnements d’une institution à bout de souffle, Maître Marlène Fabienne Essola Efountame choisit de conceptualiser la thérapie. L’avocate et femme politique vient de jeter les bases d’un plan de redressement global, structuré autour de quatre piliers non négociables. Pour elle, l’heure n’est plus aux effets de manche politiques, mais à la chirurgie institutionnelle. « On ne bâtit pas un État de droit avec des slogans ; on le bâtit avec des actes budgétisés, des garanties d’indépendance et le respect de la légalité républicaine », martele-t-elle, fixant d’entrée de jeu le cap de son exigence.
Sanctuariser les tribunaux face aux pressions exécutives
Le premier commandement de ce plan de sauvetage commence par la base : la sécurité physique et morale de ceux qui rendent la justice. Constatant une porosité alarmante au sein des palais de justice, la juriste préconise une mesure forte : la création immédiate d’un corps d’élite spécialisé, entièrement dédié à la protection des tribunaux. Fait crucial, cette force serait placée sous l’autorité fonctionnelle directe des responsables judiciaires.

Cette quête de souveraineté se double d’un volet d’autorité face aux autres corps de l’État. Me Essola Efountame exige une réponse disciplinaire implacable en cas d’insubordination des officiers de police judiciaire (OPJ) vis-à-vis des magistrats. Une manière de rappeler une règle démocratique fondamentale : la police enquête, mais c’est la justice qui commande.
Sortir les magistrats de la précarité statutaire
Le second chantier s’attaque aux rouages internes de la machine humaine judiciaire, trop longtemps grippés par le clientélisme et le fait du prince. Pour mettre fin à l’angoisse et à l’incertitude qui plombent la carrière des magistrats, l’avocate propose la convocation sans délai du Conseil supérieur de la magistrature.
L’objectif est limpide : adopter définitivement les textes d’application fixant le statut des magistrats. En formalisant ces règles, l’avocate souhaite opérer un changement de paradigme culturel. Il s’agit de faire passer la gestion des carrières d’une logique d’attente passive et de faveurs à un cadre réglementaire automatisé, transparent et prévisible.
Suivre l’argent : l’exigence d’un audit des recettes judiciaires
La troisième proposition met les pieds dans le plat d’un sujet tabou, souvent murmuré dans les couloirs des tribunaux mais rarement exposé sur la place publique : l’opacité des flux financiers générés par l’appareil judiciaire. Frais de greffe, amendes, cautions, où va réellement l’argent de la justice ?
Pour couper court aux soupçons de captation des ressources, Me Essola Efountame suggère la généralisation absolue de la quittance du Trésor public pour chaque transaction, doublée d’un audit indépendant et rigoureux des recettes judiciaires. « La transparence ne peut pas être une exigence variable selon les périodes ou les institutions », assène-t-elle, liant directement la probité financière des tribunaux à leur légitimité populaire.
Discipliner sans arbitraire : protéger le juge pour protéger le citoyen
Enfin, le dernier pilier de son plan aborde la délicate question de la déontologie. Tout en prônant une justice irréprochable, l’avocate souhaite refonder l’architecture de la justice disciplinaire. Son but : garantir aux magistrats poursuivis de véritables droits de la défense et des voies de recours effectives face aux sanctions professionnelles.
Cette proposition soulève une interrogation philosophique et politique majeure : comment exiger l’exemplarité absolue des juges tout en leur offrant des armures juridiques suffisantes contre d’éventuels abus de pouvoir ou règlements de comptes politiques ? Pour elle, un juge terrorisé par sa hiérarchie est un juge incapable de trancher en toute impartialité.
Au-delà des mots, le défi de l’action
Par la densité de ces propositions, Marlène Fabienne Essola Efountame réussit à déplacer habilement les termes du débat national. La question n’est désormais plus de savoir ce qui ne va pas au sein de la justice gabonaise, le constat est unanime, mais plutôt de mesurer le courage politique de l’État de transition. Quelles réformes le pouvoir est-il réellement prêt à acter et à financer pour redonner vie à l’institution ?
« La justice n’est pas un outil de confort gouvernemental, ni un bouc émissaire de circonstance.» Cette formule finale résume à elle seule l’enjeu crucial des prochains mois pour le Gabon : restaurer d’une même main l’autorité défaillante de la justice, sans jamais sacrifier son indépendance sur l’autel de la politique. Le gant est jeté, il attend sa réponse budgétaire.













