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L’hommage de Michel Ongoundou Loundah à Françoise Kessany, « l’une des plus belles consciences du combat démocratique gabonais »

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Décédée le 19 juin 2026, Françoise Kessany laisse derrière elle le souvenir d’une femme qui avait fait du Gabon bien davantage que son pays d’adoption. Épouse du diplomate Pierre Kessany, diplômée de HEC, elle était devenue au fil des années une figure discrète mais déterminée du combat pour la vérité, la justice et la démocratie. À travers un hommage empreint d’émotion, Michel Ongoundou Loundah retrace le parcours d’une femme dont l’engagement a profondément marqué ceux qui l’ont côtoyée.

Une disparition qui bouleverse ses compagnons de route

Certaines disparitions dépassent le cercle familial pour toucher une communauté entière de convictions et de combats. Celle de Françoise Kessany appartient à cette catégorie. Décédée ce 19 juin 2026, elle laisse derrière elle une profonde émotion parmi celles et ceux qui ont partagé ses engagements au service de la justice et de la démocratie au Gabon.

Dans un hommage particulièrement poignant, Michel Ongoundou Loundah confie avoir longtemps hésité avant de prendre la plume. « Non parce que je manquais de souvenirs à partager, mais parce que je me sens incapable de trouver les mots justes pour traduire à la fois mon chagrin, mon émotion et surtout la dimension exceptionnelle de la femme que nous venons de perdre ».

Pour lui, le départ de Françoise Kessany représente bien davantage que la disparition d’une amie ou d’une compagne de lutte. C’est une conscience qui s’éteint. « Avec elle s’éteint une voix discrète mais ferme, un regard bienveillant mais déterminé, une conscience libre qui avait choisi son camp, celui de la justice, de la vérité et de la dignité humaine », écrit-il.

Des mots qui résument l’image laissée par celle qui, pendant plusieurs décennies, a accompagné les espoirs, les douleurs et les aspirations d’un pays qui n’était pas celui de sa naissance mais qu’elle avait pleinement adopté.

Du Japon au Gabon : l’histoire d’un amour devenu destin

L’histoire de Françoise Kessany avec le Gabon commence loin de Libreville. Nous sommes en 1972, au Japon. Jeune diplômée de HEC, elle croise le chemin d’un diplomate gabonais nommé Pierre Kessany. De cette rencontre naît une histoire d’amour qui traversera les continents, les cultures et les décennies. Quelques mois plus tard, les deux amoureux choisissent de s’unir au Gabon. Pour Michel Ongoundou Loundah, cette union dépasse largement le cadre d’un mariage. « Elle n’a pas seulement épousé un homme. Elle a épousé une histoire. Elle a épousé un destin. Elle a épousé un pays. Le Gabon. » Cette formule résume le parcours singulier de cette Française qui, au fil des années, s’est profondément enracinée dans la société gabonaise. « Beaucoup auraient aimé un homme. Françoise, elle, a aimé également le pays de cet homme », souligne-t-il.

Loin de demeurer une simple observatrice de son pays d’adoption, elle en partage les réussites comme les difficultés. Elle accompagne ses espérances, porte ses blessures et fait progressivement sien le destin du peuple gabonais. Cette relation particulière avec le Gabon finira par façonner toute son existence.

Une vie consacrée aux autres plutôt qu’à elle-même

Rien ne prédestinait pourtant Françoise Kessany à une vie de combats citoyens. Diplômée de l’une des plus prestigieuses écoles françaises de commerce, elle aurait pu choisir une carrière confortable et consacrer son énergie à sa réussite personnelle. Mais selon ceux qui l’ont connue, telle n’était pas sa nature. « Françoise était tournée vers les autres. Vers le bien commun. Vers les causes qui dépassent les intérêts individuels », rappelle Michel Ongoundou Loundah.

Il décrit une femme profondément attachée à l’idée de service, appartenant à « cette catégorie rare de personnes qui donnent davantage qu’elles ne réclament et qui s’inquiètent davantage du sort des autres que du leur ». Cette générosité discrète apparaît comme l’un des traits dominants de sa personnalité. À une époque souvent marquée par les calculs personnels et les intérêts particuliers, Françoise Kessany cultivait une autre conception de l’engagement : celle du don de soi et de la solidarité. Sans rechercher la lumière ni les honneurs, elle mettait son énergie au service de causes qu’elle estimait justes. Une manière d’être qui lui vaudra le respect de nombreux acteurs de la société civile gabonaise.

Après 2016, une militante infatigable de la vérité et de la justice

L’un des chapitres les plus marquants de son parcours s’ouvre à la suite des violences postélectorales de 2016. Profondément affectée par les événements qui secouent alors le Gabon, Françoise Kessany choisit de s’engager activement dans la recherche de la vérité et de la justice. « Ce combat, elle ne l’a pas seulement soutenu par des paroles. Elle y a engagé son temps. Son énergie. Ses forces. Et parfois même son propre patrimoine », témoigne Michel Ongoundou Loundah. Selon lui, son engagement ira jusqu’au sacrifice d’une part importante de ses biens personnels afin de soutenir la quête de justice pour les victimes. Un engagement d’autant plus remarquable qu’il s’est exercé loin des projecteurs. « Sans jamais s’en vanter. Sans jamais rechercher la reconnaissance. Sans jamais attendre de récompense », insiste-t-il.

Alors que beaucoup choisissent la prudence ou le silence, Françoise Kessany persiste à faire entendre sa voix. « Lorsque beaucoup se taisaient, elle parlait. Lorsque beaucoup détournaient le regard, elle témoignait. Lorsque certains cédaient à la peur ou au découragement, elle continuait à croire que la vérité finirait par triompher. » Son combat visait notamment à obtenir toute la lumière sur les violences postélectorales et à promouvoir l’établissement d’une commission d’enquête internationale indépendante. Pour elle, l’indifférence ne pouvait constituer une réponse face à la souffrance des victimes. « Elle savait surtout que le silence n’a jamais protégé les peuples », résume son compagnon de route.

L’héritage d’une conscience gabonaise

Françoise Kessany s’en va sans avoir vu l’aboutissement de toutes les causes qu’elle défendait. « Tu pars sans avoir vu la démocratie rayonner pleinement sur cette terre que tu avais faite tienne », écrit Michel Ongoundou Loundah avec émotion. Elle disparaît également sans avoir obtenu toutes les réponses qu’elle réclamait au sujet des violences de 2016.

Pour autant, son combat n’apparaît pas comme un échec. « Tu pars après avoir mené le bon combat. Tu pars sans avoir renoncé. Tu pars sans avoir trahi tes convictions », affirme-t-il. Car certaines luttes dépassent ceux qui les portent. Certaines graines ne germent qu’après le départ de ceux qui les ont semées. C’est précisément ainsi que ses proches envisagent aujourd’hui son héritage.

Michel Ongoundou Loundah reprend à son compte une image particulièrement forte : « Les grands arbres ne disparaissent jamais totalement ; ils continuent d’abriter les voyageurs longtemps après leur chute. » Pour beaucoup, Françoise Kessany était de ces grands arbres. Son corps disparaît, mais demeurent son courage, son humanité, sa fidélité à ses convictions et son attachement indéfectible au Gabon.

Née en France, elle était devenue au fil des décennies l’une des consciences les plus respectées du combat démocratique gabonais. « Tu étais née ailleurs. Mais tu avais choisi le Gabon », résume Michel Ongoundou Loundah dans une formule qui restera sans doute comme la plus juste pour raconter son parcours. Une vie guidée par la fidélité, la générosité et le refus du silence. Une vie dont l’empreinte continuera de traverser le temps bien au-delà de ce 19 juin 2026.


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