Derrière la rigueur des chiffres publiés par le Pôle National de Promotion de l’Emploi (PNPE), une réalité sociale brute saute aux yeux : la pression asphyxiante du chômage sur le marché du travail gabonais. Pour les futurs travaux de bitumage de l’axe Alembé–Lopé–Carrefour Leroy–Carrefour Mikouyi (Lot 2), pas moins de 291 demandeurs d’emploi se sont pressés lors de la campagne de présélection organisée dans l’Ogooué-Lolo. Un afflux massif qui en dit long sur les attentes de la jeunesse de l’arrière-pays.
À première vue, cette opération de recrutement illustre une volonté politique claire : sanctuariser les retombées économiques des grands chantiers nationaux au profit direct des populations locales. Pourtant, elle met surtout en lumière une urgence sociale plus sombre. Chaque perspective d’embauche, même temporaire, attire une foule disproportionnée de candidats en quête de subsistance. Cette ruée vers le chantier rappelle avec force que la crise de l’emploi frappe de plein fouet l’intérieur du pays, où les opportunités économiques restent particulièrement rares.
Lastoursville en première ligne de la demande
Pour orchestrer ce recrutement de proximité, les équipes du PNPE, associées aux responsables de l’entreprise PORTEO BTP Gabon, ont quadrillé les localités concernées. Objectif : informer les habitants, réceptionner les dossiers et mener les premiers entretiens d’embauche directement sur le terrain.


Le bilan comptable de cette tournée est éloquent. À l’issue de cette phase critique, 91 candidatures ont été formellement enregistrées à Koula-Moutou. Ce chiffre culmine à 200 postulants à Lastoursville. Au total, ce sont 291 Gabonais qui espèrent décrocher un précieux contrat pour intégrer le chantier dont le coup d’envoi est programmé entre juillet et septembre.
Les infrastructures, bouclier contre le chômage
Ces statistiques rudes témoignent de l’ampleur de la détresse sociale dans cette province. Elles rappellent que, dans le contexte gabonais actuel, les grands projets d’infrastructures routières ne constituent pas seulement des investissements logistiques ou des lignes de crédit budgétaires.
Ils s’imposent avant tout comme de véritables boucliers sociaux et des moteurs indispensables d’insertion. Pour ces centaines de candidats, le bitumage de la route Alembé–Mikouyi représente bien plus qu’un simple chantier de travaux publics : c’est une passerelle rare vers la dignité financière et une accalmie, même éphémère, face à la précarité quotidienne.
PNPE et PORTEO BTP, un tandem public-privé sous pression
L’afflux de 291 candidats pour le chantier de l’Ogooué-Lolo met en lumière le rôle pivot joué par le Pôle National de Promotion de l’Emploi (PNPE) et le géant de la construction PORTEO BTP Gabon. Ce partenariat public-privé illustre la méthode désormais privilégiée par les autorités publiques : conditionner l’attribution des grands marchés d’infrastructures à l’obligation d’embauche locale et à la transparence des recrutements.
Pour le PNPE, l’enjeu dépasse la simple gestion des CV. Il s’agit de garantir que la main-d’œuvre de l’arrière-pays ne soit pas marginalisée au profit de travailleurs venus de la capitale. Pour l’entreprise PORTEO BTP, cette démarche inclusive est une clé d’acceptabilité sociale dans les territoires qu’elle traverse. Cependant, face à l’immensité de la demande, soit 200 postulants pour la seule ville de Lastoursville, ce tandem se retrouve en première ligne d’une attente populaire immense. Une pression qui rappelle que si le bitume désenclave les provinces, il ne peut absorber à lui seul toute la détresse du marché de l’emploi.









