AccueilA La UneGabon : Jean Valentin Leyama traiterait-il les militaires du CTRI de « cupides comme les civils » ?

Gabon : Jean Valentin Leyama traiterait-il les militaires du CTRI de « cupides comme les civils » ?

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Une phrase, quelques mots soigneusement choisis et un sous-entendu qui ne laisse guère indifférent. Dans une publication sur sa page Facebook, Jean Valentin Leyama s’en prend, avec une ironie mordante, à la posture morale des militaires au pouvoir. Sans les qualifier explicitement de « cupides », l’ancien député semble les renvoyer à leurs propres contradictions : après trois années de gouvernance, auraient-ils encore la légitimité de donner des leçons de gestion, de morale et de probité aux civils ?

Une formule qui vise au-delà des civils. Jean Valentin Leyama ne s’embarrasse pas de détours. Dans un post sur sa page Facebook, il ironise : « En trois ans de gouvernance, les militaires doivent avoir perdu la capacité donner, l’arrogance en prime, des leçons de gestion, de morale et de probité aux civils. C’est déjà ça. »

La formulation mérite que l’on s’y attarde. L’homme politique ne parle pas simplement de résultats économiques, de bilan administratif ou de performance gouvernementale. Il place son propos sur le terrain de la morale publique, de la probité et de la gestion des affaires de l’État. Trois notions particulièrement sensibles lorsqu’elles sont utilisées à l’encontre de ceux qui exercent le pouvoir.

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« C’est déjà ça » : l’ironie comme arme politique

C’est surtout la dernière formule qui donne à la déclaration sa charge sarcastique : « C’est déjà ça. » Elle transforme ce qui pourrait paraître comme une simple critique en véritable trait d’ironie. Comme si, aux yeux de Leyama, la principale évolution à retenir après trois années de gouvernance militaire était que les nouveaux dirigeants auraient perdu — ou devraient avoir perdu — le droit de sermonner les civils.

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Le choix du verbe « doivent » est lui aussi significatif. Il ne constitue pas une accusation factuelle au sens strict ; il installe plutôt une hypothèse critique. Leyama suggère que l’exercice du pouvoir aurait dû produire une prise de conscience : lorsqu’on gouverne, on se retrouve nécessairement confronté aux mêmes exigences, aux mêmes contraintes et aux mêmes reproches que ceux que l’on adressait hier aux autres.

Les militaires dans le viseur, sans être nommés

C’est ici que se situe le véritable intérêt politique de cette déclaration. Jean Valentin Leyama ne cite pas directement le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) ni aucun de ses responsables. Il parle des « militaires » et de leurs « trois ans de gouvernance ». Le rapprochement avec les autorités issues de la transition paraît donc évident, mais l’auteur laisse volontairement au lecteur le soin de tirer la conclusion.

Dès lors, une question s’impose : cette sortie constitue-t-elle simplement une critique de l’arrogance supposée du pouvoir ou vise-t-elle plus largement le bilan moral de la gouvernance militaire ? Et surtout, lorsque Leyama estime que les militaires auraient perdu la capacité de donner des leçons de « gestion, de morale et de probité », ne les place-t-il pas, symboliquement, dans la même catégorie que les civils qu’ils prétendaient précisément devoir remplacer ?

De la rupture promise au principe de réalité

La question dépasse finalement la seule personne de Jean Valentin Leyama. Elle renvoie à une difficulté classique de toute transition politique : la rupture annoncée doit-elle seulement changer les hommes ou également les pratiques ?

L’arrivée des militaires au pouvoir avait été accompagnée d’un discours de restauration, de redressement et de refondation. Une telle ambition implique nécessairement une exigence élevée en matière de gouvernance. Mais plus le temps passe, plus les nouvelles autorités sont jugées non plus sur leurs intentions, mais sur leurs actes, leurs résultats et leur capacité à respecter les standards qu’elles ont-elles-mêmes revendiqués.

C’est précisément sur ce terrain que s’inscrit la sortie de Leyama. En quelques lignes, il renverse le rapport entre donneur et receveur de leçons : ceux qui étaient venus corriger les civils doivent désormais accepter d’être eux-mêmes évalués.

Le procès des mots ou celui de la gouvernance ?

Faut-il alors comprendre que Jean Valentin Leyama traite les militaires de cupides ? La réponse, journalistiquement, doit rester prudente : il ne prononce pas ce mot dans la déclaration rapportée. Il parle d’arrogance et conteste leur capacité à donner des leçons de gestion, de morale et de probité. Le qualificatif de « cupides » relève donc davantage de l’interprétation que de la citation.

Mais son propos pose une question politique suffisamment lourde pour ne pas être évacuée : les militaires au pouvoir peuvent-ils encore se présenter comme les arbitres moraux de la République sans accepter que leur propre gestion soit soumise au même niveau d’exigence ?

Au fond, la sortie de Jean Valentin Leyama ressemble moins à une simple pique sur Facebook qu’à un retournement du miroir. Hier, les civils étaient sommés de rendre des comptes ; aujourd’hui, ceux qui les ont remplacés découvrent à leur tour les exigences du pouvoir. Reste désormais à savoir si, après trois années de gouvernance, les militaires accepteront que le miroir leur soit tendu sans détour. Car en politique, celui qui prétend donner des leçons finit toujours par devoir passer l’examen lui-même.

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