AccueilActualitéEconomieGabon : Transformation locale du manganèse, qui de Marcel Abéké ou d’Egide Boundono Simangoye peut conduire le...

Gabon : Transformation locale du manganèse, qui de Marcel Abéké ou d’Egide Boundono Simangoye peut conduire le projet ?

Publié le
Écouter cet article

L’accord historique de Paris sur la transformation locale du manganèse place le Gabon face à son destin industriel. Pour piloter à bien ce chantier titanesque, deux figures de proue se détachent : Marcel Abéké et Egide Boundono Simangoye. Entre mémoire ouvrière et expertise technique, le choix des autorités et du président de la République sera décisif.

La décision historique prise par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, en faveur de la transformation locale des ressources minières, a trouvé une issue heureuse en marge de la visite d’État du 20 au 23 juillet en France. Si cet accord tripartite, liant l’État gabonais, l’État français et le groupe Eramet, maison-mère de la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), suscite l’espoir, sa mise en œuvre opérationnelle constitue le véritable défi de la partie gabonaise. Quelle expertise saura piloter ce projet d’envergure, susceptible de faire basculer le pays dans un second « boom » économique, comparable à celui du pétrole dans les années 1970 ?

Le spectre de l’erreur de casting administratif

De prime abord, la question du leadership pour un tel projet ne devrait pas se poser, tant les compétences nationales existent. Pourtant, l’administration gabonaise souffre d’un mal chronique : l’erreur de casting. Au nom d’un rajeunissement parfois mal maîtrisé, les autorités ont trop souvent cédé à la tentation de recruter de jeunes cadres à peine sortis des amphithéâtres pour leur confier des programmes d’intérêt vital. Ceux-ci, sans autre expérience que leur parchemin comme seul sauf-conduit, pensent que celui-ci suffit, comme un coup de baguette magique, à répondre à toutes les attentes de l’État. Le résultat est sans appel : depuis près de deux décennies, aucun grand chantier infrastructurel ou industriel d’envergure n’a été mené à son terme.

Pour ce projet structurant du manganèse, le choix ne tolère aucun amateurisme. Deux poids lourds du secteur minier national, seuls capables de porter les ambitions du président Brice Clotaire Oligui Nguema, peuvent se disputer implicitement la direction des opérations : Marcel Abéké et Egide Boundono Simangoye.

Marcel Abéké : le bâtisseur de l’âge d’or de Moanda

Arrivé à la tête de la Comilog en 1988, avant d’en devenir l’Administrateur-Directeur Général de 1995 à 2011, Marcel Abéké incarne l’âge d’or de la compagnie et du département de la Lébombi-Leyou. Sous sa gouvernance, la Comilog représentait le summum de la réussite pour les ingénieurs gabonais. Au-delà des avantages sociaux accordés aux employés, l’impact sur la ville de Moanda fut spectaculaire. S’entourant d’experts reconnus et de conseillers locaux avisés, à l’instar d’Arthur Doungou, M. Abéké a su imposer un partage de valeur inédit à la maison-mère Eramet.

Les populations locales gardent la nostalgie d’une époque où l’adduction d’eau était gratuite, la voirie communale impeccablement entretenue et l’accès à l’hôpital de la Comilog entièrement pris en charge par l’opérateur. En 2010, fort de son entregent, il pose les jalons du Complexe métallurgique de Moanda (CMM), inauguré en 2015, marquant le premier pas du Gabon vers la valorisation locale du minerai.

Ce parcours brillant fut interrompu par l’ombrageux régime d’Ali Bongo Ondimba. Craignant l’influence politique d’un cadre de cette stature, bien que l’ingénieur n’ait jamais manifesté d’ambition pour le Palais Rénovation, le pouvoir déchu a poussé Eramet à l’écarter. Une perte immense pour le secteur. Les observateurs s’accordent à dire que, de jour comme de nuit, Marcel Abéké maîtrise la carte minière gabonaise sur le bout des doigts. Son départ a d’ailleurs coïncidé avec le déclin de Moanda, qui a vu ses acquis sociaux s’effondrer.

La conséquence du départ de Marcel Abéké de Comilog a été, en effet, une réelle perte pour Moanda. Naguère véritable îlot de bien-être dans un pays où l’immense majorité de la population vivait dans une précarité révoltante, la ville est redevenue un « gros village de brousse », où les acquis de Comilog ont totalement disparu. Le mess des cadres est devenu un restaurant de trottoir, communément appelé « dos tourné ».

Egide Boundono Simangoye : l’expert de la COMUF face aux défis de l’après-mine

Face à ce bilan, la candidature d’Egide Boundono Simangoye ne manque pas d’arguments. Formé dans les plus prestigieuses écoles d’ingénieurs en France et au Gabon, il a dirigé la Compagnie des mines d’uranium de Franceville (COMUF), faisant de Mounana une cité minière moderne à la suite d’accords pour le raffinage local de l’uranium avec la COGEMA.

Toutefois, la trajectoire de la COMUF invite à la nuance. L’après-uranium s’est avéré particulièrement difficile à gérer après la fermeture du site en 1999, précipitée par l’épuisement des réserves et la crise de la pollution radioactive. Aujourd’hui, Mounana n’est plus que l’ombre d’elle-même. Faut-il y voir une défaillance managériale ou l’inévitable déclin d’un site confronté à un défi environnemental inédit ? La question reste ouverte.

Après la COMUF, Egide Boundono Simangoye a rebondi avec succès à la tête de la Société nationale des bois du Gabon (SNBG), avant d’intégrer le gouvernement en 2001 comme ministre des Travaux publics et de la Construction, consolidant ainsi son profil d’homme d’État.

Un arbitrage crucial pour le chef de l’État

Le projet de transformation locale du manganèse est d’une envergure telle qu’aucune approximation ne sera tolérée. Si Egide Boundono Simangoye dispose d’une solide expérience multisectorielle et d’un ancrage étatique fort, Marcel Abéké bénéficie d’une légitimité historique incontestée au cœur même de l’écosystème Comilog-Eramet.

Pour les autorités de la République, principalement le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, principal porteur de ce projet, l’arbitrage entre ces deux technocrates chevronnés déterminera si le Gabon saura enfin transformer ses richesses du sous-sol en levier de prospérité durable pour son peuple.

Par Agnès Laplumacerbe (Envoyée spéciale à Paris)

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

spot_img

Articles similaires