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Gabon : Raoul Christophe Bia, un journaliste ou un incendiaire au service d’Oligui Nguema?

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Les mots ont un poids, surtout lorsqu’ils sont prononcés par celui qui prétend défendre un chef d’État. Mais lorsque ces mots deviennent menaces, insultes et appels à la violence, des questions s’imposent. Que représente réellement Raoul Christophe Bia dans l’entourage du président Brice Clotaire Oligui Nguema ? Jusqu’où peut aller le soutien à un chef d’État lorsque le langage quitte le terrain de l’argument pour celui du défi et de la menace ?

Raoul Christophe Bia s’est fait connaître au Cameroun notamment par ses reportages et chroniques à Vision 4. Après son départ, il a rejoint Média Afrique News en 2024. Son média, Le Grand Reporter, figurait parmi les médias camerounais accrédités pour couvrir la présidentielle gabonaise de 2025.

Depuis le 30 août 2023, Bia revendique une proximité particulière avec l’expérience politique gabonaise. Il affirme n’avoir manqué aucun des grands rendez-vous du magistère d’Oligui Nguema et se définit comme un « pur et dur Oliguiste ». Il dit aussi avoir créé le concept d’«Oliguisme » pour qualifier la gouvernance du chef de l’État.

Sa présence répétée aux déplacements et événements présidentiels est visible. Pourtant, aucun décret, aucune note de service, aucune communication officielle ne précise sa fonction au sein de la présidence gabonaise. Il n’est pas inscrit dans l’organigramme du service de communication, mais il bénéficie d’un accès exceptionnel aux activités présidentielles. Il commente, relaie, diffuse et s’exprime librement.

Ce qui inquiète avec ce « soutien indéfectible » d’Oligui Nguema, ce ne sont pas ses convictions, mais la nature de ses prises de parole incendiaires, vulgaires, provocatrices, violentes, menaçantes. Et c’est là où commence le problème.

Une rhétorique de menace et de violence : les propos qui posent question

Dans une vidéo publiée sur son compte TikTok, Raoul Christophe Bia répond à des critiques visant le président gabonais. Le ton est brutal, agressif, parfois quasi-militaire. Il lance : « On va écraser qui ? Vous allez passer où pour faire ce que vous dites là ? » Puis il promet de traquer les opposants : « Nous allons l’exposer. Nous allons l’arrêter. La justice va s’occuper de lui. » Il affirme que le président est intouchable : « Personne ne touchera un seul cheveu du meilleur président du monde. » Il va plus loin, évoquant un engagement physique : « Nous irons au bord de mer de Libreville faire le bouclier humain. ». A ce niveau on a bien envie de connaitre contre qui Oligui Nguema est en guerre.  La menace devient collective : « Vous allez nous trouver sur votre chemin. » Il se présente comme un défenseur transnational : « Nous, qui ne sommes pas Gabonais, nous le défendons. » Et il promet une mobilisation quasi-mystique : « Même par la sorcellerie, vous allez nous trouver parce qu’on est déjà assis là-bas. » Enfin, il conclut par une mise en garde inquiétante : « Osez un jour perdre la route avec nous, faire quelque chose à Brice Oligui… Venez, on vous attend. »

Ces propos, d’une rare violence, ne relèvent plus du commentaire politique. Ils relèvent de l’intimidation, dela menace, et d’une forme demilitantisme agressif incompatible avec la fonction journalistique et surtout aux antipodes des valeurs prônées et défendues par Brice Clotaire Oligui Nguema.

Ethique, déontologie et question institutionnelle

Un journaliste qui accompagne un chef d’État, qui filme ses déplacements, qui relaie sa communication, qui bénéficie d’un accès privilégié, porte une responsabilité particulière. Il est, de fait, un miroir de l’institution présidentielle. À travers lui, le public lit la posture, le sérieux, la hauteur du chef de l’État.

Or, les propos de Raoul Christophe Bia interrogent profondément. Ils sont contraires à la déontologie journalistique, qui impose mesure, distance, respect des faits, refus de la violence verbale. Ils sont également contraires à l’éthique républicaine, qui exige que ceux qui gravitent autour du président incarnent calme, dignité, maîtrise.

Dès lors, une question s’impose : À qui Oligui Nguema a-t-il confié sa parole et son image ?

La présidence de la République gabonaise doit clarifier le rôle exact de Raoul Christophe Bia dans l’équipe présidentielle. Est-il journaliste accrédité ? Conseiller informel ? Communicant officieux ? Militant proche du pouvoir ?

Elle doit également, pour protéger l’image du chef de l’État, recadrer ce journaliste, voire s’en séparer, afin d’éviter que des propos violents et menaçants ne soient associés à la première institution du pays. Car un président se juge aussi à travers ceux qui parlent en son nom, même lorsqu’ils prétendent ne pas en avoir le mandat.

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