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Gabon : Mounana symbole d’un paradoxe minier, à quoi sert la RSE ?

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Une toiture éventrée, une charpente à nu, des infiltrations qui rongent les murs. Les images de la mairie de Mounana sont saisissantes. Difficile d’imaginer que ce bâtiment administratif se trouve au cœur d’une région qui, pendant quarante ans, a contribué à la richesse minière du Gabon. Au-delà de l’état d’un simple édifice public, c’est toute la question de la redistribution des richesses extractives et de l’efficacité de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) qui est posée.

Sur les photos, la charpente est visiblement rongée, la tôle arrachée par endroits, les infiltrations ont laissé des traces brunes sur les murs intérieurs. Une bâche de sécurité ceinture désormais une partie du bâtiment. Or une mairie n’est pas un édifice comme un autre : elle incarne l’État et la commune. Lorsqu’elle tombe en ruine sous le simple poids du temps et du manque d’entretien, c’est l’autorité publique locale tout entière qui semble abandonnée aux yeux des administrés.

Ancienne capitale de l’uranium

Tout commence en 1956, quand des prospections révèlent un important gisement d’uranium dans cette petite bourgade du Haut-Ogooué. La Compagnie des Mines d’Uranium de Franceville (COMUF) est créée en 1958, et l’exploitation industrielle démarre dès 1961. Pendant près de quarante ans, jusqu’à l’arrêt définitif en 1999, Mounana devient une véritable ville-champignon, alimentant les centrales nucléaires françaises et propulsant le Gabon au rang de producteur mondial d’uranium. La fermeture du site, officiellement justifiée par l’épuisement des gisements économiquement exploitables et la chute des cours mondiaux de l’uranium, sonne le glas de cette prospérité. Les questions environnementales et radiologiques, elles, s’imposeront surtout après-coup, avec les travaux de réhabilitation du site. Depuis, Mounana s’est muée en simple campement urbain, où le bâtiment de la mairie symbolise aujourd’hui cette lente dégradation.

Du manganèse à la RSE : une question nationale

Aujourd’hui, c’est le manganèse qui fait vivre le Haut-Ogooué, à travers la Comilog. La logique voudrait que les communes minières bénéficient d’infrastructures solides, d’écoles entretenues, de routes praticables. Il serait toutefois inexact d’affirmer que la RSE des entreprises minières présentes dans la région est inexistante : Comilog finance effectivement des projets dans l’éducation, la santé, l’entrepreneuriat ou l’accès à l’eau, comme à Okondja où Nouvelle Gabon Mining opère. Egalement à Bakoumba, qui se situe sur la même chaine minière que Mounana et Moanda. La vraie question n’est donc pas de nier ces efforts, mais de s’interroger sur leur ampleur, leur répartition et leur adéquation avec les besoins réels de ces localités. Moanda, cœur historique du manganèse gabonais, où subsistent des routes dégradées, en est l’illustration la plus frappante.

Repenser la RSE : de la charité à la transformation

Une piste de solution s’impose : rendre la RSE plus transparente, publier chaque année les montants investis par commune, associer systématiquement conseils municipaux et départementaux à la définition des priorités locales, privilégier les infrastructures durables aux actions ponctuelles.

La toiture éventrée de la mairie de Mounana dépasse le simple problème d’un bâtiment vétuste : elle interroge ce qui reste aux territoires une fois les richesses du sous-sol extraites. Il appartient désormais à l’État, aux entreprises minières et aux collectivités locales de refonder ensemble une gouvernance plus participative de la RSE.


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