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Gabon : Crise au PDG, le grand déballage d’un naufrage politique et le jeu trouble des transfuges

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Quarante-huit heures après la charge frontale et théâtrale de son ancien « Distingué camarade », l’appareil du Parti démocratique gabonais (PDG) tente de colmater les brèches. Ali Bongo Ondimba, depuis son exil doré en France, revendique haut et fort le fauteuil de président de la formation politique. Face à cette sédition à distance, la direction intérimaire du parti se mure en conclave ce jour. Derrière les portes fermées, l’enjeu est de taille : orchestrer une riposte millimétrée pour donner le change à un ex-chef de l’État qui refuse de capituler.

L’état-major sous haute tension, un agenda en deux temps. L’ambiance est électrique au siège du parti. Si l’ordre du jour officiel a été soigneusement passé sous silence par le communiqué de la Secrétaire générale, Angélique Ngoma, le dispositif trahit la gravité de la crise. Le conclave se décline en deux sessions successives. Dès 14 heures, ce sont les gardiens du temple, les membres du Conseil consultatif des sages, qui ouvrent le bal des tractations. À 15 heures, la pression montera d’un cran avec la réunion conjointe des membres du Bureau politique et du Comité permanent.

Pour les analystes de la scène politique gabonaise, ce timing serré n’a rien d’anodin. Il s’agit de formaliser la réponse à opposer à Ali Bongo Ondimba. Ce dernier, s’appuyant sur les textes du congrès de 2022, se considère toujours comme le seul maître à bord. Sa sortie sur les réseaux sociaux, le 20 octobre, a agi comme un détonateur : il y conteste la légitimité de l’équipe actuelle, affirmant n’avoir jamais démissionné de son plein gré et arguant que son renoncement en 2024 lui avait été extorqué sous la contrainte politique du moment.

La valse des opportunistes : l’art du reniement au sommet

Cette guerre des chefs au sein du plus vieux parti du Gabon met à nu une réalité plus cynique : le revirement spectaculaire des caciques du régime déchu. Hier encore, ils chantaient les louanges d’Ali Bongo, occupant les premières loges de son règne triomphant. Aujourd’hui, les mêmes barons s’empressent de tourner la page, prétextant une adhésion soudaine à la ligne politique du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.

Pour l’opinion publique gabonaise, le spectacle de cette transhumance collective est difficile à avaler. Loin d’apporter une expertise ou des conseils avisés au nouveau pouvoir, cette vieille garde semble orchestrer son propre recyclage pour garantir sa survie politique, au risque d’induire le chef de l’État en erreur.

Le cas de Paul Biyoghe Mba est à ce titre emblématique. Sa présence remarquée au sein de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), la nouvelle écurie politique satellite bâtie autour de Brice Clotaire Oligui Nguema, suscite l’incompréhension. L’adage populaire rappelle que « la vaine gloire a des fleurs, mais n’a point de fruits ». Ces figures du passé, lancées dans une quête éperdue de réhabilitation, risquent de devenir un véritable boulet systémique pour le président-fondateur de l’UDB. Car dans les couloirs du pouvoir, le doute persiste : qui a trahi, trahira encore.

Le double jeu des pyromanes et l’illusion du renouveau

La déliquescence du PDG est alimentée par une hypocrisie structurelle. Certains cadres ont déjà traversé la rue pour voir si l’herbe était plus verte à l’UDB, tout en maintenant une influence occulte et en soufflant sur les braises au sein de l’ancien appareil d’État. Dans ces conditions, comment le peuple gabonais peut-il mordre à l’hameçon du renouveau et de la transformation profonde promis par le président de l’union démocratique des bâtisseurs ?

« Inspirer la confiance est une chose difficile. Donner sa confiance l’est encore plus », enseigne la sagesse populaire. Les citoyens gabonais peinent à accorder leur crédit à ceux qui ont accompagné Ali Bongo jusqu’aux dérives les plus extrêmes de son mandat. La nomination ou la proximité de profils controversés comme Mesmin Boris Ngabikoumou Wada dans l’entourage du pouvoir actuel s’inscrit dans cette même trajectoire problématique. Après avoir profité des largesses de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama, cet opportuniste de haut vol tente aujourd’hui de s’acheter une nouvelle virginité politique auprès du nouveau régime.

Le grand déballage de ce 22 octobre dépasse donc le simple cadre d’une querelle interne au PDG. En cherchant la réplique parfaite à Ali Bongo, les dirigeants du parti instruisent, malgré eux, le procès de leur propre cohérence. Reste à savoir si le pouvoir actuel saura se détacher de ces figures de la perdition, ou s’il se laissera à son tour polluer par les architectes du système qu’il prétend abolir.

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