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Gabon : Ngouo Bela : « La plus grande contribution de l’État serait de protéger davantage la propriété intellectuelle »

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De la lutte contre le harcèlement à la protection de l’environnement, la bande dessinée gabonaise SIKÔLO’O entend sensibiliser les jeunes tout en valorisant leur environnement culturel. Avec Sur les pas des géants, son deuxième tome, Ngouo Bela et sa fille Keybryd-Garcya Um Mboulou poursuivent une aventure éditoriale qui a déjà franchi une étape importante : l’homologation des deux volumes par l’Institut pédagogique national. Dans cet entretien, la coautrice Ngouo Bela, revient sur les ambitions de cette œuvre, les défis de l’autoédition et la place que la création locale peut conquérir dans les circuits de distribution.

GabonClic : Mme Ngouo Bela, SIKÔLO’O est née d’une collaboration entre une mère et sa fille. Au-delà de cette histoire familiale, quel problème précis de la société gabonaise avez-vous voulu mettre en lumière à travers cette bande dessinée ? En outre, qu’est-ce qui, dans la réalité, vous a poussé à prendre la plume et que signifie SIKÔLO’O ?

Mme Ngouo Bela : Au quotidien nous faisons face à des maux qui minent la jeunesse et la société en général. Les écoles sont devenues les sièges par excellence de fléaux qui consument nos progénitures. Malheureusement, le Gabon n’est pas isolé dans cet écosystème de plus en plus vicieux. Les cas de harcèlement (de violences physiques et invisibles) et de cybercriminalité font légion. Face à tout ceci, nous avons, ma co-autrice Keybryd-Garcya Um Mboulou et moi, en l’occurrence ma fille, choisi de présenter les faits tels quels dans un récit accessible à tous. Nous traitons, à travers  notre BD, des sujets comme la différence.

 A partir de ce mot, il est possible de toucher des sujets précis comme le handicap, la structure de la famille et, plus largement, la notion de vivre ensemble, le pardon, etc. Notre démarche étant éducative, nous cherchions un mot identitairement fort et représentatif, et nous avons trouvé SIKÔLO’O qui veut dire en Fang et plusieurs autres langues ECOLE.

Le premier tome, « Je suis une belle métisse », abordait notamment la question des différences et du regard des autres. Avec « Sur les pas des géants », vous explorez des thèmes plus larges et d’actualité en milieu jeunes dont l’environnement, le harcèlement, le cyberharcèlement, la culture, etc. Expliquez-nous pourquoi ces thèmes et pas d’autres ?

Keybryd-Garcya Um Mboulou, jeune coautrice de SIKÔLO’O, participe avec sa mère Ngouo Bela à une aventure éditoriale qui met la bande dessinée au service de l’éducation et de la transmission culturelle.
Keybryd-Garcya Um Mboulou, jeune coautrice de SIKÔLO’O, participe avec sa mère Ngouo Bela à une aventure éditoriale qui met la bande dessinée au service de l’éducation et de la transmission culturelle.

En tant que parent, nous avons en premier chef la responsabilité d’éduquer nos enfants. Les thèmes abordés dans notre second tome, « SUR LES PAS DES GÉANTS », invitent les parents et nos jeunes lecteurs à la responsabilité ou, mieux, à l’écoresponsabilité. Le choix de ces thèmes réside dans le fait que nous souhaitions qu’en refermant le livre, que chacun de nos lecteurs se sente revêtu d’un engagement et d’une responsabilité vis-à-vis de soi-même, des autres et de la société ou de sa communauté. Abordés donc de façon ludique dans un livre imagé permet d’aborder ces sujets d’actualité avec beaucoup de subtilité et fluidité pour nos jeunes lecteurs.

Les livres destinés à la jeunesse ont souvent une vocation éducative. Comment savoir si les messages véhiculés dans cet ouvrage atteignent et sont compris réellement par leurs cibles?

Après le tome « JE SUIS UNE BELLE MÉTISSE », tiré à plusieurs milliers d’exemplaires, et nos diverses  rencontres avec nos lecteurs,  nous sommes convaincues et confortées de notre bonne approche. Ils s’identifient chacun à un de nos personnages, reconnaissent des lieux, des noms et plusieurs éléments de leurs environnements réels. Tout ceci leur permet donc de vivre l’histoire racontée et de s’y substituer très souvent.

Vos ouvrages sont distribués par CK2 qui ne dispose plus que d’un seul magasin, implanté à Port-Gentil. Comment comptez-vous atteindre de potentiels lecteurs d’autres villes ?

SIKÔLO’O est effectivement lu à Port Gentil grâce au CONCEPT MAP, un concept initié par des mamans de la ville du pétrole autour d’activités ludiques. Avant Port-Gentil, SIKÔLO’O  a pris son envol à Libreville. Nous avons été à Makokou, grâce à l’ONG GabTrotter. Nous ne limitons pas notre champ d’actions et nous pensons que les livres, à la différence des humains, peuvent voyager sans visa. Bien qu’à Port-Gentil, CK2 n’existe que sous un magasin, nous savons que le réseau de CECA-GADIS est très large et que des partenaires de la chaîne sauront acheminer nos produits dans d’autres villes du Gabon. Au mieux, nous trouverons une solution ensemble

Disposez-vous d’un retour d’élèves, d’enseignants ou de parents qui permettent de mesurer l’impact de SIKÔLO’O ?

La petite fierté que nous arborons sans humilité désormais, c’est d’entendre des professeurs nous dire que leurs élèves dévorent nos livres et demandent sans cesse la suite. Que grâce à SIKÔLO’O, les moyennes des notes en français remontent et que les élèves y accordent un grand intérêt. Beaucoup d’élèves nous font remarquer que nous sommes leurs stars et nous racontent les scènes, les valeurs du livre etc. Les anecdotes sont nombreuses et nous touchent énormément.

Pour les lecteurs qui découvrent SIKÔLO’O aujourd’hui, pourquoi devraient-ils se procurer le tome 2, « Sur les pas des géants »?

Se procurer le tome 2 permettrait aux nouveaux lecteurs de rattraper le temps perdu et de suivre la TREND de la SIKÔLO’O  NATION. Les projets s’enchaînent assez vite et, donc, si on ne veut pas être HAS BEEN, il faut s’y mettre. Plus sérieusement, il s’agit d’une aventure palpitante dans laquelle on passe par plusieurs émotions et où on découvre le Gabon dans toute sa splendeur.

D’ailleurs que comprendre par « Pas des géants », quand on sait que l’on trouve des géants dans l’environnement (arbres), dans la culture (masques, artistes, etc.)?Pourquoi un tel titre?

Tout comme notre précédent titre, celui du tome 2 SUR LES PAS DES GÉANTS attise la curiosité. Les géants ici renvoient à ceux dont on emboîte le pas. Ceux qui ouvrent la voie. Les devanciers, les piliers, les avant-gardistes. Ceux dont on est contraint de protéger la mémoire, l’engagement. Ils sont des « role model ». Ils portent souvent la responsabilité des groupes, des commencements (patriarches, matriarches) etc. Cette lecture se trouve aussi dans la forêt (les pachydermes, les arbres),  les mers et océans (baleines, dauphins, …), les montagnes, les glaciers, les géants. Ils ont tous une véritable symbolique.

Vous avez choisi l’autoédition, qui permet de garder la maîtrise de son projet, mais oblige aussi à assumer des contraintes financières, éditoriales et commerciales. Quel a été le coût réel de cette aventure pour les deux tomes, et quelles difficultés avez-vous rencontrées pour financer la production, imprimer les ouvrages et atteindre vos lecteurs ?

Le coût véritable de projets autofinancés comme ceux-ci c’est qu’ils sont énergivores. Nous avons pu compter sur le soutien inconditionnel de la famille, des amis et des partenaires. En auto-édition, on apporte une contribution directe à l’industrie du livre et des ICCs et ça, ça n’a pas de prix. Par ailleurs, il faut savoir que la production locale est possible. Le Made in Gabon  est une réalité, et c’est vérifiable auprès de Multipress, partenaire de la première heure.

Le processus d’homologation de ce second Tome par l’Institut pédagogique national (IPN) est-il déjà bouclé afin qu’il figure  au nombre des ouvrages autorisés ?

Les deux premiers tomes de SIKÔLO’O sont entièrement homologués par l’IPN. Les homologations ont respectivement été obtenues en 2024 et 2026 pour les classes de 6ème et 5ème.

À partir de votre expérience, la bande dessinée peut-elle faire vivre son auteur au Gabon ?

Avant toute chose, je souhaite rappeler qu’être auteur de BD c’est être entrepreneur dans le secteur de l’art. Et comme tout entrepreneur, il revient à l’artiste de structurer son projet artistique pour en faire une source de revenus stable et régulière. La chaîne de valeur de la BD implique plusieurs acteurs et métiers. En conséquence, il est possible de positionner le produit final qu’est la BD pour en vivre.

Dans un marché où les auteurs locaux doivent encore trouver des circuits de distribution adaptés, votre choix s’est porté vers la CECA-GADIS pour commercialiser SIKÔLO’O. Concrètement, qu’est-ce qui a motivé ce choix et qu’est ce que ce réseau vous apporte en matière de visibilité et de ventes?

Le Made in Gabon passe aussi par les canaux de distribution après la production. Avec environ 90 ans d’expérience, être distribuées par CECA-GADIS représente le graal pour nous. C’est une enseigne qui accorde du crédit à notre marque et inscrit définitivement nos produits dans le patrimoine national. Nous en sommes reconnaissantes et nous espérons qu’il s’agisse d’une collaboration pérenne.

Quel appel souhaitez-vous lancer aux autorités gabonaises pour qu’elles soutiennent davantage la bande dessinée et le livre produits par des auteurs locaux ?

Avant l’appareil étatique, plusieurs acteurs peuvent faire vivre les projets en s’intéressant dans un premier temps à ce qui est proposé. L’Etat c’est un peu de tout le monde et à chacun d’y contribuer à son niveau. En tant que régulateur, la plus grande contribution de l’Etat serait de protéger davantage la propriété intellectuelle et les œuvres de l’esprit.

Votre mot de fin sur un aspect qui n’aurait pas été abordé dans cet entretien ou sur lequel vous souhaiteriez insister ?

SIKÔLO’O représente un parcours de vie et de transmission d’héritage à ma fille et à une génération de jeunes Africains qu’on n’attend pas toujours dans ce type d’industrie. Pour que le projet dure, nous l’adossons également à la RSE (Responsabilité sociétale des entreprises, Ndlr) en tant que projet de transformation réelle du narratif imaginaire des jeunes et en tant que projet impactant.

Avec votre permission nous remercions les entreprises Clean Africa pour la confiance et l’ouverture d’esprit qui ont donné lieu au projet « Hytu Makombe en stage découverte chez Clean Africa », Multipress, partenaire de la première heure, avec la production de nos oeuvres, le Complexe scolaire Michel Dirat, qui accompagne des projets culturels.

C’est l’occasion de remercier le ministre actuel en charge de la culture, Paul Ulrich Kessany,  qui a lui aussi cru en ce projet. Pour finir, nous remercions CECA-GADIS notre GÉANT qui nous ouvre un chemin de façon éclairée à travers ses rayons et son réseau, en tant que marque protégée auprès de l’OAPI (Organisation africaine de la propriété intellectuelle, Ndlr).

Interview réalisée par Darelle Mamba

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