Depuis un certain temps, comme poussé par une force venue d’une autre planète, le désormais ancien chef de l’État fait feu de tout bois. Il apparaît, nonobstant les effets de l’intelligence artificielle (IA), revigoré, requinqué et diablement prêt à l’affrontement. Disons-le donc très clairement : pour saisir tous les contours de cette situation, il faut regarder au-delà des apparences. Ali Bongo serait-il devenu la « marionnette » de Romuald Lekogo, alias Ali Akbar Onanga Y’Obegue ?
Autrefois qualifié de « roi téké », au regard de sa capacité à promouvoir à volonté sa parentèle sous le règne d’Ali Bongo (2009-2023), Ali Akbar Onanga Y’Obegue semble éprouver une profonde nostalgie de ces années de grand faste et de jouissances outrancières du pouvoir. Son obsession et sa détermination à retrouver, coûte que coûte, sa position d’antan dans l’appareil de l’État devraient faire réfléchir « Libreville ». D’autant plus qu’une sagesse du Haut-Ogooué enseigne que « celui qui a faim ne rate jamais celui qui mange, parce que la détermination est de son côté ». Une formule qui, dans le contexte politique actuel, prend tout son sens.
Alors, la question est posée : Ali Bongo peut-il « déstabiliser » Oligui Nguema ? La réponse, sans avoir besoin de jouer les devins, est à la fois oui et non. Car le meilleur moyen de perdre une guerre consiste à négliger ou à sous-estimer son adversaire. Comme on le dit prosaïquement, celui qui se bat pour sa survie fait souvent preuve d’une résilience et d’une détermination redoutables, au risque de surprendre son antagoniste trop sûr de lui. Cette réalité rejoint les enseignements du célèbre stratège chinois Sun Tzu dans L’Art de la guerre : « Si tu te connais toi-même mais que tu ne connais pas ton ennemi, pour chaque victoire gagnée tu subiras aussi une défaite. » En politique comme sur un champ de bataille, l’excès de confiance peut ainsi devenir le premier facteur de vulnérabilité.
Il ne serait donc pas prudent de négliger la capacité de nuisance que pourrait représenter Ali Akbar Onanga Y’Obegue à travers Ali Bongo. L’ancien chef de l’État dispose peut-être encore d’anciens réseaux étrangers, auprès desquels il aurait su entretenir des relations particulièrement avantageuses. À l’intérieur du pays, après les années de pouvoir et les pratiques décriées de son régime, son éventuel retour ne semble susciter aucun enthousiasme populaire. Mais l’absence d’adhésion massive ne signifie pas nécessairement l’absence de risques politiques. Les réseaux, les intérêts contrariés et les ambitions personnelles peuvent parfois nourrir des stratégies de contestation dont il serait imprudent de sous-estimer les effets.
Aujourd’hui, sans perdre de vue la menace potentielle que pourrait constituer le tandem Ali Akbar Onanga Y’Obegue-Ali Bongo, le véritable défi de Brice Clotaire Oligui Nguema demeure ailleurs : gouverner le Gabon à la hauteur des attentes de toutes ses filles et de tous ses fils. Inlassablement, le chef de l’État doit veiller à la consolidation d’une gouvernance véritablement démocratique. Celle-ci repose sur la souveraineté du peuple, la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, la tenue d’élections libres et régulières, le pluralisme politique, ainsi que le respect strict de l’État de droit et des droits humains. Autrement dit, la solidité d’un pouvoir ne se mesure pas uniquement à sa capacité à neutraliser ses adversaires, mais aussi à sa faculté de répondre aux aspirations populaires, de garantir les libertés et de produire des résultats tangibles.
En somme, le seul rempart contre une potentielle déstabilisation de Brice Clotaire Oligui Nguema par Ali Bongo réside dans l’adhésion des Gabonais à leur président. Personne ne saurait le contester : l’euphorie du matin du 30 août 2023 traduisait la reconnaissance du peuple gabonais envers Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a réussi à « désactiver » un système ayant opprimé le peuple pendant quatorze ans. Le plébiscite de 94,85 % obtenu à l’élection présidentielle témoigne que, sans l’arrivée d’Oligui Nguema au pouvoir, la détresse des Gabonais sous Ali Bongo et son clan aurait été encore plus grande. Voilà pourquoi Oligui Nguema doit plus que jamais compter sur le peuple gabonais, qui a définitivement tourné la page sombre des années Ali Bongo.
