Visiblement sûr de son fait, dans une vidéo relayée par notre confrère Gabon Média Time, Ali Bongo Ondimba assure que « ce nouveau cap exige le renouvellement ». Un renouvellement qu’il n’a jamais engagé durant ses années de pouvoir, et qu’il découvre aujourd’hui, loin du Gabon, alors que manifestement les militants sont déjà passés à autre chose.

Ali Bongo reconnaît : « Nous avons perdu le pouvoir. » Il en tire la conséquence : « Notre place est donc logiquement dans l’opposition. » Il promet une opposition « responsable, qui propose des solutions aux difficultés des Gabonais » et refuse toute alliance de façade. Il jure même : « Le PDG ne sera la béquille de personne. » Ces formules sont nouvelles parmi ses éléments de langage. Elles ne sont venues qu’une fois le pouvoir perdu, comme si la lucidité n’était accessible qu’aux vaincus.
Quatorze ans sans restructurer, sans renouveler
Ali Bongo se présente comme président du PDG, « désigné et reconduit par nos congrès depuis 2009, et pour la dernière fois en décembre 2022 ». Voilà qui résume l’affaire : pendant toute la durée de son règne, il a tenu le parti. Qui se souvient, durant ces années, d’une restructuration sérieuse, d’un rajeunissement des instances, d’un débat de fond sur la doctrine ? Le PDG a été dirigé par une bande d’amis et de fidèles, entouré de ce cercle de conseillers que l’opinion avait surnommé la « Légion étrangère ». On y entrait par la proximité, rarement par le mérite, et la base regardait passer les décisions.


Le renouvellement à distance
Aujourd’hui, le ton change. Ali Bongo affirme : « Les jeunes ne doivent plus jouer les seconds rôles. » Il ajoute : « Les femmes doivent prendre toute leur place. » Puis il lance : « Il faudra renouveler les visages, mais aussi les idées et la doctrine. » Ces promesses viennent d’un homme qui convie ses contradicteurs à le rencontrer « à Paris » et qui précise : « C’est en ma qualité de président du PDG que je conduirai cette réorganisation. » Le renouvellement est donc annoncé par l’ancien chef, depuis l’étranger, sous la conduite de l’ancien chef. Les militants ne choisiront les nouvelles instances qu’à la fin : « À son terme, les militants choisiront les nouvelles instances, selon nos statuts. » Entre-temps, c’est lui qui tient la barre.
Des militants déjà ailleurs
Le plus révélateur est peut-être ailleurs. Ali Bongo admet que ceux qui ont cherché sa voix « se sont sentis abandonnés ». Il constate : « Ce qui a été pris est déjà beaucoup. » Puis il lâche, comme un aveu : « Chacun a désormais son parti. » C’est exactement cela. Pendant que l’ancien président promet le renouvellement, nombre de militants ont fait leur choix : ils ont rejoint d’autres formations, s’en sont détournés ou ont simplement cessé d’attendre. On ne retient pas indéfiniment une base qu’on a laissée sans voix.
« Je respecterai leur choix », promet-il. Encore faut-il qu’il reste des militants pour choisir, et pour l’attendre. Renouveler, c’est oser le faire quand on en a le pouvoir. Ali Bongo ne s’en avise que lorsqu’il n’a plus rien à perdre, et presque plus personne à conduire.












