Dans une vidéo publiée par notre confrère Gabon Média Time, hier mardi, Ali Bongo Ondimba jure qu’il reste en politique. Problème, sauf miracle, on ne rouvre pas une page que tout un peuple a déjà refermée.

L’ancien président commence par une confidence : « Je sais qu’après le 7 mars 2024, certains ont cherché ma voix. Ils ne l’ont pas entendue, et se sont sentis abandonnés. » L’aveu est rare. Il confirme ce que bien des militants disaient tout bas : le chef s’est tu, et la base a erré sans boussole. Il enchaîne pourtant : « Le moment est venu de redonner un cap à notre parti. » Un cap, donné par celui qui a laissé le navire sans commandant, alors que la tempête faisait rage ? Cette demande de compréhension arrive trop tard : un silence prolongé n’est pas une simple absence, c’est un choix dont on assume les conséquences.
Libre, vraiment ?
Le passage central est une mise en scène de la liberté retrouvée : « Aujourd’hui je suis libre, et ma parole aussi. » Puis tombe la déclaration : « je ne renonce pas à la vie politique. » Il s’appuie sur son statut d’ancien chef de l’État et sur sa fonction de président du PDG, « désigné et reconduit par nos congrès depuis 2009, et pour la dernière fois en décembre 2022 ». Quant à son retrait annoncé le 18 septembre 2024, il l’écarte : ces mots, assure-t-il, « je les ai prononcés dans ces circonstances-là, c’est-à-dire sous la contrainte. » Une parole qui renonce un jour et se reprend le lendemain peut-elle encore rassurer ? Revendiquer une légitimité ne suffit pas à la faire reconnaître, et rien ne dit que toutes les composantes du parti la lui accordent encore. Il lui faudrait surtout convaincre, au-delà de ses fidèles, un pays qui ne lui a rien demandé.


Quatorze ans qui ne s’effacent pas
Ali Bongo a dirigé le Gabon de 2009 à 2023. Le 30 août 2023, sa chute a été saluée dans les rues de Libreville. Lui-même le concède : « Nous avons perdu le pouvoir. » Il ajoute : « Le 30 août 2023, je n’ai pas résisté. » Ce n’est pas une parenthèse, c’est un verdict, rendu sans violence mais sans appel, par un pays qui n’a pas versé une larme. L’emploi, le coût de la vie, les services publics, l’école : sur chacun de ces terrains, les Gabonais savent ce que furent ces quatorze années. N’ayons pas peur des mots : ce fut une calamité pour le pays, et aussi pour des militants du PDG réduits aux T-shirts, aux pagnes, aux danses et aux acclamations.
Une parenthèse, mais pas celle qu’il croit
« La parenthèse ouverte le 7 mars n’a que trop duré », déclare Ali Bongo. Il se trompe de parenthèse. Celle que les Gabonais ont refermée, c’est la sienne, un matin d’août 2023, et ils n’ont jamais demandé qu’elle soit rouverte. Il peut multiplier les adresses, les mises en demeure et les invitations à Paris : le pays ne réclame pas celui qu’il a congédié. Plus personne, ou presque, ne souhaite son retour, et lui-même ne peut l’ignorer. La page est tournée, et dans la conscience collective des Gabonais, elle est définitivement lue.












