Derrière les statistiques qui manquent, il y a des femmes, des familles et des nouveau-nés privés de leur mère. Le prochain Conseil des ministres délocalisé de Port-Gentil ne pourra pas esquiver une question aussi grave : comment le Gabon entend-il réduire les décès liés à la grossesse, à l’accouchement et aux suites de couches, alors même que le pays affiche une ambition nataliste ?
Le débat ne peut plus être renvoyé aux seules maternités. Les témoignages qui circulent sur les réseaux sociaux, les appels à l’aide et les annonces de décès après un accouchement ou une césarienne donnent le sentiment d’une crise que les pouvoirs publics doivent documenter avec des données fiables. Le problème est précisément là : combien de femmes meurent chaque année pendant l’accouchement ou dans les jours qui suivent ? Dans quelles structures ? Pour quelles causes ? Quel est le taux de césariennes par établissement, par province et par indication médicale ? Combien de décès auraient pu être évités ?
Le cas de Rudy Hombenet, jeune journaliste de L’Union décédée dans la nuit du 26 au 27 août 2026, deux jours après avoir donné naissance à une petite fille, a ravivé l’émotion. Une telle tragédie doit surtout conduire à poser les bonnes questions et à exiger des réponses professionnelles. L’Ordre des médecins, les établissements sanitaires, les gynécologues-obstétriciens et les autorités de santé ont un devoir d’explication, de transparence et d’évaluation.

La question des césariennes mérite, elle aussi, une enquête sérieuse. Leur recours peut être médicalement indispensable et sauver une mère ou un enfant. Mais si leur fréquence augmente sans justification clairement documentée, le ministère de la Santé doit pouvoir l’expliquer. Une suspicion de dérive commerciale ne peut être transformée en accusation générale contre les praticiens ; elle doit être vérifiée par des audits, des dossiers médicaux, des statistiques et des mécanismes de contrôle indépendants.
Le Conseil des ministres doit donc fixer une véritable politique nationale de lutte contre la mortalité maternelle : registre national des décès maternels, audits confidentiels des décès, publication régulière des indicateurs, renforcement des maternités, disponibilité du sang et des médicaments, amélioration des blocs opératoires et suivi obligatoire des complications post-partum.
Le Gabon ne peut pas proclamer une politique nataliste et accepter que la grossesse demeure, pour certaines femmes, un parcours à haut risque. À Port-Gentil, le Gouvernement est attendu sur un engagement simple : faire de chaque décès maternel un événement à comprendre, à documenter et, lorsque cela est possible, à prévenir.













