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Gabon : Oligui Nguema en tenue militaire à Makokou, quand le président civil renoue avec le soldat du 30 août

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Il avait troqué le treillis pour le costume lorsqu’il s’est présenté à l’élection présidentielle de 2025. Mais, à Makokou, ce 30 août 2026, Brice Clotaire Oligui Nguema a de nouveau revêtu l’uniforme militaire. Un choix vestimentaire qui n’a pas échappé aux regards, ni aux réseaux sociaux. Entre symbole républicain, mémoire du 30 août 2023 et rappel d’une identité militaire assumée, cette tenue raconte peut-être davantage qu’une simple préférence vestimentaire.

À Makokou, dimanche 30 août, le défilé militaire et civil célébrant le troisième anniversaire de la Fête de la Libération avait tout d’une grande cérémonie républicaine. Les forces de défense et de sécurité ont ouvert la parade avant de céder la place aux administrations, aux acteurs économiques, aux associations et aux différentes composantes de la société gabonaise.

Mais au-delà des troupes, des véhicules, des fanfares et de la ferveur populaire, un autre spectacle s’est imposé aux regards : celui du chef de l’État dans une tenue militaire inhabituelle.

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À bord du command-car, puis dans la tribune officielle, Brice Clotaire Oligui Nguema est apparu vêtu de la désormais célèbre « tenue Sankara », selon la presse gabonaise. Une veste militaire portée sur une chemise blanche et une cravate, coiffée d’un béret vert. Un assemblage qui, visuellement, brouille volontairement les frontières entre deux statuts : le président de la République et l’ancien officier général.

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Une tenue qui interpelle : pourquoi maintenant ?

La question mérite d’être posée. Depuis son accession à la magistrature suprême par la voie électorale, Brice Clotaire Oligui Nguema s’affiche dans les attributs du chef de l’État civil. Lorsqu’il s’est présenté à la présidentielle d’avril 2025, il avait d’ailleurs affirmé avoir renoncé à son statut de militaire et concourir en qualité de civil.

L’élection présidentielle du 12 avril 2025 a marqué la fin de la période de transition et l’installation d’un pouvoir issu des urnes.

Alors, pourquoi remettre l’uniforme ? Parce que le 30 août n’est pas une date comme les autres dans son histoire personnelle, ni dans celle du Gabon nouveau.

Il y a, dans cette tenue, quelque chose qui dépasse le simple code vestimentaire. Le chef de l’État ne semble pas avoir voulu effacer l’homme qu’il était avant d’entrer au palais présidentiel. Au contraire, il donne à voir, le temps d’une cérémonie, les deux dimensions de son parcours : le civil élu par les urnes et le militaire qui a participé aux événements du 30 août 2023. Et c’est précisément ce qui rend l’image forte.

La chemise et la cravate : le président civil

Il suffit de regarder attentivement l’agencement de la tenue. Sous l’équipement militaire, la chemise blanche et la cravate sont bien visibles.

Ce détail n’est pas anodin dans la lecture symbolique de l’image. La chemise et la cravate renvoient au Brice Clotaire Oligui Nguema président de la République, celui qui a quitté le cadre strict de la transition militaire, s’est présenté devant les électeurs et a été investi à la suite de l’élection présidentielle de 2025.

Autrement dit, sous l’uniforme, il y a le civil. C’est comme si la tenue disait : le militaire n’a pas remplacé le président civil ; il appartient désormais à son histoire.

Cette nuance est importante dans un pays qui a précisément fait de la transition entre pouvoir militaire et ordre constitutionnel l’un des grands récits politiques de ces dernières années.

La Constitution gabonaise fait du président de la République le chef suprême des forces de défense et de sécurité et lui confère l’autorité sur les questions de défense et de sécurité.

Le port de cette tenue lors d’un défilé militaire peut donc aussi se lire à travers cette fonction constitutionnelle.

Le treillis et le béret : le militaire n’est jamais très loin

Mais il y a l’autre moitié de l’image. La veste militaire, le béret, les décorations et les insignes rappellent l’officier, le général, l’homme des casernes.

Même devenu président civil, Oligui Nguema reste un homme dont le parcours est intimement lié à l’armée gabonaise.

Dans la mémoire collective, son nom demeure associé aux événements du 30 août 2023. C’est au terme de cette journée que les militaires réunis au sein du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) ont annoncé la fin du régime d’Ali Bongo Ondimba.

Trois ans plus tard, à Makokou, remettre l’uniforme le jour même de la célébration de cette « Libération » revient donc à réactiver cette mémoire.

Il ne s’agit plus seulement de montrer un président en uniforme. Il s’agit de montrer l’homme qui revendique une part de l’histoire de cette date.

Le 30 août, l’uniforme devient un symbole

C’est probablement là que se trouve la clé de cette tenue. Le 30 août 2023 est né d’une action militaire. Trois ans plus tard, le 30 août 2026 est devenu une fête nationale célébrée par un défilé militaire et civil.

La tenue choisie par le chef de l’État fait donc le lien entre l’événement fondateur et l’institution républicaine qui en est issue.

En apparaissant en uniforme au milieu des militaires, Oligui Nguema se place symboliquement aux côtés de ceux qui ont participé à cette séquence historique.

La Présidence elle-même a placé cette troisième édition sous le signe de la mémoire du 30 août et de la cohésion nationale, avec une parade réunissant forces de défense, administrations, acteurs économiques, associations et autres composantes de la société.

Le message pourrait alors être résumé ainsi : le 30 août n’appartient plus seulement aux militaires ; mais il ne peut être raconté sans eux. Et c’est précisément ce que raconte cette tenue.

Un militaire peut-il cesser d’être militaire dans son identité ?

Il y a enfin une dimension plus humaine. On peut quitter une fonction sans forcément effacer une identité professionnelle.

Un médecin reste souvent « docteur » dans le regard de son entourage. Un avocat demeure « maître ». Un enseignant reste enseignant, même après avoir quitté une salle de classe. Pourquoi en serait-il autrement pour un militaire ?

L’uniforme peut être rangé dans une armoire ; les réflexes, la mémoire, les fraternités d’armes et les années passées au service de la troupe ne disparaissent pas avec lui.

C’est probablement ce qui rend cette image de Makokou particulièrement intéressante. Le président civil n’est pas nécessairement en contradiction avec le militaire qu’il a été. Les deux histoires peuvent coexister.

D’un côté, le président civil élu, représenté par la chemise et la cravate. De l’autre, l’officier, représenté par le treillis et le béret. Et entre les deux, le 30 août 2023, date qui relie les deux séquences d’une même trajectoire.

Une image qui restera

La tenue portée à Makokou n’est donc pas seulement une affaire d’élégance ou de protocole. Elle constitue une véritable mise en scène symbolique du parcours présidentiel.

À ceux qui ont vu dans ce retour à l’uniforme une contradiction avec le statut civil revendiqué en 2025, on peut opposer une autre lecture : le statut juridique d’un homme et son histoire personnelle ne sont pas nécessairement la même chose.

Oligui Nguema a voulu concourir à la présidentielle en civil. Il est aujourd’hui président de la République et chef suprême des forces de défense et de sécurité.

Mais le 30 août reste le jour où son destin politique s’est noué avec celui des militaires. À Makokou, il n’a pas remis l’uniforme pour redevenir militaire. Il l’a remis pour se souvenir de celui qu’il était lorsque l’histoire du 30 août a commencé.

Ce 30 août 2026 à Makokou, il n’y avait donc pas deux Oligui Nguema. Il y’avait l’agencement de deux symboles en une seule image : celle de la chemise et de la cravate, président civil issu des urnes, et celle du béret vert et de l’uniforme, officier marqué par l’histoire du 30 août 2023.  Et derrière tout ceci, trois années d’histoire. Au fond, cette tenue n’a  pas seulement habillé le président : elle a habillé la mémoire d’une Libération.

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