Dans le sillage de la visite d’Etat du chef de l’Etat Brice Clotaire Oligui Nguema, du 20 au 23 juillet 2026 en France, la diaspora gabonaise a organisé une réception présidentielle en l’honneur de l’illustre hôte et son épouse. Une rencontre émaillée de « dysfonctionnements sécuritaires et d’une gestion financière insuffisamment transparente », selon un document-synthèse parvenu à notre Rédaction.
Face à cette gestion calamiteuse, le rapport relève la nécessité de changer de méthode de travail, afin d’éviter de tels couacs à l’avenir.
S’agissant de l’organisation et la gestion de la réception présidentielle, le rapport indique d’emblée que « la gestion de la réception du président (nous) imposait une exigence particulière de réussite, tant sur le plan de la cohésion des équipes que sur celui de l’harmonisation de l’ensemble du dispositif. »

Organisation en amont
En amont de l’événement, la priorité a d’abord été donnée aux aspects sécuritaires, en coordination avec les services compétents.

Dans un second temps, les différents pôles ont été organisés et leurs missions définies. L’ensemble du dispositif était placé sous l’autorité d’une coordination générale, avec une répartition des responsabilités entre les différents pôles.
Le pôle financier présentait, toutefois, une organisation différente. Bien qu’il ait été chargé de recueillir et de compiler les devis nécessaires à l’organisation, il n’a jamais disposé d’une vision globale de l’enveloppe budgétaire consacrée à cette rencontre.
Cette absence de visibilité a considérablement limité sa capacité à assurer pleinement sa mission de suivi et de contrôle financier.
Des dysfonctionnements sécuritaires préoccupants
Si, en apparence, la manifestation peut être considérée comme une réussite, plusieurs incidents et manquements sérieux doivent néanmoins être relevés.
En premier lieu, l’absence apparente d’une assurance spécifique couvrant l’événement, constitue un point particulièrement préoccupant. Une telle situation pouvait exposer à des conséquences importantes, en cas d’accident ou de dommage survenu pendant la manifestation.
Par ailleurs, des interrogations ont été soulevées concernant le recrutement et le profil de certains membres affectés à la sécurité. Certaines personnes ne disposant pas de la nationalité gabonaise auraient eu des antécédents.
Enfin, des incidents particulièrement graves ont eu lieu lors de la distribution d’argent dans la salle, ainsi qu’à la fin de la manifestation sur le parking.
Des témoignages font état de bagarres, d’agressions, de rackets et de braquages qui auraient été commis par des individus encagoulés, certains ayant été dissimulés dans les broussailles à proximité du site.
À ce jour, trois ressortissants gabonais auraient déposé plainte à la suite d’agressions.
Une gestion financière insuffisamment transparente
Le rôle du pôle financier s’est progressivement limité à celui d’une véritable « boîte enregistreuse » : recueillir les besoins, enregistrer les devis et établir un montant global permettant de contribuer à la levée des fonds nécessaires à l’organisation de l’événement.
En revanche, ce pôle n’aurait pas été associé à la gestion effective des fonds, qu’il s’agisse des sommes envoyées en amont ou de celles mises à disposition et distribuées le jour de la manifestation.
Cette situation crée nécessairement une difficulté majeure en matière de traçabilité.
À ce jour, aucun bilan financier détaillé, comparable à celui qui avait pu être présenté lors de la campagne présidentielle, n’a été communiqué.
Sur ce point, le rapport relève d’ailleurs qu’il manque notamment une communication claire sur : les montants effectivement collectés ; les sommes envoyées en amont ; les dépenses réellement engagées ; les devis exécutés et les prestations effectivement réalisées ; les montants distribués le jour de la manifestation ; le nombre de personnes ayant effectivement bénéficié de ces distributions ; le solde éventuel des fonds ; la destination des sommes restantes.
En outre, une question particulière se pose également sur le village artisanal et l’enveloppe de 100 000 euros (plus de 65,5 millions Fcfa) qui lui aurait été destinée. Une clarification documentée sur l’affectation et l’utilisation de cette somme apparaît indispensable.
Nécessité d’un changement de méthode
Le citoyen gabonais est légitimement en droit de s’interroger lorsqu’il entend circuler différents montants concernant l’organisation des déplacements présidentiels sans qu’un état financier précis et vérifiable ne soit communiqué.
Le problème dépasse donc la seule organisation de cette réception. Il semble s’inscrire dans une difficulté plus générale qui se répète lors de certains déplacements du président de la République : multiplication des intervenants, responsabilités parfois mal définies, absence de visibilité globale sur les budgets et insuffisance de restitution financière.
Pour les auteurs de ce rapport, il ne s’agit pas de remettre en cause le principe même de ces manifestations, mais de tirer les enseignements des difficultés rencontrées.
Recommandations
Pour les prochaines échéances, ils proposent de mettre en place une organisation plus rigoureuse reposant notamment sur :
une chaîne de responsabilité clairement définie, avec des missions et des responsabilités écrites pour chaque pôle ;
une visibilité complète du budget pour le pôle financier, dès le lancement de l’organisation ;
une traçabilité de l’ensemble des fonds, depuis leur réception jusqu’à leur utilisation finale ;
un système de validation des dépenses, permettant de rapprocher chaque paiement d’un devis, d’une facture ou d’un justificatif ;
un dispositif de sécurité professionnel et vérifié, avec un contrôle préalable des prestataires et des personnels mobilisés ;
une couverture assurantielle adaptée, vérifiée avant toute manifestation ;
un bilan financier final, présenté aux responsables concernés après chaque événement ;
une restitution claire et documentée, permettant d’éviter les rumeurs et les interrogations sur l’utilisation des fonds.
Pour l’avenir
En définitive, peut-on lire sur le document-synthèse, la réussite apparente d’une manifestation ne doit pas masquer les dysfonctionnements qui ont pu l’accompagner. Cette réception doit, au contraire, être considérée comme une occasion de tirer des enseignements et d’améliorer nos méthodes de travail. La cohésion, la sécurité et l’efficacité organisationnelle ne peuvent être durables sans une gouvernance claire et une gestion financière transparente.
Pour les prochaines manifestations, il est donc indispensable de passer d’une logique de mobilisation ponctuelle à une véritable logique de préparation, de contrôle, de traçabilité et de reddition des comptes.
« C’est à cette condition que nous pourrons préserver la crédibilité de nos équipes, protéger les participants et garantir une utilisation rigoureuse des ressources mobilisées pour ces événements », conclut le rapport.
Nadège Laplumacerbe, Envoyée spéciale à Paris












