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Gabon : Jean François Mouwaka Ngonga échange sur le développement d’Ibundji, quid du rôle du gouvernement ?

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À Libreville, une rencontre avec des cadres locaux sur les difficultés de développement relance une question : dans une République organisée autour d’institutions nationales et locales, jusqu’où peut aller le rôle d’un responsable investi d’une mission présidentielle lorsqu’il devient l’interlocuteur privilégié de son territoire ?

Le 29 septembre 2026, Jean François Mouwaka Ngonga, Haut représentant personnel du président de la République, a reçu à son cabinet une délégation de cadres d’Ibundji, « En ma qualité de Haut Représentant Personnel du Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Son Excellence Brice Clotaire Oligui Nguema, j’ai reçu ce mardi 29 septembre 2026, à mon cabinet, une délégation de cadres de la localité d’Ibundji, dans le département de l’Offoué-Onoye (Ogooué-Lolo. », a-t-il précisé.

Il poursuit : « Nous avons évoqué les difficultés auxquelles cette localité, encore enclavée et confrontée à plusieurs difficultés de développement. » Selon lui, « cet échange franc et fraternel nous a permis de nous accorder sur un certain nombre de préoccupations », pour lesquelles il a promis de « se mettre à leur disposition afin de les transmettre fidèlement au Président de la République ».

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Une pratique généralisée et normée

L’acte de Jean François Mouwaka Ngonga n’est ni banal, ni isolé. Il obéit à une mauvaise habitude qui a traversé les époques sans prendre une ride, d’Omar Bongo Ondimba à Ali Bongo Ondimba, et jusqu’à aujourd’hui sous Brice Clotaire Oligui Nguema. Il suffit qu’un citoyen soit nommé ministre, président d’institution, Haut représentant ou même simple Directeur général pour qu’il s’érige automatiquement en « chef suprême » et seule voix autorisée de sa région d’origine. C’est lui qui devient l’évaluateur, le superviseur et le décideur arbitraire de tous les investissements publics de son fief.

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En effet, au Gabon, il est devenu affligeant de constater la banalisation d’anomalies institutionnelles flagrantes : un ministre de la Défense supervise personnellement les travaux d’un centre médical dans sa ville natale sans l’ombre du ministre de la Santé. Un ministre de la Fonction publique rassemble les enseignants de son village pour promettre la résolution des crises de l’Éducation nationale. On ne se comporte plus en commis de la République gabonaise, mais en ministre d’un département ou en directeur général d’un canton. Voilà la triste conception que beaucoup se font de l’État.

L’effacement des rôles régaliens du gouvernement

Soyons clairs, nets et précis : personne ne remet en cause la légitimité des échanges entre compatriotes d’une même région. Il n’est évidemment pas interdit à des citoyens de fraterniser et d’évoquer les maux qui minent leur terroir. Jean François Mouwaka Ngonga a parfaitement le droit de recevoir ses concitoyens. Mais au-delà de la courtoisie, une question fondamentale s’impose : est-ce ainsi qu’une République normalement constituée doit fonctionner ? N’est-ce pas là l’aveu d’échec béant des ministères sectoriels ?

Quid du gouvernement, dont l’obligation constitutionnelle est d’assurer un développement harmonieux et équitable sur l’ensemble du territoire ? La réalité est brutale : chaque ville et chaque village du Gabon n’a pas la chance de compter un Haut représentant personnel à la Présidence. Dès lors, qui portera la voix des localités oubliées auprès du chef de l’État ? C’est là que réside le véritable problème. Le rôle régalien du gouvernement doit impérativement reprendre le dessus sur les réseaux d’influence régionaux.

Pour une République inclusive et nationale

Au fond, il convient de rappeler  à  Jean François Mouwaka Ngonga les exigences primordiales de sa fonction. En tant que Haut représentant du chef de l’État, sa mission s’exerce sur toute l’étendue du territoire national et non à l’échelle d’un clocher. Tout comme le président Brice Clotaire Oligui Nguema prône l’inclusivité, ses collaborateurs doivent incarner cette vision globale et mettre un terme définitif à l’ethnisation de la gestion publique. Le bien-être commun ne saurait être saucissonné au gré des appartenances géographiques. Il est temps que le gouvernement réinvestisse pleinement ses prérogatives pour offrir à chaque Gabonais, d’Ibundji à n’importe quelle autre contrée, le même accès à la justice sociale et au développement.

Le véritable défi est de faire en sorte que la proximité avec un territoire ne soit jamais confondue avec une appropriation territoriale de l’État. À Jean François Mouwaka Ngonga comme au gouvernement revient la responsabilité de faire prévaloir le bien-être commun, l’égalité de traitement et la présence effective de la République sur toute l’étendue du territoire, afin que l’appartenance régionale ne devienne pas une condition pour être entendu.

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