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Père Paterne Longuelet, prêtre de La Fraternité Saint-Pie X au Gabon : « Il est, factuellement, inexact de dire que le pape Léon XIV en personne nous a excommuniés car il n’y a pas eu d’acte officiel personnel de sa part. »

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Le torchon brûle à nouveau entre le Vatican et l’une de ses communautés au sein de l’Eglise catholique : la Fraternité Saint-Pie X. Dans un communiqué publié le 9 juillet 2026, la Conférence épiscopale du Gabon annonçait l’ex-communication par Rome de cette congrégation, fondée par Mgr Marcel Lefebvre en 1970, pour « schisme ». Une décision que rejette, évidemment, la Fraternité Saint-Pie X et dont elle a fait appel. Selon elle, le décret en question n’aurait pas été signé par le Pape Léon XIV, mais par le Cardinal Fernandez, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi. « Nous pensons donc qu’il est, factuellement, inexact de dire que le pape Léon XIV en personne nous a excommuniés, car il n’y a pas eu d’acte officiel personnel de sa part », se défend le père Paterne Longuelet, supérieur de la Mission Saint-Pie X à Libreville, au Gabon dans l’interview qu’il a bien voulu accorder à notre Rédaction.

Dans cet entretien, l’homme d’Église explique les faits à l’origine de la mise au ban de sa communauté par le Vatican. Des faits, à son avis, mineurs comparés à ce qu’il qualifie de « vrais scandales » sur lesquels l’Église catholique fermerait les yeux. Il cite, entre autres, « la promotion officielle des pseudo-valeurs incompatibles avec l’Évangile, comme la pratique de l’homosexualité ou l’encouragement au divorce. »

Il revient également sur les pratiques qui restent, de nos jours, les points d’achoppement entre l’Église catholique romaine et ce « fils rebelle ». « C’est une rupture avec l’idéologie moderniste qui est à la source de tous les scandales que j’ai mentionnés auparavant. » Une interview qui va certainement hérisser les cheveux du côté de l’Eglise-mère. Lecture.

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Propos recueillis par Douglas Mamboumdou

Gabonclic.info. Révérend Père, dans un communiqué publié le 9 juillet 2026, la Conférence épiscopale du Gabon annonçait l’excommunication de la Fraternité Saint-Pie X par le Pape Léon XIV pour motif de « schisme ». En terme simple, c’est quoi le « schisme » en milieu religieux, et que reproche le Vatican à votre communauté ?

Père Paterne Longuelet : un schismatique est celui qui est animé par un esprit de rejet systématique de l’autorité du pape, comme le sont, par exemple, les Orthodoxes, ces chrétiens Orientaux qui ont définitivement rejeté l’autorité suprême du pape sur l’Église, en 1054. Tout récemment, le Vatican a reproché à notre communauté de sacrer quatre évêques sans l’autorisation du pape. Ces sacres d’évêques ont été l’occasion, pour le Dicastère pour la Doctrine de la foi, de nous qualifier de « schismatiques ».

Pourtant, dans un communiqué, vous contestez la validité formelle de cette décision, estimant que le Saint-Père n’y aurait pas apposé son sceau. La Conférence épiscopale du Gabon serait-elle allée vite en besogne ?

Le décret qui déclare les peines d’excommunication et le schisme a été signé par le Cardinal Fernandez, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la foi. Le nom du pape n’y apparaît pas, ni même la mention d’une approbation par le pape. Cela signifie qu’à ce stade, le Saint-Père n’a pas voulu engager personnellement son autorité. Il aurait pu le faire, mais de fait, actuellement, rien ne prouve qu’il l’ait fait. Nous pensons donc qu’il est, factuellement, inexact de dire que le pape Léon XIV en personne nous a excommuniés, car il n’y a pas eu d’acte officiel de sa part. Il serait plus exact de dire : le cardinal Fernandez a déclaré que, d’après le droit actuel de l’Église, nous sommes excommuniés. Cette précision n’est pas un simple jeu de mots : elle permet de comprendre qu’il reste une place pour un recours en justice, car il est évident que nous contestons le contenu de ce décret.

Si tel est le cas, comment expliquer une telle faille de procédure sur un acte d’une telle gravité ?

C’est le grand paradoxe de la situation actuelle de l’Église. Les vrais scandales ne sont jamais punis aujourd’hui dans l’Église. Mais quand il s’agit de vouloir faire disparaître la Fraternité Saint Pie X, l’autorité a subitement la main très lourde pour les punitions ! Laissez-moi vous donner un exemple pour illustrer ce paradoxe. Le 5 mai dernier, un document officiellement publié par l’administration du synode des évêques à Rome, envisageait de légitimer, sur le plan des valeurs, la pratique homosexuelle (il s’agit du rapport d’étude n°9). Les auteurs d’un tel document mériteraient d’être identifiés, dénoncés, et excommuniés. Et qu’ont dit les conférences épiscopales ? Rien ! Silence complet !

Deux mois plus tard, en juillet, la Fraternité Saint-Pie X consacre quatre évêques pour assurer les ordinations de ses prêtres. Immédiatement, le cardinal Fernandez nous déclare excommuniés ; et toute cette sévérité se répercute mondialement par le biais de ces mêmes conférences épiscopales. Pourquoi ce silence face aux vrais scandales, et pourquoi cet empressement à nous qualifier de schismatiques, alors même que nous sommes en train de contester ces qualificatifs par la voie juridique ? Je crois qu’il appartient aux évêques d’expliquer eux-mêmes les raisons de ce paradoxe. Je ne peux pas répondre à leur place. Mais c’est une vraie et très sérieuse question.

Par la suite, la Fraternité Saint-Pie X a introduit un recours en annulation de cette décision, conformément au canon 1734 du Code de droit canonique. Ce qui devrait suspendre son application. Mais il semble que la sanction reste en vigueur. Le Vatican a-t-il une autre interprétation de cette disposition ?

Notre Maison Générale a annoncé avoir introduit un recours contre ce décret, dans un communiqué publié le 13 juillet sur son site officiel. Le Vatican, à ma connaissance, n’a pas fait de commentaire sur ce recours. Il faut donc s’en tenir à l’interprétation simple du droit, qui dit bien que les peines sont suspendues en cas de recours. J’ajoute d’ailleurs – et ce n’est pas un petit ajout – que, indépendamment de ce recours, de très nombreux canonistes considèrent comme purement et simplement nulles les sanctions portées contre les prêtres et les fidèles, ainsi que les mesures concernant les confessions et les mariages, car ces sanctions sont formulées non pas dans le décret, mais dans une soi-disant « note explicative » qui n’a aucune force de loi par elle-même. Même le cardinal Müller (ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi de 2012 à 2017, Ndr), qui n’est pas du tout un ami de la Fraternité, a contesté la validité de ces mesures.

L’Église catholique au Gabon dont la communauté Saint Pie X est une branche fait face à une forte pression des Églises chrétiennes dites de Réveil. Cette rupture officielle avec votre congrégation ne va-t-elle pas davantage fragiliser l’institution catholique dans son ensemble et accélérer sa fragmentation ?

Je vais vous dire ce qui, réellement, fragilise l’Église catholique : c’est la promotion officielle des pseudo-valeurs incompatibles avec l’Évangile, comme la pratique de l’homosexualité ou l’encouragement au divorce, qui est un vrai coup de poignard dans l’institution familiale (rappelez-vous que le pape François a encouragé les prêtres à donner la Sainte Communion aux divorcés remariés, dans son exhortation Amoris Laetitia (Exhortation apostolique du pape François sur l’amour dans la famille, publiée en 2016, Ndr). Cela revient à bénir le divorce et l’adultère ! De plus, on ne compte plus le nombre de déclarations de nullité de mariage faites par les diocèses aujourd’hui. Ce qui, en pratique, revient à légitimer le divorce).

Ce qui fragilise l’Église, c’est aussi la désacralisation de la Sainte Messe, à la suite de la Réforme Liturgique de 1969 : cette nouvelle Messe ressemble de plus en plus aux cènes protestantes ou même aux cérémonies « éveillées », avec sa musique bruyante, ses danses, et le prêtre qui parle constamment à voix haute, et qui dialogue face à face avec les fidèles, au lieu d’être tourné vers Dieu pour lui offrir le Sacrifice d’adoration, dans le recueillement d’une prière silencieuse.

Vous savez, si Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, le Saint Curé d’Ars, ou encore Sainte Joséphine Bakhita revenaient sur terre aujourd’hui, ils iraient immédiatement à Saint-Pie pour la Messe, et pas dans les paroisses modernes. Vous savez pourquoi ? Parce qu’ils trouveraient à Saint-Pie la vie et la foi de l’Église telle qu’ils l’ont connues de leur vivant. Ils ne se retrouveraient absolument pas dans les paroisses actuelles. C’est pour cela qu’en refusant d’adopter toutes ces nouveautés, ce n’est pas nous qui fragilisons l’Église. Ce sont ces nouveautés qui fragilisent et qui divisent l’Église.

Si votre recours venait à être rejeté par Rome, quels seraient la position finale et le statut juridique de la Mission Saint-Pie X ?

Lorsque notre Maison Générale a publié l’annonce du recours, elle a simplement confié ce processus à la prière des fidèles. Nous préférons, à notre tour, confier l’issue de ce processus au Bon Dieu, pour ne pas alimenter les passions et les polémiques. Il est plus important de comprendre le fond du problème, c’est-à-dire le malaise qui existe aujourd’hui dans l’Église catholique, les causes de ce malaise, et les moyens d’y remédier. C’est réellement à ce niveau que la Fraternité peut apporter quelque chose à l’Église, car la réalité, c’est que nous n’avons rien inventé. Nous ne faisons que transmettre, sur le plan de la Liturgie et de la doctrine, ce que l’Église a toujours fait depuis 20 siècles.

Face à cette rupture avec Rome, votre communauté religieuse envisage-t-elle un rapprochement avec d’autres branches chrétiennes, comme le Evangéliques ?

Il y a une ambiguïté dans le mot rupture, et il faut clarifier cette ambiguïté. La Fraternité Saint-Pie X ne rompt pas avec l’Église catholique. La rupture est, je dirais, interne à l’Église. C’est une rupture avec l’idéologie moderniste qui est à la source de tous les scandales que j’ai mentionnés auparavant. Mais cette rupture ne date pas de juillet 2026. Depuis sa fondation en 1970, la Fraternité, par la voix de son fondateur, Monseigneur Marcel Lefebvre, a clairement fait le choix du refus des nouveautés modernistes. Les consécrations épiscopales de juillet 2026 ne sont qu’un nouvel épisode de cette rupture interne. Mais en s’opposant aux erreurs qui détruisent l’Église, on ne quitte pas l’Église. On est au contraire au cœur de l’Église. Et c’est pourquoi il n’y aura aucun rapprochement avec les branches chrétiennes qui ont quitté l’Église catholique.

Le paysage religieux gabonais est en pleine recomposition. Ne redoutez-vous pas que ces querelles de clochers et batailles juridiques au sein de l’Eglise catholique finissent par détourner les chrétiens de la foi traditionnelle au profit de la vague évangélique ?

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une querelle de clochers, ni d’une simple bataille juridique. C’est beaucoup plus profond, puisque c’est la transmission de la foi qui est en jeu. On a remarqué, en beaucoup de pays, que la vague évangélique s’est considérablement développée à la suite de Vatican II, précisément parce que le modernisme a détourné beaucoup de fidèles de l’Église Catholique. Je pense donc, au contraire, que plus les fidèles et les prêtres chercheront à renouer avec la Tradition de l’Église, plus l’Église sera attirante, parce qu’elle aura retrouvé son vrai visage. Et on verra alors que les églises évangéliques exerceront beaucoup moins d’attrait.

Concrètement, quel va être l’impact de cette décision sur la vie sacramentelle (messes, baptêmes, mariages) des fidèles de Saint-Pie X au Gabon aujourd’hui ?

Concrètement, la vie de la paroisse Saint-Pie X reste exactement la même. L’impact se situe plutôt au niveau de l’image qui est donnée de nous, et de ce que nous ressentons. On donne de nous l’image officielle de personnes schismatiques, excommuniées, désobéissantes, rebelles, et j’en passe. Tout simplement parce que nous voulons garder la vie chrétienne qui fut celle de tous les saints avant Vatican II, et qui, je dirais, fut celle de tous nos grands-pères et arrière-grands-pères ici même au Gabon. Alors cette image qui est donnée de nous, nous la vivons comme une véritable calomnie, une croix à porter, et cette image aura peut-être pour effet d’effrayer des personnes. L’impact est à ce niveau-là. Mais finalement, c’est Dieu qui gouverne l’Église, et nous sommes confiants en sa Providence.

Parlez-nous de la Fraternité Saint-Pie X au Gabon : fidèles, écoles, églises, etc.

A Saint-Pie X au Gabon, nous avons une paroisse de 900 fidèles environ. Les prêtres et les religieuses enseignent eux-mêmes le catéchisme, même s’ils sont assistés dans cette tâche par des fidèles. Il y a des mouvements pour les jeunes garçons, comme la Croisade Eucharistique ou les Scouts, et des mouvements pour les jeunes filles, comme la Compagnie de l’Immaculée.  Les prêtres et les sœurs sont très impliqués dans ces mouvements.

Mais le sommet de la vie paroissiale, c’est bien sûr, la Sainte Messe. A cela il faut ajouter une école de garçons, située au quartier Rio, et une école de filles, située au quartier La Peyrie. Chaque école compte environ 250 élèves, ce qui fait que nous scolarisons actuellement environ 500 jeunes, depuis le Primaire   jusqu’à la terminale. Nous attachons beaucoup d’importance à la transmission de la foi catholique et à la vie chrétienne dans nos écoles, sans négliger, évidemment, les matières dites profanes. Je crois que les bons résultats aux examens officiels confirment ce sérieux.

Nous sommes également en train de développer une petite école professionnelle pour aider les jeunes à se former et à s’insérer dans le monde du travail. Il y a donc une vie paroissiale intense, et cette vie est toute centrée sur la Messe.

Quel message adressez-vous aujourd’hui à l’ensemble des fidèles de votre communauté et des catholiques du Gabon dans leur ensemble, certainement déboussolés par cette situation ?

Je leur dirai ceci : prenez un bon catéchisme, un catéchisme de l’époque de vos grands-parents par exemple. Lisez-le, attentivement. Voyez ce qui est dit au sujet des grands mystères de la religion : la Trinité, l’Incarnation, la Rédemption ; la grâce sanctifiante ; les sacrements ; les vertus théologales et les vertus morales ; le péché véniel, le péché mortel ; le ciel, le purgatoire, l’enfer ; … C’est lui qui sera votre boussole, car il vous permettra très vite de savoir où se trouve la vérité. Et il vous permettra très vite de voir que ce que nous faisons à Saint-Pie est à 100% catholique.

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