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Gabon : Quand la musique nationale troque l’éveil des consciences contre la culture de la dérive

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Pendant des décennies, un adage populaire a traversé les générations : « La musique adoucit les mœurs. » Au Gabon, cette maxime a longtemps revêtu un sens profond. Loin de se limiter au simple divertissement, l’art musical éduquait, interpellait, éveillait les consciences et transmettait des valeurs cardinales. Qu’en est-il aujourd’hui ? Un regard lucide sur l’actuelle scène musicale nationale impose un constat teinté d’amertume.

Les mélomanes se souviennent avec nostalgie de l’époque où des figures de proue telles que Ba’ponga, NGT, Bad Klan ou Hay’oe mettaient leur plume au service d’un message constructif. A travers des morceaux engagés devenus des classiques, à l’instar de « Et si je rappe » ou « Lève ton bras », ces artistes traitaient d’unité nationale, de responsabilité citoyenne, de patriotisme et d’espoir. Si le rythme invitait à la danse, les textes, eux, poussaient à la réflexion.

Aujourd’hui, le paysage phonographique a radicalement changé. Une part prépondérante de la production musicale qui sature les écrans et les plateformes numériques semble avoir déserté cette mission éducative. Dans une multitude de vidéoclips, l’exhibition outrancière et le matérialisme agressif sont érigés en normes. Les refrains font trop souvent l’apologie de la facilité, du gain facile sans effort, de la violence verbale ou de comportements en rupture totale avec les repères vertueux que l’école et la famille s’efforcent péniblement d’inculquer.

Le mimétisme d’une jeunesse en quête de repères

Le phénomène est loin d’être anodin, car la musique n’est jamais neutre. Elle agit comme un puissant vecteur d’influence qui façonne les codes vestimentaires, les attitudes, le langage et les ambitions des plus jeunes. Par mimétisme, les adolescents reproduisent les dérives de ceux qu’ils considèrent à tort comme des modèles de réussite.

L’histoire démontre qu’une nation qui néglige la formation morale de sa jeunesse compromet durablement son avenir. Pour aliéner ou élever un peuple, il suffit parfois de modeler ses références culturelles. C’est pourquoi la question de la responsabilité éthique des artistes, des producteurs et des diffuseurs de contenus doit désormais être posée sans faux-semblants.

Pour une régulation républicaine sans censure

Face à cette crise des valeurs, le ministère de la Culture gagnerait à initier une grande réflexion nationale. Il ne s’agit nullement de brandir le bâton de la censure ni de museler la créativité artistique, la liberté d’expression demeurant un principe démocratique intangible. En revanche, promouvoir activement une industrie culturelle qui valorise le civisme, le respect et l’excellence n’a rien d’une utopie : c’est un choix politique et de société crucial.

L’éducation ne s’arrête pas aux portes des salles de classe. Elle se joue chaque jour dans les contenus numériques consommés en continu, dans les transports en commun, au sein des foyers, mais aussi dans ces débits de boissons qui continuent de faire résonner des décibels obscènes à proximité immédiate des établissements scolaires.

La démission parentale n’est pas une option

Dans cette configuration, les parents ne peuvent se décharger de leurs prérogatives sur les seules institutions républicaines. Premiers éducateurs de leurs enfants, exercer un droit de regard sur ce qu’ils visionnent et écoutent ne constitue pas une ingérence dans leur liberté, mais un devoir absolu de protection.

Ce débat crucial mérite d’être mené avec sérénité, loin des procès d’intention. La question fondamentale qui se pose au Gabon est simple : quelle jeunesse voulons-nous léguer au pays de demain ? Si la société continue de détourner le regard au nom d’une prétendue modernité ou du succès commercial, une douloureuse interrogation s’imposera dans vingt ans : à quoi ressemblera la société gabonaise que nous aurons collectivement contribué à abandonner à la dérive ? La musique peut élever un peuple tout comme elle peut acter son déclin moral. Le choix nous appartient.

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