En ouvrant leur conférence inaugurale à l’Eglise d’Avea 2, les deux structures politiques, sous le leadership de Joël Ngoueneni Ndzengouma, théorisent l’alliance entre valeurs chrétiennes et gestion de l’Etat avant d’investir l’arrière-pays.
C’est une alliance de circonstance qui redessine les contours du paysage politique gabonais à l’aube de la Cinquième République. La salle polyvalente de l’Eglise de l’Alliance Chrétienne d’Avea 2 est devenue, ce jeudi 4 juin 2026, l’épicentre d’une doctrine émergente : la politisation des valeurs cléricales.
En ouvrant la conférence inaugurale de leur tournée nationale sous le thème sans équivoque « Nos exploits avec Dieu dans l’appareil politique et étatique », le parti 7MP et le Mouvement Oligui Nguema 100%, sous la direction de Joël Ngoueneni Ndzengouma, abattent leurs cartes. L’objectif de ce conclave de quarante-huit heures est de lever une armée de croyants prêts à investir la sphère publique et administrative du pays.

La chaire au service de la cité
Loin de la stricte laïcité traditionnelle, les leaders ecclésiastiques revendiquent désormais une présence décomplexée dans l’arène du pouvoir. Le Révérend Ferdinand Sangoye, président de l’Eglise de l’Alliance Chrétienne et Missionnaire du Gabon (EACMG), a donné le ton de ce rassemblement en sonnant la fin de l’abstentionnisme politique des fidèles. « L’Église ne doit pas être absente des grandes réflexions qui concernent l’avenir de notre nation », a-t-il martelé, érigeant l’intégrité et la compétence spirituelle en outils de gestion publique.
Le Révérend François Rabekongo a quant à lui évoqué les vocations singulières et la notion de kairos divin au cours du jeu de rôle, afin d’édifier les participants. Il leur a rappelé que le Seigneur appelle chacun à se vouer pleinement à la mission pour laquelle l’Éternel l’a désigné, que ce soit au sein de la sphère politique ou au sein de l’administration publique.
Cette offensive idéologique est pilotée par Joël Ngoueneni Ndzengouma. En sa double qualité de président fondateur du 7MP et leader du Mouvement Oligui Nguema 100%, l’homme politique orchestre la fusion entre ferveur patriotique et allégeance religieuse. Devant une assemblée compacte, il a défendu l’idée que le redressement des institutions gabonaises dépendrait intrinsèquement de profils guidés par des convictions spirituelles immuables, un narratif destiné à légitimer l’action du chef de l’Etat auprès de l’Eglise et des Chrétiens.

L’éthique religieuse face aux dérives de la gouvernance
Au cœur des débats, l’éthique administrative a été brandie comme le remède principal contre les maux de l’Etat. Le Révérend Gaspard Obiang, président du Conseil National des Eglises Pentecôtistes, Evangéliques et de Réveil du Gabon (CENEPER), a insisté sur l’urgence d’injecter des comportements exemplaires au sein des ministères et de la haute fonction publique. Selon cette grille de lecture, la foi chrétienne ne doit plus se cantonner au culte dominical, mais s’imposer comme un code de conduite pour placer l’intérêt général au-dessus des ambitions partisanes.
Pendant deux jours, les sessions alternent entre panels de réflexion, retours d’expériences technocratiques et séquences d’intercession spirituelle. Le point d’orgue de l’événement prévoit une prière nationale d’envergure, invoquant la protection divine sur les dirigeants de l’Etat, les institutions et la stabilité du peuple gabonais.

Une croisade provinciale dès le 6 juin
Pour les stratèges du 7MP et du Mouvement Oligui Nguema 100%, ce rassemblement d’Avea 2 n’est que la rampe de lancement d’une mécanique bien plus vaste. Dès le samedi 6 juin 2026, les caravanes s’ébranleront vers l’intérieur du pays.
En déportant ce discours de moralisation dans les provinces, les organisateurs entendent capitaliser sur le maillage territorial des confessions religieuses pour consolider l’ancrage populaire du gouvernement.