En renvoyant l’interviewer aux affaires Sarkozy et Le Pen pour justifier le cas Bilie-By-Nze, le président gabonais exige une relation d’égal à égal et défend la souveraineté judiciaire de l’Afrique, spécifiquement du Gabon.
Face aux caméras de France 24, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema a troqué son costume de chef d’Etat pour celui de doctrinaire de la souveraineté africaine. Interrogé sur les déboires judiciaires de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, le président gabonais a livré bien plus qu’une simple mise au point politique. Sa réplique, ciselée et offensive, lèves le voile sur une ambition plus profonde : dynamiter le traitement asymétrique persistant entre l’Afrique et l’Occident sur le terrain du droit.
Le miroir tendu à Paris
Loin de s’esquiver, le chef de l’Etat a orchestré une contre-offensive rhétorique immédiate. Sa méthode ? Renvoyer l’interviewer à ses propres paradoxes occidentaux. « J’ai vu à la télévision récemment un ancien chef d’Etat français être condamné. Est-ce que cela a été le problème de Macron ? Marine Le Pen a été condamnée, est-ce que cela a été un problème pour le président français ? », a-t-il martelé.
En brandissant les spectres judiciaires de l’Hexagone, Brice Clotaire Oligui Nguema rappelle un principe fondamental : la séparation des pouvoirs. Un concept universel, mais dont la lecture devient étrangement sélective dès qu’il traverse l’océan.
La fin du deux poids, deux mesures
Ce que dénonce Libreville, c’est ce biais cognitif post-colonial : ce qui est salué comme une preuve de vitalité démocratique et d’indépendance de la justice à Paris devient suspecté de dérive autoritaire ou de règlement de comptes politique dès qu’il survient à Libreville. Une géométrie variable qui alimente une défiance systématique envers les cours africaines.
Le président de la République s’attaque ici à un dogme : celui d’une hiérarchisation des standards judiciaires. Les institutions africaines revendiquent désormais leur pleine émancipation. La justice y suit son cours, indifférente aux grilles de lecture extérieures qui cherchent à tout prix à y voir les symptômes d’une instabilité chronique.
Une diplomatie de l’égalité
Au-delà de la joute médiatique, ce face-à-face symbolise le basculement d’une époque. Le continent africain refuse d’être sommé de se justifier en permanence face à un Nord donneur de leçons mais rarement à l’écoute des dynamiques locales. L’Afrique observe, applique ses propres codes, instruit ses dossiers selon ses propres textes et exige, en retour, la même retenue diplomatique que celle observée entre puissances occidentales.
La sortie du président Oligui Nguema s’impose ainsi comme un jalon politique majeur. C’est une invitation ferme à rebâtir les relations internationales sur un socle d’égal à égal, où la souveraineté juridique n’est plus un privilège géographique, mais un droit partagé.

