A l’occasion de ses 70 ans, le célèbre avocat et écrivain gabonais a présenté son septième ouvrage à Libreville. Une plongée métaphysique qui bouscule les récits scientifiques et religieux traditionnels pour redéfinir le rôle mystique de l’Afrique.
Délaissant pour un temps la rigueur des codes juridiques et les plaidoiries des tribunaux, Maître Jean-Paul Moumbembé s’est aventuré sur le terrain hautement spéculatif des origines de la Création. Le samedi 30 mai 2026, l’avocat-écrivain a choisi le cadre intimiste de sa résidence des Charbonnages, à Libreville, pour célébrer ses 70 ans d’existence. Une double fête marquée par la sortie de son septième ouvrage, au titre évocateur et volontairement provocateur : « …Et Sybilus créa l’homme – La genèse ». Devant un parterre d’intellectuels, de figures culturelles et de journalistes, l’homme de loi a dévoilé une cosmogonie personnelle qui promet de faire vagues dans le milieu littéraire gabonais.
Une création à deux têtes : Sybilus et Telum-Dieu
Dans cet opus de 80 pages, Jean-Paul Moumbembé s’écarte radicalement du créationnisme biblique et du darwinisme scientifique. Sa thèse repose sur une architecture spirituelle duale. Selon lui, l’être humain n’est pas le produit d’une seule force divine, mais le résultat d’une collaboration cosmique entre deux entités distinctes : « Sybilus », l’architecte qui façonne l’enveloppe charnelle, et « Telum-Dieu » (ou « Tehel’hum »), la puissance supérieure qui insuffle l’âme et donne la vie.

L’auteur confie avoir reçu l’étincelle de cette inspiration un an jour pour jour avant cette présentation, le 30 mai 2025. Sa théorie met en scène les « N’guggi », les premiers humains qui seraient apparus en Ethiopie autour d’un arbre mythique éponyme. Fait marquant de ce récit : cette première humanité était déjà plurielle, composée de trois couples originels aux nuances de peau noire, blanche et vert-olive.

De la Terre creuse à l’organisation de l’âme
L’ouvrage frappe par la précision quasi chirurgicale de ses concepts ésotériques. Jean-Paul Moumbembé affirme que ces premiers habitants de la Terre ont émergé des profondeurs du sous-sol terrestre, où ils auraient vécu une sorte de pré-existence mystique aux côtés d’entités spirituelles, avant d’apparaître à la surface à l’âge mûr de 66 ans.
L’avocat applique à l’esprit humain la même rigueur qu’à un dossier d’instruction, en découpant l’âme en cinq catégories distinctes. Chacune de ces composantes possède un rôle spécifique visant à garantir l’équilibre psychique et l’évolution spirituelle de l’individu tout au long de son existence terrestre.
L’Afrique centrale comme boussole de l’Humanité-Synthèse
Au-delà de la spéculation métaphysique, l’ouvrage porte une charge géopolitique et spirituelle forte pour le continent africain. Dans la cartographie mystique de l’auteur, la géographie africaine est sacralisée : l’Afrique australe s’impose comme le berceau originel de la première Création, tandis que l’Afrique centrale hérite d’une mission prophétique majeure. Elle est désignée pour guider l’humanité contemporaine, descendante des pionniers N’guggi.
Cette trajectoire doit mener à l’avènement d’une « Humanité-Synthèse », un groupe restreint et élitiste de 2 073 individus appelés à atteindre un palier supérieur d’existence et de conscience. Jean-Paul Moumbembé n’impose rien, il propose un espace de réflexion philosophique destiné à nourrir le débat sur la condition humaine.
La séance de dédicaces qui a conclu la soirée témoigne de l’intérêt suscité par cet avocat qui, à 70 ans, préfère poser les grandes questions de l’univers plutôt que de s’enfermer dans les certitudes du droit.

