Trois mois après la nomination d’une nouvelle direction en Conseil des ministres, le passage de témoin n’a toujours pas eu lieu à La Poste S.A. Face à cet imbroglio managérial, sur fond d’arriérés de salaires et d’accusations mutuelles, le syndicat majoritaire décrète un arrêt total des activités. Immersion dans une entreprise publique au bord du gouffre.
Les rideaux de fer s’abaissent, le tri postal s’arrête et la colère sociale, elle, passe à la vitesse supérieure. Ce mercredi à Libreville, le Syndicat national de la Poste (SYNAPOSTE) a acté la paralysie totale de La Poste S.A. Par la voix de son secrétaire général, Davy Mamboundou, l’organisation syndicale dénonce un « imbroglio administratif » inédit qui plonge l’opérateur public dans une vacance de pouvoir destructrice. Au cœur du litige : une transition managériale qui n’en finit plus de stagner, alors que la base ouvrière ne perçoit plus aucun revenu.
Un pouvoir à deux têtes et une transition fantôme
L’origine du blocage remonte au Conseil des ministres du 26 février 2026. Ce jour-là, l’exécutif acte le remplacement du directeur général sortant, Jean Richard Ella Eya’a, par Marcel Dikouba. Trois mois plus tard, la passation de service relève de la fiction. La nouvelle équipe dirigeante n’a toujours pas été officiellement installée.
Pour le SYNAPOSTE, ce statu quo maintient l’entreprise dans une dangereuse zone grise. Le syndicat accuse la direction sortante de s’affranchir de l’obligation de gérer les seules «affaires courantes ». Mutations discrétionnaires, réaffectations massives, transferts de responsabilités : l’équipe en place est soupçonnée de verrouiller l’appareil administratif avant son départ. Une gouvernance jugée « opaque » qui nourrit un profond malaise chez les agents.

Le quotidien des postiers : salaires gelés et locaux insalubres
Derrière cette guerre de bureaux se cache une réalité sociale dramatique. Au Centre national des tris postaux comme au Centre philatélique, le décor est le même : absence d’hygiène, normes de sécurité défaillantes et outils de travail obsolètes.
Plus grave encore, le robinet des rémunérations est coupé. Les agents de La Poste S.A. font face à un mur financier. Le SYNAPOSTE affirme que ses membres n’ont pas perçu leurs émoluments depuis plusieurs mois. Une détresse économique qui a poussé la base syndicale à voter, de manière « unanime et majoritaire », la suspension immédiate de toutes les activités. Le mot d’ordre est : aucun guichet n’ouvrira tant que la nouvelle direction ne sera pas installée.
Face à ce réquisitoire, la direction générale sortante refuse de plier et contre-attaque. Elle rejette en bloc les accusations de mauvaise gestion et pointe du doigt la mauvaise foi des partenaires sociaux. Selon ses cadres, plusieurs invitations à la concertation ont été formellement rejetées par le syndicat.
La direction va plus loin et tente de disqualifier le leader du mouvement. Elle affirme que Davy Mamboundou, le secrétaire général, affecté en province au bureau de Kango, n’est plus en activité effective depuis près d’un an. Selon les dirigeants, la grille des revendications sur les conditions de travail ne serait qu’un écran de fumée. Le véritable objectif du SYNAPOSTE serait purement politique : forcer un changement d’hommes plutôt que de structures.
Le Budget au pied du mur
La direction générale concède néanmoins un point crucial : l’asphyxie financière des postiers. Elle admet que les salaires n’ont plus été versés depuis le mois de février 2026, soit trois mois d’arriérés cumulés.
Pour se défendre, le top management rejette la responsabilité sur l’Etat actionnaire : « Nous attendons le signal du gouvernement, notamment du ministère du Budget. Dès que les ressources seront mises à disposition, nous procéderons au paiement », indique la direction.
Alors que le fossé se creuse entre l’administration et les travailleurs, cette énième crise met à nu les fragilités structurelles et le modèle économique à bout de souffle de La Poste S.A. Le gouvernement est désormais contraint de sortir de son mutisme. Sa capacité à arbitrer ce bras de fer et à libérer les fonds d’urgence déterminera la survie d’un service public postal déjà moribond.