Digitalisation fantôme : le grand bluff de l’Hôtel de Ville
A peine les valises posées le 17 novembre 2025, Pierre Matthieu Obame Etoughé découvrait, ahuri, « la sensibilité » de la dépense publique. Trois jours après son installation, dit-on dans les couloirs de la Mairie de Libreville, les premiers décaissements tombaient : des dizaines de millions de FCFA versés par simple ordre de paiement à Oberthur Solution. Problème : cette firme française n’a aucune existence légale au Gabon. En ignorant superbement le Code des marchés publics et l’ANINF, l’édile signait là un chèque en blanc qui allait le poursuivre, malgré lui, par la suite.
L’opacité s’est étendue jusqu’en Mauritanie avec le prestataire GTI. Cette société, ayant déjà englouti des centaines de millions sous l’ère des délégués spéciaux, est restée aux abonnés absents lors de chaque convocation technique. À ce niveau de mutisme, la question de la « société écran » n’est plus une hypothèse, mais une évidence. Pourtant, sans sourciller, le maire déchu affirmait que la digitalisation était achevée à 95 %. Sur le terrain, la réalité est plus prosaïque : pas un terminal de paiement, pas un logiciel, rien. La dématérialisation promise n’est qu’un mirage destiné à masquer un retour aux méthodes archaïques.
Le « système Tounkara » ou l’art de court-circuiter le Trésor
Pourquoi saborder un projet de sécurisation des recettes ? La réponse tient en un nom : Tounkara. Ce ressortissant malien, véritable éminence grise du recouvrement, régnait sur un réseau opaque avec la bénédiction de la mairie. En refusant de digitaliser, l’Hôtel de Ville maintenait un système de collectes manuelles, impossible à tracer et totalement déconnecté du Trésor public. Un « trou noir » financier où les taxes de Mont-Bouët et d’ailleurs s’évaporaient, pendant que certains s’octroyaient des « prêts » sur les fonds publics.
C’était la « mairie du bonheur », mais pour un cercle d’initiés seulement. Pendant que les millions circulaient entre copains, coquins et alliés, les rentrées municipales n’ont jamais fait l’objet d’un rapport financier transparent.
Sous les ors du cabinet, l’enfer des techniciens
Le contraste est saisissant, presque cruel. Pendant que le cabinet du maire croulait sous les budgets, l’équipe de digitalisation rattachée au PMA vivait un calvaire. Relégués dans un local exigu, sans climatisation sous 30°C et dépourvus du mobilier le plus élémentaire, ces techniciens ont travaillé dans des conditions indignes. Plus absurde encore : alors que les stocks d’ordinateurs offerts par l’ambassade de Chine prenaient la poussière dans le bureau du maire, les experts de Berre étaient privés d’outils de travail.