A l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, le nouveau rapport de Reporters sans frontières (RSF) dresse un bilan contrasté. Si le Gabon perd deux places au niveau mondial, il s’accroche à son statut de bon élève en Afrique, dans un contexte global marqué par une érosion préoccupante de l’indépendance journalistique.
Le baromètre mondial de la liberté de la presse vire à l’orange. Dans son édition 2026, RSF tire la sonnette d’alarme : sur les 180 pays évalués, 100 affichent une dégradation de leur score. Pressions politiques, essor des régimes autoritaires et précarité économique forment un cocktail toxique pour le quatrième pouvoir. Dans ce tumulte, le Gabon recule légèrement, passant de la 41e à la 43e place mondiale. Un recul symbolique qui n’entame pas, pour l’heure, sa position de leader régional, mais qui souligne des fragilités persistantes.
Si le Gabon reste parmi les nations africaines les mieux classées, l’organisation de défense des journalistes tempère cet optimisme. Le rapport pointe du doigt une liberté de la presse qui peine à s’enraciner durablement, particulièrement dans l’espace numérique.
L’omniprésence des médias publics, perçus comme des relais de la communication gouvernementale, demeure une critique centrale. RSF déplore également des pratiques d’exclusion sélective lors des événements officiels, où certains journalistes indépendants se voient refuser l’accès à l’information source.
La HAC dans le viseur : l’enjeu de l’indépendance
Le point de friction majeur reste la Haute autorité de la communication (HAC). Le régulateur gabonais est une nouvelle fois fustigé pour ses sanctions jugées « arbitraires » à l’encontre de certains titres.
Au cœur de la discorde : la réforme de 2023. En permettant au pouvoir exécutif de nommer l’intégralité des membres de l’institution, cette loi a, selon les observateurs, considérablement affaibli l’impartialité du régulateur. Cette mainmise institutionnelle est perçue comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus des rédactions les plus critiques.
Entre protection légale et pressions invisibles
Sur le papier, la législation gabonaise est protectrice. L’abolition des peines de prison pour les délits de presse est un acquis historique souvent cité en exemple. Pourtant, sur le terrain, une « zone grise » persiste.
L’augmentation des convocations de journalistes par les services de sécurité crée, selon RSF, un climat d’autocensure délétère. Entre fragilité financière des entreprises de presse et pressions administratives, le journalisme gabonais se cherche un nouveau souffle. Si le pays évite la dégringolade observée ailleurs, le défi de 2026 sera de transformer cette « relative ouverture » en une liberté réelle, déconnectée des aléas du pouvoir.
Le Gabon face au miroir africain
Classement 2026 : 43e mondial (-2 places par rapport à 2025). Le Gabon a supprimé les peines de prison pour délits de presse, une avancée majeure, mais multiplie les convocations administratives. Pression économique. La crise des revenus publicitaires fragilise l’indépendance des médias privés, les rendant vulnérables aux financements politiques.
Dans le top Afrique, malgré sa baisse, le Gabon surclasse de nombreuses puissances régionales, restant dans le « peloton de tête » des pays où exercer le métier est encore possible sans risques vitaux.


