Silencieuse depuis le début de la procédure, Me Gisèle Eyue Bekale, avocate historique d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, sort du silence. Dans un entretien accordé à nos confrères de GabonReview, elle fustige les entraves à la communication avec son client et annonce avoir fait appel du placement en détention de l’ancien Premier ministre.
Alors que l’opinion s’interrogeait sur son absence médiatique face à l’omniprésence de certains confrères, Me Eyue Bekale a tenu à clarifier la situation : la défense de l’ancien chef du gouvernement est assurée par un collectif de quatre avocats. « Je n’ai pas pris la parole au risque d’être inaudible, mais je suis bien présente dans cette procédure », a-t-elle affirmé, balayant ainsi toute idée de retrait.
Le point de friction majeur réside dans les conditions d’accès au détenu. Si des permis de communiquer ont finalement été délivrés le 23 avril, l’avocate estime que ce délai d’une semaine après le placement en détention est inacceptable. Pour elle, cette attente constitue un « obstacle à la libre communication » et, par extension, une atteinte manifeste aux droits de la défense.
Une bataille judiciaire sur le fond
Sur le plan juridique, le conseil de l’ancien Premier ministre ne cache pas son étonnement face à la tournure des événements. Me Eyue Bekale soutient que les faits reprochés à son client ne constituent pas une infraction pénale, et que le dossier aurait dû être classé sans suite ou, à défaut, faire l’objet d’une ordonnance de refus d’informer par le juge d’instruction.
Elle conteste, notamment, la nécessité du mandat de dépôt. « Cette option est donnée au juge d’instruction s’il n’a pas d’autres solutions ou si l’ordre public est gravement troublé. Dans le cas d’espèce, 18 ans plus tard, il n’est plus question de cela », argumente-t-elle.
L’argument de l’ordre public : « 18 ans plus tard »
Le point le plus saillant de sa déclaration concerne la légitimité du placement en détention préventive. L’avocate rappelle que le mandat de dépôt est une mesure exceptionnelle, justifiée uniquement par l’absence d’alternative ou un trouble grave à l’ordre public. Or, elle soulève un paradoxe temporel majeur : « Dans le cas d’espèce, 18 ans plus tard, il n’est plus question de cela », martèle-t-elle, remettant en cause l’urgence et la nécessité de l’incarcération pour des faits si anciens.
Face à ce qu’elle considère comme une « problématique juridique » majeure, l’avocate ne compte pas en rester là. Elle a officiellement interjeté appel contre l’ordonnance de placement sous mandat de dépôt. Pour le collectif de défense, l’objectif est désormais clair : démontrer l’inanité de la procédure afin d’obtenir la libération immédiate de son « illustre client ».


