La digitalisation du service public n’est ni un slogan, ni une opération cosmétique. Elle désigne une transformation en profondeur de l’administration grâce au numérique.
Il ne s’agit pas simplement de mettre en ligne des services, de remplacer le papier par des écrans ou de multiplier les transactions électroniques, mais de repenser entièrement le fonctionnement de l’État pour le rendre plus efficace, transparent et accessible à tous.
Une véritable digitalisation repose sur la simplification des démarches administratives, l’interconnexion des systèmes entre administrations, l’utilisation intelligente et sécurisée des données, ainsi que l’égalité d’accès aux services publics sur l’ensemble du territoire.
Elle implique de placer le citoyen au centre, en réduisant les délais, les coûts et les lourdeurs bureaucratiques.
Confusion entre numérisation des documents et digitalisation complète
Or, au Gabon, la tendance est de faire passer la simple numérisation des documents administratifs, le paiement électronique ou le passage du permis papier au numérique pour faire croire à une digitalisation complète.
A cette confusion s’ajoute la distribution ciblée d’ordinateurs aux élèves et étudiants, présentée comme un projet structurant alors qu’elle relève, en réalité, d’une opération de communication. Sans un projet d’intégration global — qui connecte ces outils à l’ensemble du système éducatif et administratif — cette distribution n’apporte aucune plus-value réelle et ne transforme ni l’apprentissage, ni le fonctionnement de l’État.
La double casquette du ministre de l’Economie numérique interroge
Cette démarche est d’autant plus préoccupante que le ministre de l’Economie numérique, présumé banquier et acteur économique dans le secteur des solutions numériques, pilote ces initiatives tout en étant propriétaire de sociétés proposant des services dans les transferts d’argent et l’automatisation des processus métier. Cette double casquette soulève un doute légitime sur l’indépendance et la neutralité des décisions publiques, et brouille la frontière entre intérêt général et intérêts privés.
Les conséquences d’une telle approche sont multiples : gaspillage de ressources publiques, accroissement des inégalités d’accès aux services, complexification administrative, dépendance technologique vis-à-vis de prestataires privés, et perte de confiance des citoyens face à des initiatives médiatiques sans fondement réel.
Faire croire que quelques processus numérisés et une distribution d’ordinateurs isolée constituent une digitalisation aboutie n’est qu’un enfumage qui ne trompe que les profanes.
Éviter que la digitalisation se limite à une vitrine médiatique ou a des intérêts privés
Il est donc impératif d’interpeller la vigilance du président de la République : il doit veiller à ce que la digitalisation ne se limite pas à une vitrine médiatique ou à des intérêts privés, mais qu’elle devienne un véritable levier de transformation, cohérent, intégré et au service de l’ensemble des citoyens.
Le Gabon mérite une digitalisation ambitieuse et sincère, qui transforme réellement l’État.