AccueilTribune Emploi des seniors au Gabon : une erreur économique, statistique et stratégique

[Tribune libre] Emploi des seniors au Gabon : une erreur économique, statistique et stratégique

Écouter cet article

Dans le débat sur l’emploi au Gabon, une réalité essentielle est trop souvent ignorée : le pays dispose d’un capital humain limité, qu’il ne peut se permettre de gaspiller.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec une population d’environ 2,6 millions d’habitants et un âge médian de seulement 21,6 ans, le Gabon est un pays jeune. Pourtant, la part des travailleurs âgés reste extrêmement faible : les 55-64 ans représentent environ 5 % de la population, et les 65 ans et plus à peine 4 %. Autrement dit, les seniors constituent une minorité déjà rare dans la structure démographique. Et pourtant, c’est précisément cette catégorie que l’on tend à exclure du système productif.

Une illusion économique : remplacer l’expérience par le coût

La mise à la retraite systématique des seniors repose sur une idée simple : réduire la masse salariale en remplaçant des profils expérimentés (donc mieux rémunérés) par des jeunes moins coûteux.

Mais cette logique est profondément incomplète car elle ignore les coûts cachés : perte immédiate de productivité ; erreurs liées à l’inexpérience ; allongement des délais d’exécution ; absence de transmission des savoirs.

En réalité, ce que l’on présente comme une économie devient souvent une désorganisation coûteuse. Le paradoxe est clair : on réduit un coût visible (le salaire), pour créer des coûts invisibles beaucoup plus élevés.

Une transition générationnelle mal pensée

Remplacer des seniors par des jeunes sans mécanisme de transmission structuré revient à espérer des résultats immédiats… sans en créer les conditions.

Or, les faits montrent que : la montée en compétence prend du temps ; l’expérience ne se décrète pas ; les organisations perdent en efficacité à court et moyen terme. Ainsi, les résultats attendus — performance, modernisation, efficacité — restent largement en attente.
Ce n’est pas la jeunesse qui est en cause. C’est l’absence d’architecture dans la transition.

Une contradiction structurelle : exclure localement, recruter à l’étranger

Dans le même temps, le Gabon continue de recourir à des travailleurs expatriés pour des fonctions techniques ou d’encadrement. Cette situation révèle une incohérence majeure : on écarte des compétences locales expérimentées ; on importe des compétences souvent plus coûteuses. Conséquences : sortie de devises ; dépendance extérieure ; affaiblissement de la souveraineté économique. Nous remplaçons ce que nous maîtrisons… par ce que nous devons acheter.

Le faux débat de la masse salariale

L’argument budgétaire est souvent avancé pour justifier l’exclusion des seniors. Mais il pose une vraie question : le problème vient-il des seniors, ou de la mauvaise organisation du travail ?

Dans de nombreuses structures, les dérives de la masse salariale proviennent surtout de : doublons de postes ; fonctions peu productives ; absence d’évaluation réelle de la performance ; inefficacité dans l’allocation des ressources humaines. Les audits organisationnels, lorsqu’ils sont réalisés sérieusement, mettent régulièrement en évidence ces dysfonctionnements.

Dès lors, une interrogation légitime s’impose : quelles suites concrètes sont données à ces audits ? Car supprimer des seniors sans corriger ces anomalies revient à traiter les symptômes en aggravant la maladie.

Une ressource rare dans une économie contrainte

Avec un taux de participation au marché du travail d’environ 51 %, le Gabon dispose déjà d’un vivier limité d’actifs. C’est un luxe que le pays ne peut pas se permettre. Le problème n’est donc pas l’âge. Il réside dans l’absence d’une politique cohérente d’intégration, de valorisation des compétences expérimentées et donc systémique.

Il est temps de changer de regard

L’avenir du Gabon ne se construira pas en opposant les générations, mais en organisant leur complémentarité. Les seniors doivent être repositionnés comme des acteurs clés : mentors, formateurs, experts, accompagnateurs de projets stratégiques. Cet encadrement, aujourd’hui, porte un nom : l’expérience. Les jeunes, quant à eux, doivent bénéficier de cet encadrement pour monter plus rapidement en compétence et porter l’innovation.

Une telle approche permettrait non seulement de réduire la dépendance aux expatriés, mais aussi d’améliorer significativement la productivité globale et la souveraineté économique du pays. En réalité, la question est simple : un pays qui manque de ressources humaines qualifiées peut-il se permettre d’en écarter une partie ? Pour le Gabon, la réponse est clairement non.

Il ne s’agit plus d’un débat social, mais d’un impératif économique. Revaloriser les seniors, c’est cesser de perdre de la richesse. C’est investir dans une croissance plus solide, plus autonome et plus durable.

Dans ce contexte : chaque compétence compte ; chaque expérience accumulée est stratégique et exclure les seniors revient donc à : réduire encore la base productive ; fragiliser les institutions ; ralentir la transmission des savoirs.

Arthur NdougouEconomiste et Financier

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Captcha verification failed!
Le score de l'utilisateur captcha a échoué. Contactez nous s'il vous plait!

Vous pourriez aussi aimer

Dernières nouvelles

Les + Lus