Près d’un an après la fuite d’hydrocarbures survenue sur le site de Coucal (Ngounié), la compagnie Perenco a publié un point de situation ce vendredi 6 mars 2026. Tout en démentant une pollution massive des eaux, l’opérateur reconnaît des résurgences localisées au sol et annonce une reprise des opérations de nettoyage.
Face aux inquiétudes persistantes des populations locales, Perenco Oil & Gas Gabon (POGG) sort du silence. Dans un communiqué officiel, l’opérateur pétrolier revient sur l’incident déclaré dans la nuit du 5 au 6 avril 2025, affirmant avoir respecté les protocoles réglementaires d’alerte auprès des autorités environnementales et du secteur pétrolier.
Selon la compagnie, une première phase de dépollution intensive a été déployée dès le lendemain de l’incident, mobilisant les communautés locales et l’administration jusqu’au 25 juillet 2025.
Pour rassurer sur la qualité des ressources vitales, Perenco s’appuie sur plusieurs expertises : analyses officielles. En avril 2025, la Direction générale des études et laboratoires n’a détecté aucune trace d’hydrocarbures dans les forages d’eau potable. Contrôles indépendants. Trois campagnes d’analyses menées sur la rivière Mbari (eau et sédiments) ont confirmé l’absence de contamination.
Des résurgences dues aux fortes précipitations
Si les eaux semblent épargnées, la situation au sol reste sous surveillance. Des analyses effectuées en novembre 2025 ont révélé des points de pollution localisés. Ce phénomène serait lié aux fortes pluies saisonnières ayant fait remonter des résidus d’hydrocarbures piégés dans les couches superficielles de la terre.
Réactive, une mission conjointe (administration et opérateur) s’est rendue sur le site du 11 au 13 février 2026. Cette descente sur le terrain a permis de valider le lancement de nouvelles opérations de dépollution ciblées.
L’entreprise réaffirme son engagement à restaurer l’écosystème de Coucal. De nouveaux prélèvements sont actuellement en cours pour garantir une sécurité sanitaire totale aux riverains. Ce dossier, sensible pour l’image de la compagnie au Gabon, reste une priorité pour les autorités de régulation qui veillent au respect des normes environnementales.
Entre vigilance et scepticisme
Malgré ces assurances, le climat reste tendu sur place. Plusieurs collectifs de riverains et l’ONG Croissance Saine Environnement s’interrogent sur la lenteur de la dépollution définitive. « Les analyses techniques sont une chose, la réalité quotidienne de la forêt et des plantations en est une autre », confie un représentant local. Les associations réclament une contre-expertise indépendante financée par l’Etat pour valider définitivement la fin des risques sanitaires et exigent des mesures de compensation pour les agriculteurs dont les terres ont été impactées par les résurgences de novembre.
Que dit la loi gabonaise ?
Au Gabon, l’activité pétrolière est strictement encadrée par le Code des Hydrocarbures et la Loi relative à la protection de l’environnement. En cas d’incident, l’opérateur est soumis à plusieurs obligations : le principe « Pollueur-payeur ». L’entreprise est juridiquement responsable des dommages causés à l’environnement et à la santé publique. Elle doit financer l’intégralité de la dépollution et des indemnisations éventuelles. L’obligation de déclaration immédiate. Tout incident doit être signalé sous 24h aux ministères de tutelle sous peine de sanctions pénales. La remise en état du site. L’opérateur a l’obligation de restaurer l’écosystème dans un état « écologiquement acceptable », vérifié par des audits de l’administration.


