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À Alibandeng, des enfants pêchent dans les caniveaux pour survivre

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Dans les ruelles d’Alibandeng, quartier populaire de Libreville, la misère ne se cache plus. Elle s’étale sans fard le long des routes, au creux de rigoles béantes où l’eau stagnante charrie déchets, boue et désespoir. C’est là, au bord de ces conduits insalubres, que des enfants aux pieds nus tentent de capturer de petits poissons ou des têtards pour subsister.

La scène est saisissante. Deux garçonnets avancent prudemment dans la vase. L’un tient un piège rudimentaire, l’autre scrute l’onde trouble. Leurs vêtements sont usés, leurs sandales absentes ou abandonnées sur le bitume brûlant. Autour d’eux, la circulation poursuit son cours, indifférente. Personne ne s’arrête. Personne ne s’étonne. Dans ce secteur de la capitale, ce tableau est devenu presque ordinaire.

Le paradoxe d’un pays riche face à la faim

Ces enfants ne jouent pas. Ils ne cherchent pas à s’amuser, mais à se nourrir. Dans un pays riche de ses ressources naturelles, cette réalité heurte les consciences. Comment expliquer que des mineurs soient contraints de fouiller des cloaques au péril de leur santé, s’exposant aux infections et aux accidents, pendant que les discours officiels célèbrent la croissance, les réformes et la relance économique ?

Ce spectacle est le symbole brutal d’une pauvreté structurelle, enracinée dans une répartition inégale des richesses collectives. À Alibandeng comme dans de nombreux quartiers défavorisés, les familles vivent sans accès réel à l’eau potable, à l’assainissement, ni à une alimentation décente. L’école devient dérisoire quand l’urgence est de combler un estomac vide. L’enfance, ici, se trouve sacrifiée sur l’autel du délaissement social.

La faillite du filet de sécurité sociale

Ce que ces gamins extraient de la boue ne se limite pas à quelques proies. Ils y puisent une survie quotidienne que l’État, les collectivités locales et les politiques publiques n’ont pas su garantir. Cette situation pose une question fondamentale : quelle est l’utilité des ressources publiques si elles ne protègent pas les plus vulnérables ?

Il ne s’agit pas ici de solliciter une charité ponctuelle ou de susciter une émotion passagère, mais d’exiger la justice sociale. Une redistribution équitable des revenus nationaux, des investissements massifs dans les infrastructures de base et une protection réelle de la jeunesse ne sont pas des options, mais des obligations régaliennes.

À Alibandeng, les caniveaux sont devenus des lieux de subsistance. Tant que ce constat persistera, il restera un réquisitoire silencieux contre un système qui laisse ses enfants lutter pour leur survie là où ils devraient simplement grandir.

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