Le Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba a abrité, ce mercredi 23 septembre, le point d’orgue de la deuxième édition de la campagne « Septembre en Or ». Consacré au diagnostic précoce, ce séminaire de haut niveau a réuni l’écosystème médical et civil gabonais. L’ambition : briser le plafond de verre de la prise en charge tardive pour offrir une chance réelle de guérison aux enfants touchés par la maladie.
Derrière les dorures protocolaires du Palais des Congrès de la Cité de la Démocratie, c’est un plaidoyer vibrant pour la vie qui s’est tenu hier. En refermant le chapitre scientifique de la deuxième édition de « Septembre en Or », les professionnels de la santé, universitaires, décideurs et acteurs de la société civile ont posé un diagnostic lucide sur la situation des cancers pédiatriques au Gabon. Sous le leitmotiv évocateur « Voir tôt, agir tôt », cette journée de réflexion est venue clore un mois d’intense activisme, marqué par des initiatives à fort impact social.
De la formation de proximité, le 4 septembre, avec l’opération « Foulard Or », visant à transformer de simples citoyens en sentinelles capables de détecter les premiers signaux d’alerte, aux parenthèses humanistes comme la journée « Super-Héros » à la Maison d’Alice le 12 septembre, ou encore l’élan populaire du fitness à la Baie des Rois le 19 septembre, la campagne a réussi le pari de sortir la maladie des seuls murs de l’hôpital pour en faire une cause nationale.
L’éveil des consciences : le diagnostic précoce comme première arme
À la tribune, les experts ont rappelé une vérité médicale cruciale : face au cancer de l’enfant, le temps est le pire ennemi. Le médecin-colonel Arnaud Boris Koumba, directeur de l’Institut de cancérologie d’Akanda (ICA), a lancé un appel solennel à une vigilance élargie. Pour le praticien, la détection ne doit pas être l’apanage exclusif des blouses blanches. Parents, enseignants, éducateurs : chaque adulte en contact avec la jeunesse doit devenir un observateur attentif des changements physiques ou comportementaux inhabituels. Une perte de poids inexpliquée, une fatigue persistante ou une pâleur soudaine ne doivent plus être banalisées.
Cette urgence clinique a été scientifiquement étayée par le professeur Ernest Belembaogo lors de sa conférence inaugurale. Si les cancers pédiatriques demeurent statistiquement rares par rapport à ceux de l’adulte, leur cinétique est fulgurante. Leucémies, lymphomes et tumeurs cérébrales constituent le triptyque le plus fréquemment diagnostiqué chez les jeunes patients gabonais. Pourtant, le message scientifique n’est pas au fatalisme : détectées à temps et orientées vers des protocoles thérapeutiques adaptés, ces pathologies affichent des taux de rémission porteurs d’espoir.
Solidarité agissante : la Fondation Dorcas en première ligne
Face aux insuffisances des structures publiques, la réponse thérapeutique s’organise également grâce au secteur associatif. Présente lors des travaux, la présidente de la Fondation Dorcas, Anouchka Oligui Nguema, a dressé le bilan des actions concrètes menées par son organisation pour alléger le fardeau des familles. Fidèle à sa politique de proximité, la fondation multiplie les leviers de soutien : collectes de sang, financement intégral de chirurgies complexes, prise en charge de molécules anticancéreuses onéreuses et appui logistique majeur aux évacuations sanitaires.
Consciente que l’éloignement géographique est un facteur d’iniquité face aux soins, la Fondation Dorcas a également structuré le transport des jeunes patients issus de l’intérieur du pays vers les centres spécialisés de la capitale, matérialisé par la mise à disposition d’un véhicule de liaison au profit de l’Institut de cancérologie d’Akanda. Un maillage de solidarité indispensable pour éviter les abandons de traitement en cours de route.
Pénurie de spécialistes et rupture de parcours : les défis du système de santé
Malgré ces avancées notables, le séminaire n’a pas occulté les faiblesses structurelles qui plombent la médecine pédiatrique nationale. Anouchka Oligui Nguema a ouvertement pointé du doigt les goulots d’étranglement du système, au premier rang desquels figure le manque criant d’oncopédiatres au Gabon. Cette pénurie de spécialistes, combinée à une mauvaise orientation initiale des patients par les structures sanitaires périphériques, engendre des retards de diagnostic souvent préjudiciables.
L’enjeu des prochains mois consistera donc à fluidifier le « parcours de soins ». Les conclusions des ateliers convergent vers une nécessité absolue : interconnecter plus efficacement les cliniques de quartier, les hôpitaux régionaux et les centres de référence comme l’ICA. En réduisant drastiquement le délai entre l’apparition du premier symptôme et l’administration de la première chimiothérapie, le Gabon ambitionne de franchir un cap qualitatif. Au-delà du symbole mémoriel, « Septembre en Or » pose ainsi les bases d’une doctrine de soins pérenne, pour que plus aucun enfant ne soit condamné par le silence ou la fatalité géographique.
