AccueilA La UneGabon : Faudrait-il toujours attendre la réaction du président de la République pour se faire soigner ?

Gabon : Faudrait-il toujours attendre la réaction du président de la République pour se faire soigner ?

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Le cri de détresse du brigadier de police Christian Rodrigue Assogo pose une question qui dépasse largement son seul cas. Confronté à de graves problèmes de santé, le policier a, dans une vidéo, directement sollicité l’intervention du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, pour bénéficier d’une évacuation sanitaire et d’une prise en charge médicale. Une démarche qui interpelle. Car si l’intervention du chef de l’État peut, dans une situation d’urgence, sauver une vie, elle révèle surtout une anomalie : pourquoi un agent de l’État doit-il s’adresser au sommet de l’État pour accéder à des soins ?

La situation du brigadier Christian Rodrigue Assogo est d’abord celle d’un homme malade, visiblement éprouvé et en détresse. Son appel au président de la République traduit l’urgence de sa situation et l’espoir placé dans l’autorité suprême du pays.

Le cas Assogo, un symptôme plus qu’un fait divers

La Présidence de la République, selon les éléments communiqués, a ainsi saisi les services compétents afin de veiller à son évacuation sanitaire et à sa prise en charge médicale diligente.

Il faut évidemment saluer toute intervention permettant à un compatriote en danger de recevoir les soins dont il a besoin. Mais derrière cette réponse présidentielle se cache une question autrement plus préoccupante : où étaient les services qui auraient dû détecter, accompagner et traiter cette situation avant qu’elle n’arrive jusqu’au président ?

La question est d’autant plus légitime que la Police nationale dispose de structures sociales et de mécanismes destinés au suivi de ses personnels. Comment expliquer alors qu’un brigadier confronté à de graves problèmes de santé en arrive à lancer un appel public directement au chef de l’État ?

Quand le président devient le dernier recours

Le cas Assogo ne semble pas isolé. Presque quotidiennement, les réseaux sociaux deviennent la caisse de résonance de citoyens sollicitant directement l’intervention du président de la République pour des problèmes de santé, d’aide sociale ou de prise en charge.

Ce phénomène devrait interpeller l’ensemble de l’administration.

Que font les services sociaux ? Que font les structures sanitaires ? Que font les administrations chargées d’accompagner les agents publics et les populations en difficulté ? À quoi servent les dispositifs et les lignes budgétaires prévus pour ces missions si le citoyen doit finalement passer par les réseaux sociaux pour espérer être entendu ?

Le président de la République n’est pourtant ni le ministre de la Santé, ni celui des Affaires sociales, ni celui de l’Intérieur. Sa fonction est de fixer les grandes orientations, d’impulser l’action publique et de veiller au bon fonctionnement de l’État. Il ne peut raisonnablement devenir le guichet ultime de toutes les détresses individuelles.

Réparer le circuit plutôt que multiplier les interventions

Le véritable enjeu est donc moins de savoir si le chef de l’État doit intervenir que de comprendre pourquoi son intervention devient nécessaire.

Il devient urgent de renforcer les mécanismes de suivi social et médical, notamment pour les agents des forces de défense et de sécurité, d’établir des procédures d’évacuation sanitaire clairement identifiées et de permettre un traitement rapide des situations médicales urgentes.

Chaque administration devrait également pouvoir répondre de ses défaillances : lorsqu’un dossier médical ou social reste bloqué, il doit être possible d’identifier le service responsable et de comprendre pourquoi il n’a pas été traité.

Le président de la République peut être celui qui débloque une situation exceptionnelle. Il ne devrait pas devenir celui qu’il faut appeler pour obtenir ce que l’administration est normalement chargée de garantir. Le Gabon ne doit pas seulement disposer d’un État capable de répondre lorsque le président est saisi. Il doit surtout construire une administration capable d’agir avant que le citoyen ne soit contraint de saisir le président.

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