Au chef-lieu de la province de l’Ogooué-Ivindo, Poste SA veut reconquérir les populations à coups de communication. Mais derrière la campagne de sensibilisation à l’ouverture de comptes courants, une question dérange : pourquoi mobiliser des moyens pour convaincre les Gabonais de faire confiance à une institution dont une partie de la clientèle attend encore des réponses sur ses difficultés passées ?
Les responsables de Poste SA ont lancé, jeudi 29 août à Makokou, une campagne de sensibilisation consacrée à l’ouverture de comptes courants. L’initiative, organisée dans le cadre de la troisième édition de la Fête de la Libération, vise aussi bien les particuliers que les entreprises, associations et autres catégories de clients.
Le directeur des services financiers de Poste SA, Régis Parfait Effah, a invité les populations à faire confiance à l’établissement présenté comme « une banque de proximité ».

« La Poste revient. Elle est sécurisée. Et nous avons une garantie de l’État qui nous accompagne. La Poste va avancer parce que c’est une banque de proximité et pour les populations », a-t-il déclaré.

La campagne ne s’est toutefois pas limitée aux comptes courants. Les responsables de l’établissement ont également présenté plusieurs produits et services, parmi lesquels la boîte postale, l’EMS Courrier Express, le Taxi Poste, les colis et paquets postaux ainsi que la philatélie.
Pour Nadine Mouenga Matsalou, directrice des services postaux et de la logistique, cette participation à la Fête de la Libération s’inscrit dans la dynamique de relance des activités de Poste SA. Elle doit notamment permettre d’accroître la visibilité de l’entreprise, de communiquer sur ses services et de présenter son offre commerciale.
Sur le papier, l’ambition est séduisante : renforcer l’inclusion financière, rapprocher les services des populations, encourager la numérisation et développer l’accès aux services financiers dans les zones éloignées. La campagne lancée à Makokou doit d’ailleurs se poursuivre dans les autres capitales départementales de l’Ogooué-Ivindo. Mais c’est précisément là que commence le malaise.
Sensibiliser à l’ouverture d’un compte ou reconstruire d’abord la confiance ?
Une question paraît incontournable : la priorité de Poste SA est-elle réellement de faire davantage ouvrir des comptes ou de restaurer durablement la confiance de ceux qui lui ont déjà confié leur argent ? Car la réputation d’une banque ne se gagne pas par des slogans. Elle se gagne par la confiance, la régularité du service et la capacité à honorer ses engagements.
Dès lors, voir Poste SA déployer une campagne de communication dans l’Ogooué-Ivindo peut légitimement susciter l’interrogation, alors que les difficultés qui ont marqué son histoire récente ont laissé des traces dans l’esprit d’une partie de sa clientèle.
Le contribuable gabonais est donc en droit de demander des comptes sur les priorités de l’établissement. Combien coûte cette campagne ? Quels moyens humains, logistiques et financiers ont été mobilisés ? Et surtout, quel bénéfice concret les populations peuvent-elles en attendre ?
Parce qu’avant de convaincre de nouveaux clients, il faut rassurer ceux qui connaissent déjà la maison.
Le véritable chantier de Poste SA n’est peut-être donc pas celui de la visibilité, mais celui de la crédibilité. Une institution financière qui veut reconquérir le public doit d’abord démontrer, dans les faits, qu’elle est capable de protéger l’épargne, de répondre aux réclamations et d’assurer la continuité de ses services.
À défaut, la campagne de Makokou risque de ressembler davantage à une opération de communication qu’à une véritable stratégie de redressement.
Plus troublant encore, selon des informations rapportées par certaines sources, des considérations d’ordre relationnel et politique auraient pesé dans l’organisation de cette opération dans l’Ogooué-Ivindo. Ces informations, qui demanderaient naturellement à être vérifiées et documentées, alimentent déjà le soupçon d’une opération destinée autant à afficher une présence qu’à répondre à une nécessité commerciale.
Si tel était le cas, ce serait une bien curieuse conception de la relance d’une entreprise publique.
Car la présence du Président de la République dans une province ne devrait jamais être l’occasion pour une administration ou une entreprise publique de donner artificiellement l’impression d’une activité retrouvée. La Fête de la Libération ne doit pas devenir un prétexte pour transformer les deniers publics en budget de visibilité.
Le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a besoin d’entreprises publiques qui produisent des résultats, pas d’organismes qui multiplient les opérations d’affichage pour donner l’illusion que tout fonctionne.
La Poste SA a donc un choix à faire : communiquer davantage ou réparer davantage.
Et dans une entreprise financière confrontée à un déficit de confiance, la réponse devrait être évidente.
La priorité n’est pas de faire du bruit, mais de faire ses preuves
Le problème de Poste SA n’est pas son ambition de revenir au-devant de la scène. C’est même une nécessité si l’entreprise veut reconquérir sa place dans le paysage financier national.
Mais une véritable relance ne se mesure ni au nombre de brochures distribuées, ni au nombre de comptes ouverts pendant une campagne, ni à la visibilité acquise pendant une fête nationale. Elle se mesure à la confiance retrouvée des clients.
À Makokou, Poste SA demande aux populations de lui faire confiance. La question est désormais de savoir ce qu’elle est prête à faire pour mériter cette confiance.
Car lorsqu’une institution dont l’histoire récente reste associée à des difficultés financières entreprend de convaincre de nouveaux épargnants, la première campagne de communication qu’elle devrait mener n’est peut-être pas celle de l’ouverture de comptes. C’est celle de la transparence.
Et avant de chercher de nouveaux clients dans l’Ogooué-Ivindo, Poste SA devrait peut-être commencer par répondre clairement à ceux qui attendent encore des réponses.
À force de privilégier les tribunes, les caravanes et les opérations de visibilité, Poste SA risque de confondre relance et publicité. Or l’argent du contribuable ne devrait pas financer l’apparence du redressement : il devrait financer le redressement lui-même. À la Poste, avant d’ouvrir de nouveaux comptes, il serait peut-être temps de solder les anciens comptes de la défiance.












