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Gabon : Entre sanctions et crise de moyens, le SYNAMAG dénonce un « abandon structurel » de la justice

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Par une déclaration offensive de son président Landry Abaga Essono, le syndicat des magistrats refuse de servir de bouc émissaire et pointe du doigt les défaillances de l’État.

Le ton monte d’un cran au sein de la magistrature gabonaise. À travers une déclaration officielle particulièrement incisive signée par son président, Landry Abaga Essono, le Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMAG) a dressé un réquisitoire sans concession contre les maux qui paralysent l’appareil judiciaire national. Manque criant de moyens opérationnels, délabrement avancé des infrastructures, insécurité chronique dans les tribunaux et lourdeurs administratives. Pour le puissant syndicat, le tableau est d’un sombre absolu.

Alors que l’opinion publique fustige régulièrement les dysfonctionnements du système, le SYNAMAG refuse fermement que la responsabilité de cette dégradation soit imputée aux seuls magistrats, y voyant plutôt la conséquence directe de plusieurs décennies de sous-investissement et d’incurie étatique.

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Disciplines et « règlements de comptes », le syndicat prêt à la riposte

L’étincelle qui a mis le feu aux poudres provient notamment des lourdes sanctions disciplinaires prononcées le 25 août 2026 par le Conseil supérieur de la magistrature. Si le syndicat ne nie pas l’existence de brebis galeuses au sein du corps et réaffirme son attachement indéfectible à l’exemplarité et à la déontologie, il juge certaines de ces décisions disproportionnées et arbitraires. Landry Abaga Essono a ainsi annoncé que le SYNAMAG était prêt à faire bloc et à accompagner juridiquement les magistrats sanctionnés qui décideraient de contester ces mesures devant le Conseil d’État.

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Mais le président du syndicat est allé plus loin, en dénonçant à demi-mot une instrumentalisation politique de l’institution. Selon lui, un mécanisme insidieux consisterait à utiliser certains magistrats pour exécuter de basses œuvres ou « régler des comptes » politiques, avant de les livrer à la vindicte disciplinaire une fois leur mission accomplie. Un climat de suspicion qui, selon l’organisation, fragilise l’indépendance indispensable à l’exercice serein du droit.

Sécurité en berne et crise d’autorité dans les tribunaux

L’autre front d’inquiétude majeure concerne l’intégrité physique de ceux qui rendent la justice et la sécurisation des sanctuaires du droit. Le SYNAMAG a rappelé deux incidents majeurs pour illustrer l’urgence de la situation. D’abord, le drame évité de justesse au palais de justice de Libreville, théâtre de la tentative d’immolation par le feu d’une justiciable. Ensuite, les dérives constatées à Mouila, où le syndicat déplore non seulement le refus caractérisé des forces de l’ordre d’exécuter des mandats de justice réguliers, mais également le retrait brutal de la protection policière due au Procureur général.

Pour le bureau syndical, ces épisodes répétés témoignent d’un affaissement inquiétant de l’autorité judiciaire face aux autres corps de l’État. Sans mesures de protection draconiennes et immédiates, l’exercice de la fonction de juger court le risque de s’opérer sous la dictature de la peur ou des pressions extérieures.

Flou sur les affectations et opacité financière du « compte justice »

À l’approche de la rentrée judiciaire, le malaise est renforcé par le report inexpliqué de la session ordinaire du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), initialement prévue début juillet. Cette léthargie institutionnelle plonge des dizaines de magistrats dans l’incertitude la plus totale quant à leurs futures affectations. Un flou qui paralyse l’organisation de leur vie de famille, du logement à la scolarisation des enfants. Ce retard s’ajoute à celui du décret d’application de leur nouveau statut, maintenant la corporation dans une précarité statutaire permanente.

Enfin, le SYNAMAG a choisi de porter le débat sur le terrain de la gouvernance financière en exigeant des comptes sur les recettes générées par l’appareil judiciaire (casier judiciaire, greffe du commerce). Landry Abaga Essono a rappelé qu’en octobre 2025, une commission mixte avait préconisé de rendre obligatoire la délivrance d’une quittance du Trésor public pour sécuriser chaque flux financier. Constatant l’enlisement de cette réforme, le syndicat s’interroge ouvertement sur l’usage des fonds et affirme avoir exigé des clarifications restées lettre morte concernant le solde réel du « compte justice » logé au Trésor public.

Déterminé à ne plus reculer, le SYNAMAG exige la tenue immédiate du CSM, la publication des textes statutaires et la sécurisation des tribunaux. Le président a d’ores et déjà prévenu : les magistrats se réuniront en assemblée générale dès la rentrée pour acter les modalités de leur riposte, appelant ses troupes à l’unité et à une vigilance de tous les instants.

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