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Gabon : L’agonie d’un policier abandonné par sa hiérarchie, secoue la Toile

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L’image est d’une violence insoutenable, le constat, d’une tristesse à pleurer. Le brigadier de police Christian Rodrigue Assogo, matricule 8719, issu de la promotion 2011, vient d’envoyer une onde de choc sur les réseaux sociaux. À travers une vidéo bouleversante, ce serviteur de l’État supplie directement le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, et la première dame, Zita Oligui Nguema, de lui venir en aide. Son crime ? Être malade. Sa sentence? La suspension injustifiée de son traitement salarial et de sa prime du 17 août, le privant des moyens minimaux pour se soigner dignement.

On aurait pu croire à une sinistre mauvaise plaisanterie, tant l’absurdité le dispute à l’inhumanité. Devant la détresse de ce brigadier, les questions fusent, impitoyables : comment le haut commandement des Forces de police nationale (FPN) peut-il abandonner l’un de ses hommes au moment où sa survie est en jeu ? Un fonctionnaire de police en détention de ses droits doit-il désormais mendier la magnanimité du chef de l’État pour obtenir une prise en charge médicale élémentaire ? Depuis quand la maladie est-elle assimilée à une faute professionnelle passible d’une strangulation financière ? Poser ces questions, c’est soulever le tapis d’une gestion interne des forces de sécurité gangrenée par le cynisme.

Le mirage des « frères d’armes »

Que devient donc la solidarité organique au sein des forces de défense et de sécurité ? L’expression « frère d’armes », continuellement martelée dans les casernes et brandie comme un totem de cohésion, sonne aujourd’hui terriblement creux. S’il est évident que le président de la République, chef suprême des armées, ne peut scruter chaque recoin des casernes, la hiérarchie policière directe, elle, ne peut feindre l’ignorance. Le regard se tourne inévitablement vers le général de corps d’armée Serge Hervé Ngoma. Le commandant en chef des Forces nationales de police est-il seulement informé du calvaire de son subordonné ? A-t-il exigé des comptes au commandant François Kombila, commissaire central de Franceville où est affecté le sous-officier Christian Rodrigue Assogo ? Selon des sources internes, l’indifférence administrative est totale. Aucune cellule de soutien, aucune attention particulière n’a été accordée à l’agent.

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Le témoignage de Christian Rodrigue Assogo résonne comme un réquisitoire contre le système : « Depuis mon affectation dans le Haut-Ogooué en 2021, je vis l’enfer. Je vis un calvaire. Mais je n’ai pas abandonné, j’ai toujours servi mon drapeau parce que j’aime mon pays, le Gabon. » Face à ce cri d’alarme d’un patriotisme bafoué, comment qualifier l’attitude du commandement en chef autrement que par une coupable négligence ? Pourquoi pousser le vice jusqu’à couper les vivres d’un homme à terre ? La police gabonaise ne reconnaît-elle les siens que lorsqu’ils sont aptes à servir de chair à statistiques ?

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Quand l’indifférence administrative supplante le mystique

Dans la vidéo, la souffrance est brute, viscérale. « Mes deux pieds sont pourris ! », hurle le policier, dévoilant des tibias rongés par des plaies purulentes et infectées. Dans son désespoir, Christian Rodrigue Assogo évoque la piste d’un « fusil nocturne », ce sortilège de l’ombre né des malveillances humaines. Mais le véritable sortilège, le poison le plus léthal qui ronge ce sous-officier, porte des noms bien réels : celui du général Serge Hervé Ngoma et du commandant François Kombila. Par leur inertie bureaucratique et leur défection managériale, ils sont les architectes de cet abandon. Faut-il comprendre que la hiérarchie attend de ce sous-officier qu’il meure « vaillamment » et stoïquement, non pas sur un champ d’honneur, mais sur l’autel du mépris managérial ?

Dépouillé de ses droits et de sa dignité de travailleur, Christian Rodrigue Assogo n’a aujourd’hui d’autre horizon que la clémence du premier citoyen gabonais pour espérer se relever. « Je me tourne vers vous, le père de la nation », lance-t-il à l’endroit de Brice Clotaire Oligui Nguema, avant de relayer sa supplique vers la première dame, Zita Oligui Nguema, dans l’espoir de faire toucher une corde sensible là où la machine policière a choisi de rester de marbre. Pour le Président de la République, qui a fait de la dignité du Gabonais son cheval de bataille, ce cas d’école est un test de cohérence morale.

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