Face à la polémique suscitée par l’instauration de frais de stage, le Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL) précise que cette mesure ne concerne que les étudiants issus d’établissements privés, épargnant le secteur public. La direction justifie cette décision par la nécessité de formaliser l’accueil des stagiaires via des conventions et d’assurer une contribution aux coûts de formation, tout en accordant des moratoires pour faciliter la transition.
La note circulaire signée par le Pr Steeve M. Minto’o Rogombe, directeur général du Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL), a instantanément enflammé la toile. En cause : l’instauration inédite de frais financiers pour certains stages effectués au sein de l’établissement. Face au tollé général et aux vives réactions suscitées par cette décision, la direction générale a dû publier une mise au point méthodique pour préciser les contours du dispositif, son champ d’application et, surtout, l’identité exacte des étudiants ciblés.
Le barème de la discorde sur les réseaux sociaux
Au cœur de la controverse se trouvent des montants désormais actés de manière unilatérale : 10 000 francs CFA par mois pour un stage pratique ou de perfectionnement. À cette somme s’ajoutent 5 000 francs CFA de frais de badge pour toute la durée du séjour, ainsi qu’une attestation d’assurance responsabilité civile obligatoire. Ces dispositions réglementaires ont rapidement alimenté les inquiétudes et le scepticisme sur les réseaux sociaux numériques, dans un contexte socio-économique où l’accès à la formation pratique constitue déjà un défi majeur pour les futurs professionnels de santé.

Devant la fronde, le CHUL assure toutefois que la mesure est loin de viser l’ensemble des effectifs accueillis dans ses différents services. Le dispositif cible exclusivement les apprenants issus d’établissements privés, qu’ils soient engagés dans une formation initiale ou continue débouchant sur un diplôme ou une certification professionnelle.
Selon les données de la direction générale, cette catégorie spécifique ne représente qu’environ 10 % de la masse globale des stagiaires. Les étudiants des structures publiques, notamment ceux de l’Université des sciences de la santé (USS), de l’INFASS ou de l’IUSO, restent totalement exonérés. Même exclusion salutaire pour les stagiaires mandatés par les ministères et les grandes administrations de l’État. De surcroît, les diplômés ayant achevé leur cursus et sollicitant une simple immersion de consolidation ne sont pas soumis à cette redevance mensuelle.
Vers une contractualisation obligatoire avec les instituts privés
Derrière cette grille tarifaire, la direction du CHUL défend avant tout une volonté de rationaliser et de formaliser l’accueil des stagiaires. Désormais, les instituts de formation privés désireux d’envoyer leurs élèves dans les services hospitaliers devront impérativement être liés au CHUL par une convention cadre définissant les responsabilités juridiques et pédagogiques de chaque partie.
Cette orientation stratégique découle directement d’une recommandation des conseils d’administration successifs de l’établissement. L’argument brandi est avant tout logistique, l’encadrement des stagiaires mobilise quotidiennement du personnel médical, paramédical, administratif et technique, générant des charges structurelles importantes qu’il convient de répartir équitablement. Le CHUL rappelle par ailleurs que ces tarifs s’inspirent de pratiques déjà éprouvées depuis plusieurs années dans d’autres centres hospitaliers et structures sanitaires de la place. Quant à l’exigence d’une assurance responsabilité civile, elle répond à un impératif de couverture des risques face aux éventuels dommages causés durant le service.
Un moratoire pour sanctuariser les parcours étudiants
Initialement, la direction avait fixé l’échéance des négociations de partenariat au 31 juillet 2026, prévoyant de bloquer tout étudiant non conventionné dès la rentrée suivante. Consciente des risques de blocage académique, la gouvernance a assoupli son calendrier en accordant des délais supplémentaires de transition. Ce moratoire doit permettre aux vagues actuelles d’achever sereinement leur stage et aux équipes dirigeantes des écoles privées de venir négocier les modalités de leur contribution financière.
Le CHUL pointe néanmoins du doigt un phénomène de contournement institutionnel : de nombreux étudiants continuent de postuler de manière individuelle et directe auprès de l’hôpital, court-circuitant leur propre école. Une pratique délétère qui permet à certains établissements privés de capitaliser indûment sur les infrastructures publiques d’encadrement sans s’acquitter de leurs obligations de partenariat. Cette crise aura finalement mis en exergue un débat de fond crucial : le modèle économique du financement de la formation clinique au Gabon, qui exige désormais une responsabilité partagée entre l’État, les écoles et le système hospitalier.











