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[Tribune libre] Trois ans après la parution de Réinventer le Gabon : entre constats persistants et dynamique de transformation

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À la veille du troisième anniversaire de Réinventer le Gabon, paru le 1er août 2023, le contexte national a profondément évolué. Les événements du 30 août 2023 ont ouvert une nouvelle séquence politique, marquée par l’arrivée de nouvelles autorités et la volonté affichée de refonder l’action publique.

Lorsque ce livre est paru, mon objectif n’était ni de prédire l’avenir ni de commenter l’actualité politique du moment. Il s’agissait avant tout de dresser, avec lucidité et sans complaisance, un état des lieux du Gabon, plus de soixante ans après son accession à l’indépendance, afin d’ouvrir une réflexion collective sur les réformes indispensables à la construction d’un État plus efficace, plus juste et davantage tourné vers l’intérêt général.

Ce moment d’anniversaire ne se réduit donc pas à un simple retour sur un ouvrage. Il invite surtout à une mise en perspective : que deviennent, dans l’action publique actuelle, les constats et les propositions formulés il y a trois ans ? Et dans quelle mesure la dynamique engagée répond-elle aux défis structurels identifiés à l’époque ?

La première partie du livre porte sur un diagnostic toujours largement d’actualité

Lorsque Réinventer le Gabon a été publié, il proposait un regard sans complaisance sur l’état du pays (cf sommaire du livre) :

• le retard dans la construction des infrastructures ;

• l’état désastreux des routes de notre pays ;

• l’état calamiteux de nos provinces et de nos communes ;

• les difficultés persistantes d’accès à l’eau potable et à l’électricité ;

• l’effondrement de notre système éducatif ;

• la situation préoccupante de nos universités, écoles, collèges et lycées ;

• un système de santé en profonde difficulté, aux lourdes conséquences pour les populations ;

• l’utilisation des revenus issus de nos matières premières ;

• la gestion des impôts et des diverses taxes payés par les citoyens ;

• les conditions de travail de nos fonctionnaires ;

• l’extravagance du parc automobile de l’État ;

• l’état des logements destinés aux agents publics ;

• le paradoxe d’un État demeurant un important locataire malgré ses moyens ;

• l’échec de l’urbanisation de nombreux quartiers ;

• les critères de choix des femmes et des hommes appelés à exercer des responsabilités publiques ;

• les raisons qui poussent certains dirigeants à s’accrocher au pouvoir ;

• l’incivisme comme frein au développement ;

• l’irresponsabilité sur les voies publiques ;

• la jalousie, l’avidité et le « kongossa », qui fragilisent la cohésion sociale et freinent l’émergence d’une culture de l’excellence ;

• le comportement de la jeunesse face aux défis de son époque et à son rôle dans la construction de la nation ;

• les responsabilités de l’opposition politique et de la société civile, appelées à incarner une véritable force de proposition et de conviction plutôt que des positions changeantes dictées par les circonstances ;

• les responsabilités des dirigeants des institutions de notre pays dans la consolidation de l’État de droit et de la bonne gouvernance ;

• le rôle essentiel de nos anciens et de nos sages dans la transmission des valeurs, de l’éthique et de l’unité nationale ;

• la contribution attendue des responsables religieux dans l’éveil des consciences, la promotion de la paix et du vivre-ensemble ;

• les responsabilités des institutions financières internationales dans l’accompagnement du développement des États africains, notamment du Gabon ;

• enfin, les responsabilités des dirigeants des pays développés dans leurs relations avec les États africains, en faveur d’un partenariat plus équilibré, fondé sur le respect mutuel, la souveraineté et les intérêts réciproques.

À travers ces différents chapitres, l’Auteur, Jacques A. Massalha proposait un regard critique sur les réalités de notre pays, tout en invitant chaque acteur — citoyens, responsables politiques, institutions, société civile, autorités religieuses et partenaires internationaux — à s’interroger sur sa part de responsabilité dans la construction du Gabon de demain.

Dans la deuxième partie : Les réformes proposées

Dans la deuxième partie « C’EST MAINTENANT OU JAMAIS » Réinventer le Gabon s’inscrivait dans une dynamique de propositions concrètes, articulées autour d’une conviction centrale : le changement ne peut être différé indéfiniment. Il doit être engagé avec METHODE, AMBITION et CONSTANCE.

Cette section du livre appelait à une transformation profonde de plusieurs secteurs stratégiques (cf sommaire du livre)

Modernisation des territoires et des services essentiels

• Moderniser nos villes, nos départements et nos communes ;

• Assurer l’alimentation en eau potable et en électricité des foyers ;

• Assainir les villes, les quartiers et le littoral ;

• Repenser une nouvelle carte des routes dans la capitale ;

• Développer le transport urbain public et privé ;

• Développer le transport maritime et aérien.

2. Réforme du système éducatif et culturel

• Moderniser les écoles, les collèges et les lycées ;

• Ériger une grande bibliothèque nationale ;

• Réintroduire l’instruction civique dans les programmes ;

• Renforcer les compétences des enseignants ;

• Augmenter l’allocation de performance universitaire ;

• Former une nouvelle génération de fonctionnaires.

3. Renforcement du système de santé

• Redorer le système de santé publique ;

• Renforcer les compétences du personnel soignant et administratif.

4. Développement du sport, de la jeunesse et des loisirs

• Développer le sport et les centres de loisirs ;

• Construire des plateaux sportifs et des espaces de détente accessibles à tous.

5. Relance économique et justice sociale

• Baisser les charges fiscales et sociales des entreprises ;

• Réduire le coût des biens de consommation ;

• Revaloriser le revenu minimum mensuel ;

• Créer un fonds de solidarité chômage ;

• Revaloriser les pensions de retraite.

6. Transformation de l’administration et de l’image de l’État

• Façonner une nouvelle image de l’administration publique ;

• Promouvoir une administration plus efficace, plus proche des citoyens et plus responsable.

7. Développement du tourisme et ouverture internationale

• Valoriser le potentiel touristique du pays ;

• Inviter les étrangers à respecter les lois nationales ;

• Adresser un message renouvelé au reste du monde, fondé sur le respect mutuel et la coopération

Trois ans plus tard, une lecture attentive des politiques engagées par les nouvelles autorités montre une convergence assumée avec plusieurs de ces constats.

La priorité donnée à la réhabilitation des infrastructures routières, à la remise à niveau des réseaux urbains s’inscrit clairement dans la continuité des urgences identifiées. Là où le diagnostic pointait l’état critique des services essentiels, l’action publique actuelle tente d’y répondre par des chantiers visibles, parfois structurants, mais encore inégalement déployés sur le territoire.

De même, la mise en avant de la réforme de l’État et de la modernisation administrative traduit une prise en compte du besoin de transformer une administration longtemps jugée lente, distante et peu efficace. Le discours sur la performance publique, la rationalisation des dépenses et la digitalisation progressive des services s’aligne avec l’idée d’un État plus agile et plus proche des citoyens.

Des réformes engagées, mais un chantier encore ouvert

[Tribune libre] Trois ans après la parution de Réinventer le Gabon : entre constats persistants et dynamique de transformation

Dans le domaine de l’éducation et de la santé, les efforts de réhabilitation des infrastructures et de renforcement des capacités humaines témoignent d’une volonté de reprise en main. Toutefois, les défis restent considérables au regard de l’ampleur du retard accumulé.

L’amélioration du système éducatif, la revalorisation du métier d’enseignant et la modernisation des établissements demeurent des chantiers de long terme. De même, dans le secteur de la santé, les investissements engagés ne suffisent pas encore à combler les déficits en équipements, en personnel spécialisé et en organisation des soins dans l’ensemble du territoire national.

Sur le plan social, les mesures de soutien au pouvoir d’achat, la réflexion sur les mécanismes de solidarité et les discussions autour de la revalorisation de certaines catégories de revenus s’inscrivent dans la continuité des propositions visant à réduire les inégalités et à renforcer la cohésion sociale.

Entre ambition de rupture et inerties structurelles

Si les orientations actuelles traduisent une volonté de rupture, elles se heurtent néanmoins à des contraintes structurelles profondes : inerties administratives, capacités de mise en œuvre limitées, attentes sociales très élevées et nécessité de prioriser les actions dans un contexte budgétaire contraint.

C’est précisément ici que le parallèle avec Réinventer le Gabon prend tout son sens. Le livre ne proposait pas seulement un inventaire de dysfonctionnements, mais une méthode : la cohérence des réformes, la constance dans l’exécution et la centralité de l’intérêt général.

Or, la réussite des transformations engagées dépendra moins de l’annonce des réformes que de leur continuité, de leur évaluation et de leur inscription dans le long terme.

Une responsabilité désormais partagée

Au-delà de l’action gouvernementale, le diagnostic initial rappelait une évidence souvent sous-estimée : aucun changement durable ne peut reposer uniquement sur l’État. Il implique l’ensemble des acteurs — administrations, collectivités, secteur privé, société civile, acteurs religieux, jeunesse et partenaires internationaux.

Jacques

Trois ans plus tard, cette lecture demeure pertinente. Les nouvelles autorités ont ouvert une dynamique. Mais sa consolidation dépendra de la capacité collective à transformer les intentions en résultats tangibles, perceptibles dans le quotidien des citoyens.

Le plus grand défi pour le développement du Gabon repose sur le changement des mentalités de son peuple

Le changement de mentalité d’un peuple est un processus de long terme. Pour le peuple gabonais, comme pour n’importe quelle société, il ne dépend pas d’une seule personne ou d’une seule institution. Il repose sur plusieurs étapes qui se renforcent mutuellement :

• Prendre conscience des défis : reconnaître les problèmes (corruption, manque de civisme, favoritisme, faible engagement citoyen, etc.) sans penser qu’ils concernent uniquement les autres.

• Renforcer l’éducation : l’école, mais aussi la famille, jouent un rôle central dans la transmission de valeurs comme le respect, le travail, l’intégrité, la responsabilité et le sens du bien commun.

• Développer la responsabilité individuelle : chacun peut contribuer en respectant les lois, en accomplissant son travail avec sérieux et en participant à la vie de sa communauté.

• Encourager la participation citoyenne : s’intéresser aux affaires publiques, voter lorsque c’est possible, dialoguer de manière constructive et demander des comptes aux responsables.

• Valoriser les comportements exemplaires : mettre en avant les personnes qui réussissent par leur compétence, leur honnêteté et leur engagement plutôt que celles qui profitent de privilèges ou de réseaux.

• Proscrire la KAKISTOCRATIE dans le choix des hommes et des femmes pour diriger les entreprises ou administrations publiques et privilégier la MERITOCRATIE

Quant à la question de savoir qui doit montrer l’exemple, la réponse est qu’il s’agit d’une responsabilité partagée, avec une attente particulière envers ceux qui exercent une influence importante :

• Les dirigeants politiques et les responsables publics, qui donnent le ton par leur gestion, leur transparence et leur respect des institutions.

• Les parents et les éducateurs, qui transmettent les valeurs aux jeunes.

• Les enseignants, les responsables religieux et les leaders communautaires, qui influencent les comportements au quotidien.

• Les entrepreneurs et employeurs, qui peuvent promouvoir le mérite et l’éthique au travail.

• Les médias et les personnalités publiques, qui contribuent à façonner les normes sociales.

• Enfin, chaque citoyen, car les habitudes collectives se construisent à partir des comportements individuels.

Conclusion : du constat à l’exigence d’exécution

Réinventer le Gabon n’était pas un exercice de style ni une projection théorique. C’était un appel à l’action.

Trois ans après, cet appel conserve toute sa vigueur, mais il s’inscrit désormais dans un contexte où l’action a commencé à s’engager.

La question n’est donc plus seulement celle du diagnostic, mais celle de l’exécution, de la cohérence et de la durée.

Car si les constats demeurent largement partagés, c’est désormais dans la capacité à transformer durablement le réel que se joue la crédibilité de la refondation en cours.

Réinventer le Gabon n’est plus seulement une ambition intellectuelle. C’est devenu une exigence politique et historique.

Par Jacques Aubin Massalha, Ecrivain, Fondateur & Directeur Associé, Head Hunter Executive Search, Cabinet de chasseur de têtes-recrutement par approche directe

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