Cofondateur d’AGROPAG et président de son Conseil d’administration, l’ancien Premier ministre de la Transition quitte ses fonctions sur fond de profondes dissensions avec la direction générale. Une démission qui met en lumière les dysfonctionnements menaçant la survie de l’entreprise agroalimentaire.
La Société Agro-Pastorale du Gabon (AGROPAG) traverse l’une des crises les plus graves de son histoire. Après avoir longtemps gardé le silence, Raymond Ndong Sima, co-créateur de la structure et président de son Conseil d’administration, livre un diagnostic particulièrement alarmant sur son avenir.
Une gouvernance paralysée
L’ancien chef du gouvernement ne dissimule plus son inquiétude : « Agropag est en train de mourir. Et Agropag, ce n’est pas tout le discours qu’on entend, la vérité est que Agropag est en train de mourir. », a-t-il lancé.
Au cœur de la crise, un conflit aigu oppose le Conseil d’administration à la direction générale. En seulement trois mois, cinq réunions du Conseil ont été organisées, sans qu’une issue ne soit trouvée. « Nous avons en trois mois organisé cinq conseils d’administration. Cinq. C’est-à-dire qu’on n’arrive pas à avancer sur des questions élémentaires », déplore Raymond Ndong Sima.
Selon lui, les décisions arrêtées par l’organe d’orientation sont systématiquement ignorées : « La totalité des points que le conseil d’administration a retenus est rejetée par le directeur général, qui fait exactement ce que bon lui semble. »
Face à cette impasse, Raymond Ndong Sima a choisi de se retirer pour ne pas aggraver les tensions. « J’ai décidé dans ces conditions-là de ne pas être le problème, et donc de me retirer et de laisser les choses en l’état. », a-t-il indiqué.
La compétence au-delà des générations
L’ancien Premier ministre inscrit également cette crise dans un débat plus large sur la place accordée à l’expérience dans la gestion publique. Il dénonce une opposition artificielle entre générations et rappelle que la jeunesse, comme l’ancienneté, ne saurait constituer un gage automatique de légitimité. « L’âge ne donne pas un droit absolu sur les autres. Ni le bas âge, ni le grand âge. […] La vraie question c’est : où est la compétence ? »
Comparant le développement du pays à une « course de relais », Raymond Ndong Sima plaide pour une transmission harmonieuse des responsabilités, fondée sur le mérite et le savoir-faire.
Cette démission doit désormais servir d’électrochoc au gouvernement. Il lui revient de rectifier le tir, de revoir les mécanismes de gouvernance et de tirer toutes les leçons de cette rupture afin de préserver AGROPAG et, au-delà, de sécuriser les projets industriels stratégiques du pays.
