Le climat social se détériore brutalement au sein de l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA). Dans un communiqué au ton particulièrement offensif publié le 9 juillet, le Syndicat national des travailleurs de l’AGASA (SYNATA) tire la sonnette d’alarme. L’organisation dénonce une gestion opaque, pointe du doigt des dérives de gouvernance et appelle la tutelle à intervenir en urgence.
Au cœur de cette tempête institutionnelle se trouve une décision managériale qui a mis le feu aux poudres. Le 3 juillet 2026, le directeur général de l’AGASA, le Dr Jean Delors Biyogue Bi Ntougou, a brutalement abrogé une délégation de compétences accordée dix-huit mois plus tôt à son adjoint.
Pour le SYNATA, cette révocation n’a rien d’une simple réorganisation interne. Elle coïncide étrangement avec le lancement d’un contrôle administratif ciblant les documents comptables sensibles de l’Agence, notamment les précieux carnets d’ordres de recette et d’encaissement.
Des soupçons d’opacité financière
La chronologie des faits interroge les représentants du personnel. Quelques jours seulement avant d’être dessaisi de ses pouvoirs, le directeur général adjoint avait exigé la restitution immédiate de tous les carnets comptables utilisés dans les provinces. L’objectif affiché était alors de verrouiller et de renforcer le suivi des recettes publiques.
Face à l’annulation soudaine de cette directive, le syndicat monte au créneau et pose publiquement la question de la transparence : « Comment un mécanisme qui fonctionnait sans encombre depuis 18 mois devient-il soudainement « confus » le jour exact où l’on demande des comptes sur l’argent public ? De quoi la Direction générale a-t-elle peur ? »
Un système de contrôle interne fragilisé
Au-delà de la guerre des chefs, le SYNATA s’inquiète d’une refonte structurelle qu’il juge illégale. Le transfert du visa d’authentification des documents comptables vers une direction technique, initialement dédiée aux contrôles sanitaires et phytosanitaires, suscite une vive opposition.
Selon les syndicalistes, cette décision viole frontalement les statuts de l’AGASA en effaçant la frontière réglementaire entre le contrôle technique et la gestion financière. Le communiqué se veut incisif : cette réorganisation « organise elle-même l’opacité financière de l’Agence et détruit le dispositif de contrôle interne », mettant ainsi en péril l’équilibre de l’institution.
L’impératif d’une reprise en main par la tutelle
Ce conflit ouvert à l’AGASA s’inscrit dans un contexte social plus large en République gabonaise, où plusieurs établissements publics traversent des zones de turbulences similaires. Le déficit de dialogue social et le contournement des procédures de contrôle interne finissent par paralyser le bon fonctionnement des services de l’État.
Pour désamorcer la crise, le SYNATA formule des exigences claires : le rétablissement immédiat des prérogatives de la Direction administrative et financière (DAF), un audit transparent sur le devenir de près de 200 carnets d’ordres de recette non restitués, et une intervention arbitrale du Conseil d’administration. À l’heure où les plus hautes autorités du pays prônent la bonne gouvernance et la restauration des institutions, le silence de la tutelle ne semble plus être une option viable.
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