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[Editorial] Communication présidentielle : ça flotte grave !

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Un fait n’est pas passé inaperçu. Dans une vidéo devenue virale, depuis le week-end dernier, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi alias « communiqué 000… », ivre de colère tance les responsables locaux de Mayumba qui « laissent dire que le président ne fait rien ». Or, selon le ministre d’Etat, ministre des Transports, de la marine Marchande et de la Logistique, Maye sur mer croulerait sous le poids de nombreux chantiers. Et pas des moindres dont un plateau sportif de « nouvelle génération ». Il y a donc ici un déficit de communication. Et la stratégie de la communication présidentielle est pointée du doigt par la clameur populaire.

« Gouverner, c’est faire croire. » Cette maxime de Nicolas Machiavel rappelle une vérité essentielle : le pouvoir ne tient pas seulement par l’autorité, mais aussi par la maîtrise de la parole. Car la parole présidentielle n’est ni bavardage ni agitation médiatique ; elle engage la Nation et protège la majesté républicaine.

Des hommes rompus à la parole d’Etat

Cependant au Gabon, la communication présidentielle semble aujourd’hui errer sans doctrine ni gravité. Là où la République exigeait des hommes rompus à la parole d’Etat, émergent désormais des communicants plus familiers des plateaux tapageurs que des exigences du silence stratégique.

Sous Omar Bongo Ondimba, la moindre sortie d’Orango Berre avait valeur d’événement national. L’architecture communicationnelle était structurée autour des experts comme Germain Ngoyo Moussavou ou Vincent Mavoungou.

Même sous Ali Bongo Ondimba, malgré les scandales et les approximations politiques, la communication demeurait structurée autour de professionnels aguerris comme Guy Bertrand Mapangou et Alain Claude Bilie-By-Nze. Les communiqués officiels et comptes rendus des Conseils des ministres étaient transmis aux rédactions. Aujourd’hui, ces documents semblent presque devenus confidentiels. Les journalistes passent des heures à fouiller les réseaux sociaux dans l’attente qu’un « patriote » les publie officieusement.

Une cohorte de jouisseurs médiatiques

Le contraste est brutal. Une cohorte de jouisseurs médiatiques paraît davantage préoccupée par son exposition personnelle et la course à l’enrichissement que par la protection de la parole présidentielle. Ceux qui portent la parole du chef de l’Etat ont pourtant l’obligation de le faire rayonner, non de transformer les plateaux télévisés en vitrines personnelles. Les voyages s’enchaînent en France au frais du contribuable, les sorties médiatiques aussi, mais chaque intervention nourrit davantage la polémique qu’elle ne consolide l’autorité de l’Etat. Pourquoi traverser les océans pour commenter l’incarcération d’Alain Claude Bilie-By-Nze ou justifier sans cesse la suspension des réseaux sociaux ?

Défendre la parole de l’Etat

N’ayons pas peur de la vérité : aujourd’hui, la multitude de porte-parole gravitant autour de la présidence semble davantage vouée à végéter sur les plateaux télévisés qu’à défendre la parole de l’Etat. Ce ne sont ni des François Ndjimbi, Ni Lin Joël Ndembet, ni des Désiré Ename, ni des Noël Bertrand Boundzanga, Joëlle Ndong, Godel Inanga… cette génération de journalistes et de communicants aguerris qui, loin de toute publicité personnelle, savent mesurer la portée et la gravité de la parole publique.

Brice Clotaire Oligui Nguema n’a pas risqué sa vie le 30 août 2023 pour s’entourer d’une bande de jouisseurs, mais de patriotes capables de porter sa vision d’une nation inclusive. Pourtant, le plus inquiétant est peut-être ailleurs : Le président semble devenu son propre communicant ; plus grave encore, le pouvoir en est réduit à s’attacher les services de journalistes étrangers et d’activistes « brouillons », comme si plus personne, autour de lui, n’était désormais capable de protéger et de magnifier sa parole.

Et lorsque la communication présidentielle devient source de controverses permanentes, ce n’est plus seulement l’image des communicants qui vacille : c’est la solennité même de l’institution qui s’effrite. Peut-être est-il temps de rendre à la parole républicaine gabonaise sa hauteur, sa rigueur et sa dignité d’antan.

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