Encore très peu connu au Gabon, mais véritable célébrité au Congo-Brazaville, l’artiste de musique traditionnelle moderne a séjourné à Libreville pendant six jours, jusqu’au 4 avril. Il s’est confié à notre rédaction pour s’exprimer sur divers sujets touchant à la musique, et plus particulièrement aux traditions. Désormais, une étoile brille sous le ciel de Brazzaville et promet d’éclairer la scène musicale gabonaise, aux côtés de la « Reine d’Empire » Amandine et de la nouvelle coqueluche venue d’Okondja, Bristelle. Lecture.
Vous êtes Congolais et vous séjournez actuellement au Gabon. Dans quel cadre vous y rendez-vous ?
Je suis Mac Itoua, venu du Congo. Je suis au Gabon pour des raisons musicales. Je suis venu pour une prestation à l’occasion de l’anniversaire d’une charmante dame, Maman
Julienne Otere Elassa épouse Enguenya, qui m’a fait l’honneur de m’inviter.
Quel accueil le public gabonais vous a-t-il réservé ?
Comme d’habitude, le public gabonais m’accueille très chaleureusement, et j’en suis d’ailleurs très fier. Pour tout vous dire, je suis toujours bien reçu et je me sens totalement à l’aise ici.
Quand vous dites « toujours », cela signifie-t-il que ce n’est pas votre premier séjour ?
Non, ce doit être ma cinquième ou sixième visite au Gabon.
Quel est votre genre musical ?
Je fais de la musique traditionnelle, ou plus précisément « tradimoderne ». Mes chansons puisent leur source dans la tradition.
Avez-vous des collaborateurs au Gabon ?
Bien sûr. J’ai collaboré avec la Reine d’Empire Amandine, du « Sommet de l’Himalaya ». C’est une très belle collaboration intitulée Ma bébé, disponible sur YouTube et partout ailleurs. Je pense d’ailleurs que nous allons bientôt clipper ce morceau.
Après cette expérience avec Amandine, êtes-vous prêt à collaborer avec d’autres musiciens gabonais ?
C’est même l’idéal et c’est ce que nous projetons. Le Gabon est un pays riche culturellement, avec beaucoup d’artistes traditionnels. Nous aimerions jumeler nos deux cultures qui ont la même souche, malgré quelques différences. Je souhaite favoriser ce brassage et je suis prêt à travailler avec n’importe quel autre artiste.
Envisagez-vous un concert grand public au Gabon ?
Nous l’espérons vivement. Vous savez, pour venir du Congo et organiser un concert ici, il faut d’abord une bonne promotion et une production solide pour que l’événement ait l’écho nécessaire. Pour y parvenir, nous aurons besoin de producteurs ou de mécènes. C’est un projet sur lequel nous devons travailler. En tant que « chanteur de charme », je pense que cela devrait fonctionner. La preuve en est que je suis constamment bien accueilli à Libreville et que ma musique est très écoutée ici.
Existe-t-il des similitudes entre les musiques gabonaise et congolaise ?
Oui, il y a une grande similitude, car les rythmes sont pratiquement les mêmes. Nos langues sont proches : chez nous on joue le Ngeke, et ici on retrouve le Ngeke Ngari. Beaucoup de mots dans nos patois respectifs sont identiques. On retrouve également ces termes dans certaines chansons Teke du Haut-Ogooué. C’est pratiquement la même culture, il est donc toujours bénéfique de favoriser ce brassage.
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Avez-vous de nombreux fans au Gabon ?
Oui, j’ai beaucoup d’admirateurs ici. Durant mon séjour à Libreville, plusieurs d’entre eux viennent me rencontrer là où je loge. Parmi eux, il y a de nombreuses personnalités gabonaises qui sont très émues de me voir. Cela me touche de savoir que j’apporte de la joie aux Gabonais. Certains m’apportent des présents, mais pour moi, cela reste secondaire. Le fondamental, c’est l’amour. Ce témoignage d’affection est l’essentiel, même si les cadeaux font toujours plaisir. Mon rêve le plus ardent serait qu’un jour, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui apprécie énormément notre culture ancestrale commune, vienne écouter ma musique. Peut-être qu’il y dansera aussi. La culture gabonaise ayant des affinités avec celle du Congo, j’espère qu’il aimera.
Revenons en arrière : quand avez-vous commencé votre carrière musicale ?
Ma carrière a officiellement débuté en 2020. Cependant, j’ai commencé à chanter bien avant cela à l’église. C’est donc en 2020 que j’ai lancé ma carrière de musique traditionnelle proprement dite.
Vous êtes donc passé par le gospel, comme beaucoup d’autres musiciens ?
Absolument. Comme on le dit souvent, le gospel est à la source de nombreuses carrières. Je suis passé de la musique chrétienne à une musique plus « mondaine », bien que mon style soit avant tout culturel. Il honore nos traditions et nos valeurs ancestrales.
Vivez-vous de votre art ?
C’est une question très pertinente. Pour tout vous dire, il est difficile pour nous, artistes, de nous imposer facilement. Financièrement, c’est complexe. Nous faisons peu de concerts et, quand c’est le cas (au Congo par exemple), le public n’achète pas toujours de billets ; ce sont souvent les mécènes qui s’en chargent. Il faut parfois distribuer des invitations pour remplir les salles. C’est un fonctionnement particulier. On vit de la musique, oui, mais pas assez. Cela dépend de la valorisation qu’on nous accorde, et nous ne sommes pas assez valorisés. Je ne sais pas si le problème vient de nous ou du fait qu’on n’est jamais prophète chez soi. À l’étranger, comme au Gabon, nous sommes souvent mieux rémunérés et mieux encadrés qu’au pays.
Avez-vous l’habitude de voyager en Afrique ?
Pour l’instant, le Gabon est le premier pays que j’ai visité. Je n’ai pas encore voyagé dans d’autres pays africains, mais c’est en projet. Nous espérons aller à Kinshasa, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, et pourquoi pas en France et ailleurs. Mais cela nécessite, comme je l’ai dit, un bon producteur et une promotion efficace.
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Quelles sont vos perspectives ?
Je projette de grandes choses, surtout à Libreville, car c’est la ville qui m’accueille le mieux et m’invite le plus. J’espère m’y installer un peu au-delà de la musique. Je souhaite aussi sortir d’autres albums qui « cartonneront » et multiplier les collaborations.
Combien d’albums avez-vous à votre actif ?
J’ai un album de neuf titres, un maxi-single de six titres et plusieurs singles en solo déjà disponibles en ligne. Je prépare un nouvel album, mais avant cela, j’aimerais réaliser les clips du premier. C’est une question de financement : sans clip, de beaux produits risquent de passer inaperçus, car c’est l’image qui donne de la visibilité à l’œuvre et à l’artiste.
Justement, quelle est votre visibilité actuelle sur les réseaux sociaux ?
Je suis assez suivi. Sur YouTube, il suffit de taper « Mac Itoua » pour me trouver. C’est la même chose sur TikTok et Facebook. Je suis populaire, avec des milliers de vues. Je n’ai pas encore atteint le million de vues sur un clip, mais c’est en bonne voie.
Kinshasa est tout de même le temple de la musique en Afrique, n’est-ce pas ?
Bien sûr, sans oublier la Côte d’Ivoire qui est un pays de référence. Les artistes le prouvent : même les musiciens kinois, pour confirmer leur succès, se rendent à Abidjan.
Pensez-vous que votre genre musical puisse évoluer, à l’image de la musique anglo-saxonne de ces dernières années ?
C’est ce que nous souhaitons, mais il est parfois difficile de varier. Le public a l’habitude de vous identifier à un style précis. Si vous changez trop brutalement, les gens risquent de ne plus s’y retrouver. Il faut agir avec sagesse : si vous tentez un virage qui ne convainc pas après deux ou trois essais, votre cote de popularité peut chuter. Pourtant, j’ai des morceaux qui tendent vers la musique urbaine. Pour tout vous dire, j’ai même commencé par là. Mon idole, mon artiste phare, c’est Maître Gims. Il peut paraître curieux que je cite Maître Gims alors que je fais de la musique traditionnelle, mais cela explique pourquoi nous avançons doucement. Nous allons essayer d’introduire un peu de français dans notre style actuel. Nous observerons comment c’est accueilli avant d’envisager, progressivement, une évolution plus marquée.
A part Amandine, collaborez-vous avec d’autres artistes au Gabon ?
Non, pas encore. Amandine a été la première. Au Congo, en revanche, j’ai collaboré avec de nombreux artistes, dont Elvira Ndinga, avec qui j’ai travaillé longtemps. C’est d’ailleurs ma nièce. Nous avons enregistré une très belle chanson qui est connue jusqu’ici. C’est l’un des titres qui m’a fait découvrir au Gabon. J’ai aussi travaillé avec la Reine Makwa. J’ai également remixé « Bébé Boutchou », qui est mon morceau phare, celui qui m’a propulsé auprès du grand public. C’est d’ailleurs pour cela qu’on m’appelle « le chanteur de charme ». C’est grâce à ma voix. Quand on m’écoute, on me demande souvent pourquoi je fais de la musique traditionnelle alors que j’ai le timbre pour faire du moderne. Mais je trouve que le traditionnel « paie » mieux, car il y a moins de concurrence, contrairement au milieu urbain qui est saturé d’artistes.
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Animez-vous régulièrement des cérémonies, comme des mariages, des anniversaires ou des retraits de deuil ?
J’ai déjà animé un retrait de deuil ici à Libreville. C’était lors de mon premier voyage, il y a environ deux ans, à l’invitation de Mme Emilie Otali, qui a été la première à me faire venir au Gabon. Depuis, les invitations se sont multipliées. J’ai notamment animé l’anniversaire de Mme Bondo, sénatrice et épouse de feu le général Bondo. Pour ce séjour de six jours, c’est Maman Julienne Enguenya qui a tout financé. Ce n’est pas la première fois qu’elle m’invite. Elle me loge toujours au Yarden, à Agondjé, un quartier très chic, calme et beau. On y est merveilleusement bien accueilli. Si je n’avais pas d’autres impératifs, je resterais volontiers plus longtemps, surtout quand on voit la qualité de l’accueil de personnes comme Maman Julienne Enguenya.