Le système judiciaire gabonais vacille. Dans un communiqué incendiaire publié ce 18 avril, le Syndicat National des Magistrats du Gabon (SYNAMAG) dénonce un « bras de fer » inédit à Mouila : des agents pénitentiaires, soupçonnés de trafic de stupéfiants, auraient été protégés de la justice par leur propre hiérarchie.
L’affaire qui secoue le chef-lieu de la Ngounié, dépasse désormais le cadre d’un simple fait divers pour devenir une crise institutionnelle majeure. Tout commence par une enquête sur un trafic de drogue impliquant des agents de la prison centrale de Mouila. Mais au moment de l’action judiciaire, la machine s’enraye.
Barricades et mutinerie administrative
Selon Landry Abaga Essono, président du SYNAMAG, le Procureur de la République a fait face à une insubordination coordonnée. Le directeur de la prison centrale aurait catégoriquement refusé de présenter les suspects. Plus grave encore, le parquet dénonce des réquisitions non exécutées par la police et des mandats de comparution restés lettre morte « sur instruction de la hiérarchie ».
Le point culminant de cette tension a été atteint lorsque l’accès à la prison a été physiquement barricadé pour empêcher l’incarcération des agents mis en cause. Une situation de non-droit qui a nécessité l’intervention exceptionnelle du 6e bataillon d’infanterie pour sécuriser le tribunal et permettre la tenue des audiences.
Mystique et intimidation : le Palais sous pression
Au-delà du blocage administratif, le syndicat dénonce des méthodes d’intimidation archaïques et violentes. Des substances à caractère « fétichiste » auraient été déposées dans l’enceinte du palais de justice, tandis que des individus encagoulés auraient fait irruption pour proférer des menaces directes contre les magistrats.
« Il ne se passe désormais plus un seul jour sans que les magistrats ne fassent l’objet d’une attaque », s’alarme Landry Abaga Essono. Pour lui, ce climat est le résultat d’une campagne de dénigrement qui, depuis le début de la Transition, jetterait le corps judiciaire « en pâture à l’opinion publique ».
L’autorité de l’État à l’épreuve
Le SYNAMAG ne mâche pas ses mots : s’attaquer à la justice serait devenu un acte « presque légitime ». Dans son communiqué, le syndicat place les plus hautes autorités du pays face à leurs responsabilités : « L’autorité de l’État ne se divise pas : ou elle s’applique à tous, ou elle cède la place à l’arbitraire ».
Exigeant une réunion d’urgence avec les responsables de la sécurité, le syndicat prévient qu’il ne restera pas inactif. À Mouila, le face-à-face entre la toge et l’uniforme laisse un goût amer, celui d’une justice qui, pour être rendue, doit désormais être placée sous protection militaire.


