Malgré les mises en garde fermes du Procureur général Eddy Minang en janvier dernier, les mauvaises pratiques persistent sur les routes gabonaises. Entre racket institutionnalisé et mépris des procédures, le fossé se creuse entre les discours officiels et la réalité du terrain.
A Libreville comme à l’intérieur du pays, l’exaspération des usagers de la route a atteint un point de rupture. Ce qui devrait être une mission de sécurisation routière s’est mué, sur de nombreux axes, en un système de prélèvements informels. Le poste de contrôle d’Owendo, situé au niveau de la passerelle de Petro Gabon, est devenu le symbole de cette dérive régulièrement dénoncée par les transporteurs urbains.
Le 15 janvier dernier, le Procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, Eddy Minang, avait pourtant tapé du poing sur la table. Face aux officiers de police judiciaire (OPJ) et à la Gendarmerie nationale, il avait rappelé les règles élémentaires : « Ce n’est jamais à l’usager de se déplacer vers l’agent : c’est à l’agent d’aller vers l’usager », avait-il martelé, précisant que tout manquement exposerait les agents à des sanctions.
Deux mois plus tard, le constat est amer : rien n’a changé. La mécanique bien huilée continue de s’imposer. Pour éviter les regards indiscrets des passagers et faciliter des transactions opaques, les agents contraignent toujours les conducteurs, ou leurs « boys », à descendre de véhicule pour venir à leur rencontre.
Le « billet de 500 », une taxe de passage banalisée
A Owendo, le rite est immuable. Selon plusieurs témoignages, le « droit de passage » s’élève quasi systématiquement à 500 francs CFA. Si la somme paraît dérisoire à l’unité, son accumulation quotidienne représente un manque à gagner colossal pour les chauffeurs de taxi et de taxi-bus, déjà étranglés par les charges d’exploitation.
Mais le problème dépasse largement les frontières d’Owendo. C’est un phénomène structurel qui dessine les contours d’une impunité persistante. Ce décalage entre la solennité du parquet général et l’immobilisme du terrain interroge. Comment un avertissement aussi direct de l’autorité judiciaire peut-il rester sans effet visible ?
L’autorité de l’Etat à l’épreuve
L’absence de mesures concrètes, contrôles internes, sanctions disciplinaires ou poursuites judiciaires, entretient un sentiment de normalité toxique. En s’installant dans le quotidien, ces dérives finissent par fragiliser l’autorité de l’Etat et par rompre le contrat de confiance entre les citoyens et les institutions de sécurité.
Au-delà des discours de fermeté, c’est désormais l’effectivité de l’action publique qui est en jeu. Tant que le problème ne sera pas traité à la racine par des actes exemplaires, les rappels à l’ordre du Procureur général risquent de n’être que des paroles emportées par le vent. Sur le macadam gabonais, l’heure n’est plus aux promesses, mais à l’application stricte de la loi.
Ce que risquent les agents : des sanctions théoriques sévères
Pourtant, le cadre légal gabonais ne manque pas de sévérité face à ces abus. En rappelant les procédures, le Procureur général a implicitement pointé du doigt des infractions lourdes.
La corruption passive : le fait pour un agent public de solliciter ou d’accepter un avantage pour accomplir ou s’abstenir d’accomplir un acte de sa fonction.
La concussion : punie par le Code pénal, elle concerne tout agent qui ordonne ou perçoit des sommes qu’il sait ne pas être dues.
Les sanctions disciplinaires. Au-delà des poursuites pénales, les agents s’exposent à des mises à pied, des rétrogradations, voire une radiation définitive des corps de sécurité.