Ils avaient bâti une vision. Aujourd’hui, les habitants parlent d’abandon. Dans le chef-lieu de la Sebé-Brikolo, le contraste entre l’époque des « pères fondateurs » et la situation actuelle nourrit nostalgie, colère et interrogations sur l’avenir d’une ville pourtant portée par l’exploitation du manganèse.
C’est un message publié sur Facebook qui a ravivé le débat. Hugues Yambimbi, fils d’Okondja, y écrit : « Les pères fondateurs d’Okondja. Avec vous, Okondja avait un schéma directeur, une vision et un sens du vivre-ensemble très abouti… Après vous, Okondja ressemble à Bagdad, à Tripoli. Aucun rêve et ce, malgré l’exploitation du manganèse. »
La formule est brutale. La comparaison violente. Mais faut-il y voir une insulte ? Non. Et le dire n’est nullement une offense. C’est l’expression d’une douleur collective. Car derrière l’exagération assumée, le tableau d’une ville en déliquescence est, lui, bien réel.
L’époque des bâtisseurs
Dans la mémoire collective, trois figures incarnent l’âge d’or d’Okondja : Jérôme Okinda, Jean Pierre Lemboumba Lepandou et Paul Toungui. Siégeant à la table décisionnelle du Conseil des ministres à différentes périodes, ces responsables politiques ont marqué la ville par des investissements structurants : boucherie moderne, cinéma, station-service, aérodrome, bitumage des routes, accès à l’eau et à l’électricité, construction massive des logements sociaux….
Au-delà des infrastructures, leur action s’est traduite par une politique assumée de promotion des cadres locaux, des filles et fils de la Sébé et de la Bayi-Brikolo. Encadrement des bacheliers, stratégies pour l’octroi de bourses, soutien multiforme aux initiatives locales : une dynamique de développement articulée autour du capital humain.
Le tournant après le départ de Paul Toungui
Le départ de Paul Toungui du gouvernement est perçu par beaucoup comme le point de rupture. Depuis lors, selon de nombreux observateurs locaux, la ville a amorcé une lente descente vers le sous-développement. Les membres du gouvernement qui ont suivi, Luc Oyoubi, Mathias Otounga Ossibadjouo, Arnauld Engandji, Max Samuel Oboumadjogo et Elvis Ossindji sont accusés par leurs détracteurs d’avoir manqué de leadership. La critique est sévère : guerre d’ego, rivalités de clans, absence de vision concertée pour le développement local.
Pendant que les querelles internes occupaient le devant de la scène, les projets structurants, eux, étaient au ralenti, avant de disparaître.
Le 30 août 2023 : l’espoir d’un renouveau
Le 30 août 2023, l’arrivée au pouvoir du Général Brice Clotaire Oligui Nguema a suscité un immense espoir à Okondja comme ailleurs au Gabon. Beaucoup y ont vu l’occasion d’un nouveau départ.
Dans la foulée, certains pensaient que Brigitte Onkanowa incarnerait la relance du rayonnement de la ville. Deux ans plus tard, le constat dressé par une partie de la population est amer : l’inertie aurait remplacé l’élan attendu.
Moyens colossaux, résultats maigres
Malgré les ressources dégagées pendant la Transition, un seul chantier majeur a effectivement abouti à ce jour : la station-service Gab’Oil. Les autres projets accumulent retards et interrogations : lycée technique agricole abandonné, plateau sportif inachevé, extension de la gendarmerie au point mort, marché municipal en retard inexpliqué, boulangerie et centre commercial toujours attendus.
Pendant ce temps, la problématique de l’eau et de l’électricité demeure « la croix et la bannière », pour les habitants. Les voiries urbaines sont en piteux état, renforçant le sentiment d’abandon.
Une ville minière sans rêve ?
La publication de Hugues Yambimbi qui circule sur les réseaux sociaux résume, à elle seule, la profondeur du malaise. Certes, comparer Okondja à Bagdad ou à Tripoli, villes meurtries par la guerre, relève d’une provocation assumée. Mais derrière la formule choc se cache une interrogation légitime, presque lancinante : comment une localité portée par une richesse minière stratégique peut-elle afficher un tel déficit d’infrastructures visibles, durables et fonctionnelles ?
Oui, la comparaison dérange. Elle choque même. Mais la violence des mots n’est que le reflet de la violence du ressenti. Ville minière par excellence, Okondja, malgré l’exploitation du manganèse, peine encore à garantir l’essentiel : des routes praticables, une distribution stable d’eau et d’électricité, des chantiers achevés.
Ce que dit Hugues Yambimbi n’est ni une attaque personnelle, ni un règlement de comptes. C’est un signal d’alarme. Un cri lucide face à une réalité qui, elle, ne relève d’aucune exagération.
Entre nostalgie et exigence de résultats
L’histoire d’Okondja met en lumière une question plus large : le développement local repose-t-il sur des hommes providentiels ou sur des institutions solides et une planification rigoureuse ? Les habitants ne demandent ni miracles, ni discours. Ils réclament des routes praticables, de l’eau au robinet, de l’électricité stable, des écoles fonctionnelles et des projets achevés.
À Okondja, le débat n’est plus idéologique. Il est existentiel. Car au-delà des noms et des générations politiques, c’est l’avenir d’une ville entière qui se joue. Ici, le rêve ne demande qu’à renaître. Encore faut-il lui redonner un schéma directeur, une vision… et un sens du vivre-ensemble.


