AccueilTribune ๐‚๐ซ๐ข๐ฌ๐ž ๐šฬ€ ๐ฅโ€™๐„ฬ๐๐ฎ๐œ๐š๐ญ๐ข๐จ๐ง ๐ง๐š๐ญ๐ข๐จ๐ง๐š๐ฅ๐ž : ๐„๐ญ ๐ฌ๐ข ๐ฅ๐ž ๐ฏ๐ซ๐š๐ข ๐๐žฬ๐›๐š๐ญ ๐žฬ๐ญ๐š๐ข๐ญ ๐š๐ข๐ฅ๐ฅ๐ž๐ฎ๐ซ๐ฌ?

[Tribune libre] ๐‚๐ซ๐ข๐ฌ๐ž ๐šฬ€ ๐ฅโ€™๐„ฬ๐๐ฎ๐œ๐š๐ญ๐ข๐จ๐ง ๐ง๐š๐ญ๐ข๐จ๐ง๐š๐ฅ๐ž : ๐„๐ญ ๐ฌ๐ข ๐ฅ๐ž ๐ฏ๐ซ๐š๐ข ๐๐žฬ๐›๐š๐ญ ๐žฬ๐ญ๐š๐ข๐ญ ๐š๐ข๐ฅ๐ฅ๐ž๐ฎ๐ซ๐ฌ?

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Il y a une grรจve des enseignants au Gabon. Une รฉniรจme diraient certains. Cette grรจve ne porte ni sur le statut de lโ€™enseignant, ni sur le systรจme รฉducatif, ni sur les contenus pรฉdagogiques. Les enseignants rรฉclament la rรฉgularisation des situations administratives, les mises en solde et les rappels de solde. En somme : ils veulent obtenir par la grรจve ce que lโ€™ร‰tat leur doit et qu’il aurait dรป rรฉgler depuis plusieurs annรฉes dรฉjร .

ร€ ce propos, il faut mettre fin ร  une contre-vรฉritรฉ qui prospรจre depuis le 30 aoรปt 2023 : lโ€™idรฉe selon laquelle tout aurait รฉtรฉ gelรฉ avant le coup dโ€™ร‰tat. Cโ€™est faux. Les chiffres eux-mรชmes le dรฉmentent.

Entre 2019 et 2023, le secteur de lโ€™ร‰ducation nationale a รฉtรฉ, de trรจs loin, le premier bรฉnรฉficiaire des rรฉgularisations administratives. Selon les donnรฉes du ministรจre de la Fonction publique, ce seul secteur a absorbรฉ 4 247 recrutements et 1 403 reclassements, soit 5 650 situations rรฉgularisรฉes en quatre ans, un volume largement supรฉrieur ร  tous les autres ministรจres rรฉunis.

Pour sโ€™en convaincre, il suffit de regarder la ventilation ministรฉrielle : sur les 11 079 recrutements rรฉalisรฉs sur la pรฉriode 2019-2023, prรจs de la moitiรฉ proviennent de lโ€™ร‰ducation nationale, ce qui montre que les rรฉgularisations รฉtaient non seulement ouvertes, mais clairement prioritaires sur ce secteur.

Cette parenthรจse fermรฉe, il convient de noter que la demande des enseignants est dโ€™autant plus lรฉgitime aujourdโ€™hui quโ€™il a รฉtรฉ dit, de maniรจre pรฉremptoire et dรฉfinitive, que ยซ lโ€™ร‰tat a lโ€™argent (et que) durant tout le mandat, vous nโ€™entendrez pas dire quโ€™il nโ€™y a pas dโ€™argent. ยป, laissant entendre par ailleurs que toutes les situations administratives seraient rรฉglรฉes. 

Du reste, lโ€™amรฉlioration du traitement des officiers gรฉnรฉraux et lโ€™annonce de lโ€™entrรฉe en vigueur prochaine du service militaire obligatoire, prouvent que le problรจme est moins budgรฉtaire que politique.

Je sais et jโ€™entends dรฉjร  les critiques qui me rappelleront que โ€œjโ€™ai รฉtรฉ lร โ€ et que ces problรจmes ne sont pas nouveaux. Je ne mโ€™y dรฉrobe pas. Cependant, hier comme aujourdโ€™hui, un ministre (fut-il mรชme Premier Ministre) ne porte pas sa propre vision ; il met en ล“uvre le projet du Prรฉsident de la Rรฉpublique et agit dans le cadre qui lui est fixรฉ.

Nโ€™ayant jamais occupรฉ le portefeuille concernรฉ par cet important sujet, il ne me paraรฎt nullement superfรฉtatoire de partager ici ma vision sur un enjeu aussi structurant pour la Nation.

Au prรฉalable, notons que le conflit actuel en dit long sur lโ€™รฉtat de lโ€™ร‰ducation nationale. Depuis plus de trois dรฉcennies en effet, les gouvernements successifs se trompent de dรฉbat. Ils rรฉduisent lโ€™รฉcole ร  un problรจme matรฉriel et financier. Ils ont raison sur un point : les moyens comptent et il en faut. Mais ils se trompent sur lโ€™essentiel : les moyens ne suffisent pas ร  faire une bonne รฉcole, si tant est que cโ€™est lร  le but recherchรฉ. 

Depuis 1992, lโ€™ร‰tat a augmentรฉ les salaires des enseignants, recrutรฉ davantage dโ€™enseignants, construit des salles de classe et rรฉhabilitรฉ des รฉtablissements. Il fallait le faire, cโ€™รฉtait nรฉcessaire. Il convient toutefois de constater que cela nโ€™a pas รฉtรฉ fait ร  lโ€™รฉchelle des besoins, ni au bon endroit, ni au bon rythme. On a construit des salles de classe sans respecter la carte scolaire, sans anticiper les flux dรฉmographiques et, surtout, sans corriger les dรฉsรฉquilibres territoriaux. 

Plus grave encore, cรฉdant ร  la dictature de lโ€™urgence, on a recrutรฉ sous la pression des besoins, sans former assez dโ€™enseignants et sans amรฉliorer leur traitement ni leurs conditions dโ€™exercice, alors que le mรฉtier sโ€™est alourdi et complexifiรฉ.

Ces recrutements, lorsquโ€™ils ont eu lieu, nโ€™ont pas rรฉpondu ร  la diversitรฉ des besoins dans ce domaine car, dans le mรชme temps, nous manquons cruellement dโ€™inspecteurs pรฉdagogiques, de conseillers dโ€™orientation, dโ€™enseignants spรฉcialisรฉs et dโ€™ingรฉnieurs pรฉdagogiques, tous indispensables pour une รฉcole moderne.

Et comme chacun peut lโ€™observer, notre รฉcole nโ€™a pas gagnรฉ en qualitรฉ. Elle nโ€™a pas prรฉparรฉ les jeunes ร  lโ€™รฉconomie rรฉelle, encore moins ร  la transformation du pays. Elle continue de produire des cohortes de chรดmeurs, de sous-qualifiรฉs et de diplรดmรฉs en dรฉcalage avec lโ€™รฉconomie.

Ce paradoxe est documentรฉ par tous les travaux internationaux. Selon la Banque mondiale, lโ€™Afrique a โ€œmassifiรฉ la scolarisation sans massifier les compรฉtencesโ€. Le taux de scolarisation primaire a progressรฉ de 60 % ร  plus de 80 % en trente ans sur le continent, mais le taux de compรฉtence minimale en mathรฉmatiques et en lecture plafonne autour de 15-20 %. Le rapport UNESCO 2022 estime que 9 รฉlรจves sur 10 en Afrique subsaharienne nโ€™atteignent pas le niveau de comprรฉhension requis ร  la fin du primaire. Dans le mรชme temps, lโ€™OCDE rappelle que โ€œlโ€™emploi suit les compรฉtences, pas les diplรดmesโ€.

Pourquoi un tel rรฉsultat ? Parce que les vrais sujets ne sont presque jamais abordรฉs.

๐Ÿ. ๐๐ฎ๐ž๐ฅ๐ฅ๐ž ๐žฬ๐œ๐จ๐ฅ๐ž ๐ฉ๐จ๐ฎ๐ซ ๐ง๐จ๐ญ๐ซ๐ž ๐๐žฬ๐ฏ๐ž๐ฅ๐จ๐ฉ๐ฉ๐ž๐ฆ๐ž๐ง๐ญ ?

Une nation ne construit pas son รฉcole pour remplir des salles de classe, mais pour transformer son รฉconomie et construire sa souverainetรฉ. Sans articulation entre รฉducation et dรฉveloppement, lโ€™รฉcole devient un appareil bureaucratique et une usine ร  diplรดmes sans dรฉbouchรฉs.

Dans les pays qui ont rรฉussi leur transformation industrielle en une gรฉnรฉration (Corรฉe du Sud, Vietnam, Rwanda) lโ€™รฉcole a รฉtรฉ le premier levier. Le Rwanda consacre aujourdโ€™hui plus de 15 % de son budget national ร  lโ€™รฉducation, le Vietnam prรจs de 20 % ; le Gabon oscille autour de 8-10 % selon les exercices budgรฉtaires, et encore !

๐Ÿ. ๐๐ฎ๐ž๐ฅ๐ฌ ๐œ๐จ๐ง๐ญ๐ž๐ง๐ฎ๐ฌ ๐ฉ๐žฬ๐๐š๐ ๐จ๐ ๐ข๐ช๐ฎ๐ž๐ฌ ?

Les programmes scolaires restent figรฉs dans une logique thรฉorique, encyclopรฉdique et mรฉmorielle. Le monde contemporain exige lโ€™analyse, la rรฉsolution de problรจmes, les sciences, le numรฉrique, la crรฉativitรฉ, lโ€™adaptabilitรฉ.

Lโ€™UNESCO estime que 55 % des emplois africains dโ€™ici 2040 nรฉcessiteront des compรฉtences techniques et numรฉriques que lโ€™รฉcole actuelle nโ€™enseigne pas. Tant que les contenus resteront alignรฉs sur le passรฉ et non sur lโ€™avenir, notre รฉcole crรฉera de la frustration plutรดt que des opportunitรฉs.

๐Ÿ‘. ๐๐ฎ๐ž๐ฅ ๐ž๐ง๐ฌ๐ž๐ข๐ ๐ง๐š๐ง๐ญ ?

Un systรจme รฉducatif est ร  la hauteur de ses enseignants. Mais quelle vision avons-nous de ce mรฉtier ? Recrutement, formation initiale, formation continue, statut, autonomie pรฉdagogique, outils numรฉriques : rien nโ€™est pensรฉ comme un continuum professionnel.

Lโ€™OCDE considรจre quโ€™un enseignant ne peut maintenir un niveau compรฉtitif sans 100 ร  150 heures de formation continue par an. Au Gabon, comme dans la plupart des pays dโ€™Afrique centrale, ce volume est proche de zรฉro.

๐Ÿ’. ๐๐ฎ๐ข ๐ฌ๐จ๐ง๐ญ ๐ฅ๐ž๐ฌ ๐š๐œ๐ญ๐ž๐ฎ๐ซ๐ฌ ๐ž๐ญ ๐ช๐ฎ๐ž๐ฅ ๐ž๐ฌ๐ญ ๐ฅ๐ž๐ฎ๐ซ ๐ซ๐จฬ‚๐ฅ๐ž ?

Lโ€™ร‰ducation nationale nโ€™est pas lโ€™affaire exclusive de lโ€™administration centrale. Elle implique les parents, les collectivitรฉs locales, les enseignants, les entreprises et la sociรฉtรฉ civile. Mais depuis 65 ans, lโ€™รฉcole gabonaise fonctionne sous une verticalitรฉ administrative : le ministรจre prescrit, les enseignants exรฉcutent, les parents observent, les รฉlรจves subissent.

๐Ÿ“. ๐๐ฎ๐ž๐ฅ๐ฅ๐ž ๐ฉ๐ฅ๐š๐œ๐ž ๐ฉ๐จ๐ฎ๐ซ ๐ฅ๐ž ๐ฉ๐ซ๐ข๐ฏ๐žฬ ๐ž๐ญ ๐ฅ๐ž ๐œ๐จ๐ง๐Ÿ๐ž๐ฌ๐ฌ๐ข๐จ๐ง๐ง๐ž๐ฅ ?

Autre tabou du dรฉbat รฉducatif : le rรดle du privรฉ et du confessionnel. Au Gabon, un รฉlรจve sur trois est scolarisรฉ en dehors du public. Cโ€™est un fait majeur. Pourtant, aucune rรฉflexion nโ€™est conduite sur la place de ces รฉtablissements, leurs missions, leurs obligations, leur contrรดle ou leur contribution au systรจme.

Dans la plupart des pays, le privรฉ nโ€™est pas traitรฉ comme un concurrent du public, mais comme un partenaire รฉducatif qui doit sโ€™inscrire dans un cadre clair : programmes nationaux, certifications, contrรดle pรฉdagogique, normes de recrutement, formation des enseignants. 

Chez nous, il nโ€™y a pas de rรฉponse systรฉmique ร  des questions essentielles :

โ€ข Qui forme les enseignants du privรฉ ?

โ€ข Qui valide leurs programmes ?

โ€ข Qui inspecte et ร  quelle frรฉquence ?

โ€ข Qui garantit que ces รฉcoles servent lโ€™intรฉrรชt national plutรดt quโ€™un marchรฉ dรฉrรฉgulรฉ de diplรดmes ?

Le cas du confessionnel pose encore dโ€™autres enjeux : ces รฉcoles jouent souvent un rรดle social et รฉducatif dรฉterminant, en particulier dans les zones oรน lโ€™ร‰tat est absent. Elles sont soutenues par des rรฉseaux internationaux, des congrรฉgations ou des fondations. Elles offrent parfois de meilleurs rรฉsultats que le public. Alors pourquoi ne sont-elles pas intรฉgrรฉes au dรฉbat รฉducatif national ? Et que dire des รฉcoles coraniques dont il ne semble pas quโ€™il existe un statut clair ni des contrรดles adaptรฉs. 

Dans les รฉtudes de la Banque mondiale, de lโ€™UNESCO et de lโ€™OCDE, les pays qui ont amรฉliorรฉ leur รฉcole dans des contextes comparables (Maroc, Rwanda, Cap-Vert, Ghanaโ€ฆ) ont tous procรฉdรฉ de la mรชme maniรจre, ร  savoir : dรฉfinir un cadre national de qualitรฉ, ouvrir un espace rรฉgulรฉ au privรฉ et au confessionnel, reconnaรฎtre quโ€™un systรจme รฉducatif se construit avec plusieurs acteurs, mais sous la vision et lโ€™orientation stratรฉgique de lโ€™ร‰tat. 

Le Maroc, le Ghana, le Kenya, le Rwanda et la Cรดte dโ€™Ivoire par exemple, ont mis en place une certification nationale, une inspection renforcรฉe, des standards pรฉdagogiques, la formation commune, et des obligations de service รฉducatif. Rien de cela nโ€™existe aujourdโ€™hui au Gabon. 

Le confessionnel, au Gabon, souvent plus performant sur le plan disciplinaire et pรฉdagogique, joue un rรดle social dans les environnements oรน lโ€™ร‰tat est absent, mais reste inexplicablement en dehors de tout cadre stratรฉgique.  

Or, aucun pays ne peut construire une politique รฉducative performante sans intรฉgrer lโ€™ensemble des rรฉseaux dont il dispose.

๐Ÿ”. ๐‹โ€™๐žฬ๐œ๐จ๐ฅ๐ž ๐œ๐จ๐ฆ๐ฆ๐ž ๐ฉ๐จ๐ฅ๐ข๐ญ๐ข๐ช๐ฎ๐ž ๐žฬ๐œ๐จ๐ง๐จ๐ฆ๐ข๐ช๐ฎ๐ž

Dans un pays oรน plus de la moitiรฉ de la population a moins de 25 ans, lโ€™รฉcole nโ€™est pas une charge budgรฉtaire, cโ€™est une politique รฉconomique. 

Dans une รฉconomie pรฉtroliรจre peu diversifiรฉe comme la nรดtre, lโ€™รฉcole doit รชtre la premiรจre politique industrielle. Elle conditionne en effet la productivitรฉ, lโ€™emploi, lโ€™innovation, la compรฉtitivitรฉ, la souverainetรฉ industrielle et la capacitรฉ dโ€™un pays ร  monter en gamme.

Depuis vingt ans, la Banque mondiale insiste sur un paradoxe africain : les ร‰tats ont accru la scolarisation mais sans produire les compรฉtences dont lโ€™รฉconomie a besoin. 

Les consรฉquences directes de ces politiques sont connues : progression du chรดmage des diplรดmรฉs, sous-productivitรฉ et dรฉpendance aux importations. La Banque africaine de dรฉveloppement estime quant ร  elle, que la pรฉnurie de compรฉtences techniques coรปte entre 0,5 et 2 points de croissance par an aux รฉconomies africaines. Dans le mรชme temps, paradoxalement, 65 % des entreprises africaines dรฉclarent โ€œne pas trouver les compรฉtences nรฉcessaires ร  leur dรฉveloppementโ€.

Le Gabon nโ€™รฉchappe pas ร  ce phรฉnomรจne. Notre รฉconomie est peu diversifiรฉe, nos entreprises peinent ร  recruter et nos jeunes peinent ร  sโ€™insรฉrer. Prรจs de 40 % des diplรดmรฉs du supรฉrieur sont en situation de chรดmage ou de sous-emploi quelques annรฉes aprรจs leur sortie, signe dโ€™un systรจme รฉducatif qui fabrique des dรฉclassรฉs. Signe รฉgalement que lโ€™รฉcole ne joue pas son rรดle de โ€œchaรฎne de valeur du capital humainโ€.

Or tous les pays qui ont rรฉalisรฉ une transformation รฉconomique en une gรฉnรฉration (Corรฉe du Sud, Singapour, Vietnam, Rwanda) ont prioritairement mis lโ€™รฉducation au cล“ur de leur stratรฉgie de croissance. Pas seulement en mettant plus dโ€™รฉlรจves ร  lโ€™รฉcole, mais en alignant les contenus sur les filiรจres รฉconomiques, lโ€™innovation, le numรฉrique, les compรฉtences techniques et lโ€™industrie.

๐Ÿ•. ๐‹โ€™๐žฬ๐œ๐จ๐ฅ๐ž ๐œ๐จ๐ฆ๐ฆ๐ž ๐ฉ๐จ๐ฅ๐ข๐ญ๐ข๐ช๐ฎ๐ž ๐๐ž ๐ฌ๐จ๐ฎ๐ฏ๐ž๐ซ๐š๐ข๐ง๐ž๐ญ๐žฬ

Dans un monde fragmentรฉ, une nation dรฉpend de sa capacitรฉ ร  former ses propres ingรฉnieurs, informaticiens, techniciens, mรฉdecins, enseignants, juristes, cadres et chercheurs. Tant que ces compรฉtences sont importรฉes ou externalisรฉes, la souverainetรฉ reste thรฉorique.

Le Gabon importe non seulement les biens de consommation courante mais aussi, les compรฉtences dont il a besoin pour son dรฉveloppement.  Cโ€™est la dรฉpendance ultime.

En refusant dโ€™aborder toutes ces questions de font, le gouvernement prend un risque est รฉvident : transformer chaque conflit en nรฉgociation financiรจre, chaque grรจve en dette administrative, et chaque rรฉforme en ajustement budgรฉtaire. A force, on finit par oublier que lโ€™รฉcole nโ€™existe pas pour gรฉrer des crรฉdits, mais pour forger des gรฉnรฉrations.

On ne dira jamais assez que lโ€™รฉcole est la premiรจre politique industrielle, la premiรจre politique sociale, la premiรจre politique de sรฉcuritรฉ, la premiรจre politique de souverainetรฉ dโ€™un pays. Sans elle, il nโ€™y aura ni transformation รฉconomique, ni innovation, ni citoyennetรฉ.

๐Ÿ–. ๐‡๐ฎ๐ข๐ญ ๐ฉ๐ซ๐จ๐ฉ๐จ๐ฌ๐ข๐ญ๐ข๐จ๐ง๐ฌ ๐ฌ๐ญ๐ซ๐ฎ๐œ๐ญ๐ฎ๐ซ๐š๐ง๐ญ๐ž๐ฌ

Au Gabon, le dรฉbat รฉducatif doit sortir des procรฉdures et revenir au projet. Il ne sโ€™agit pas seulement de payer ce quโ€™on doit aux enseignants (il faut le faire, cโ€™est une urgence de justice sociale et dโ€™รฉquitรฉ), mais de rouvrir le dรฉbat que nous avons suspendu depuis trop longtemps : 

๐๐ฎ๐ž ๐ฏ๐จ๐ฎ๐ฅ๐จ๐ง๐ฌ-๐ง๐จ๐ฎ๐ฌ ๐Ÿ๐š๐ข๐ซ๐ž ๐๐ž ๐ง๐จ๐ญ๐ซ๐ž ๐žฬ๐œ๐จ๐ฅ๐ž ๐ž๐ญ ๐๐ž ๐ง๐จ๐ญ๐ซ๐ž ๐ฉ๐š๐ฒ๐ฌ ?

Si nous voulons une รฉcole qui serve la Nation, qui prรฉpare les jeunes ร  lโ€™insertion professionnelle, ร  lโ€™innovation et ร  la citoyennetรฉ, alors nous devons sortir du rรฉflexe budgรฉtaire et entrer dans le rรฉflexe stratรฉgique.

Si nous voulons une รฉcole qui contribue rรฉellement au dรฉveloppement, alors nous devons changer de logiciel. 

Huit chantiers structurants sโ€™imposent :

โ€ข ๐‚๐ฅ๐š๐ซ๐ข๐Ÿ๐ข๐ž๐ซ ๐ฅ๐š ๐Ÿ๐ข๐ง๐š๐ฅ๐ข๐ญ๐žฬ ๐๐ž ๐ฅโ€™๐žฬ๐œ๐จ๐ฅ๐ž

Dรฉfinir une stratรฉgie รฉducative alignรฉe sur le dรฉveloppement : compรฉtences, filiรจres, innovation, productivitรฉ, citoyennetรฉ.

โ€ข ๐‘๐žฬ๐Ÿ๐จ๐ซ๐ฆ๐ž๐ซ ๐ฅ๐ž๐ฌ ๐œ๐จ๐ง๐ญ๐ž๐ง๐ฎ๐ฌ ๐ฉ๐žฬ๐๐š๐ ๐จ๐ ๐ข๐ช๐ฎ๐ž๐ฌ

Introduire le numรฉrique, les sciences, lโ€™analyse, la crรฉativitรฉ, les compรฉtences techniques et les compรฉtences de vie (soft skills).

โ€ข ๐‘๐ž๐ฏ๐š๐ฅ๐จ๐ซ๐ข๐ฌ๐ž๐ซ ๐ž๐ญ ๐ฉ๐ซ๐จ๐Ÿ๐ž๐ฌ๐ฌ๐ข๐จ๐ง๐ง๐š๐ฅ๐ข๐ฌ๐ž๐ซ ๐ฅ๐ž ๐ฆ๐žฬ๐ญ๐ข๐ž๐ซ ๐โ€™๐ž๐ง๐ฌ๐ž๐ข๐ ๐ง๐š๐ง๐ญ

Refonte formation initiale + formation continue + statut + autonomie pรฉdagogique + outils numรฉriques. La question dโ€™un statut particulier nโ€™est pas ร  exclure et ne devrait, en aucune maniรจre, se rรฉsumer aux seuls avantages financiers et matรฉriels.

โ€ข ๐‘๐ž๐๐žฬ๐Ÿ๐ข๐ง๐ข๐ซ ๐ฅ๐š ๐ ๐จ๐ฎ๐ฏ๐ž๐ซ๐ง๐š๐ง๐œ๐ž ๐๐ฎ ๐ฌ๐ฒ๐ฌ๐ญ๐žฬ€๐ฆ๐ž ๐žฬ๐๐ฎ๐œ๐š๐ญ๐ข๐Ÿ

Sortir de la verticalitรฉ administrative, renforcer le rรดle des parents, des collectivitรฉs locales, des entreprises, des syndicats, et crรฉer un mรฉcanisme dโ€™รฉvaluation indรฉpendant.

โ€ข ๐‘๐žฬ๐ ๐ฎ๐ฅ๐ž๐ซ ๐ž๐ญ ๐ข๐ง๐ญ๐žฬ๐ ๐ซ๐ž๐ซ ๐ฅ๐ž ๐ฉ๐ซ๐ข๐ฏ๐žฬ ๐ž๐ญ ๐ฅ๐ž ๐œ๐จ๐ง๐Ÿ๐ž๐ฌ๐ฌ๐ข๐จ๐ง๐ง๐ž๐ฅ ๐๐š๐ง๐ฌ ๐ฎ๐ง๐ž ๐ฅ๐จ๐ ๐ข๐ช๐ฎ๐ž ๐๐ž ๐ฌ๐ž๐ซ๐ฏ๐ข๐œ๐ž ๐ฉ๐ฎ๐›๐ฅ๐ข๐œ

Certification, inspection, formation, standards nationaux, obligations รฉducatives, et partenariats.

โ€ข ๐€๐ซ๐ญ๐ข๐œ๐ฎ๐ฅ๐ž๐ซ ๐ฅโ€™๐žฬ๐œ๐จ๐ฅ๐ž ๐š๐ฎ ๐ฆ๐š๐ซ๐œ๐ก๐žฬ ๐๐ฎ ๐ญ๐ซ๐š๐ฏ๐š๐ข๐ฅ ๐ž๐ญ ๐šฬ€ ๐ฅ๐š ๐ฉ๐จ๐ฅ๐ข๐ญ๐ข๐ช๐ฎ๐ž ๐ข๐ง๐๐ฎ๐ฌ๐ญ๐ซ๐ข๐ž๐ฅ๐ฅ๐ž

Cartographie des besoins, filiรจres techniques, apprentissage, orientation professionnelle, passerelles vers lโ€™emploi.

โ€ข ๐ˆ๐ง๐ฏ๐ž๐ฌ๐ญ๐ข๐ซ ๐๐š๐ง๐ฌ ๐ฅโ€™๐žฬ๐๐ฎ๐œ๐š๐ญ๐ข๐จ๐ง ๐œ๐จ๐ฆ๐ฆ๐ž ๐ฉ๐จ๐ฅ๐ข๐ญ๐ข๐ช๐ฎ๐ž ๐žฬ๐œ๐จ๐ง๐จ๐ฆ๐ข๐ช๐ฎ๐ž

Coรปts assumรฉs mais retours mesurables : productivitรฉ, innovation, croissance, souverainetรฉ et rรฉduction du chรดmage.

โ€ข ๐‚๐จ๐ง๐ฌ๐ญ๐ซ๐ฎ๐ข๐ซ๐ž ๐ฎ๐ง๐ž ๐žฬ๐œ๐จ๐ฅ๐ž ๐๐ž ๐ฅ๐š ๐œ๐ข๐ญ๐จ๐ฒ๐ž๐ง๐ง๐ž๐ญ๐žฬ

Rรฉhabiliter les humanitรฉs, notre histoire nationale, notre gรฉographie, le dรฉbat, lโ€™esprit critique et le sens du bien commun. Un pays qui nโ€™enseigne pas son histoire ne peut pas exiger de sa jeunesse quโ€™elle la prolonge.

Ces chantiers ne sont pas idรฉologiques ; ils sont stratรฉgiques. Un pays qui ne maรฎtrise pas son รฉcole ne maรฎtrisera ni son รฉconomie, ni sa dรฉmocratie, ni son avenir.

Une รฉcole nโ€™est pas un poste de dรฉpense. Cโ€™est le premier instrument dโ€™un pays pour se dรฉvelopper, se moderniser et demeurer libre.

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