Alors que les cours sont suspendus sur toute l’étendue du territoire depuis le 5 janvier 2026, une voix issue du cœur même du système éducatif appelle l’État gabonais à regarder la crise en face, avant qu’elle ne devienne irréversible.
Laurent Angue Mezui, président du Rassemblement pour le Gabon (RPG) et inspecteur pédagogique principal admis à la retraite, a publié le 9 janvier une déclaration au ton particulièrement grave. Il s’exprime avec « gravité », précise-t-il, parce qu’il appartient au corps enseignant, parce que l’éducation est « le métier d’une vie », et parce qu’il a « servi la République jusqu’au grade d’inspecteur pédagogique ». Cette parole se veut à la fois professionnelle et citoyenne, portée par « une double casquette de professionnel de l’Éducation et de leader d’opinion ».
Les racines d’une colère profonde et légitime
Pour l’ancien inspecteur, la grève actuelle n’est ni soudaine ni capricieuse. Elle est « la conséquence de la non prise en compte, depuis des lustres, des revendications des enseignants », analyse-t-il. S’appuyant sur une sagesse populaire pour illustrer l’enlisement du conflit, « ce sont les ruisseaux qui se transforment en rivières et les rivières en fleuves », il décrit la crise comme le résultat d’un problème longtemps différé, étouffé, puis laissé à « métastaser ». Ainsi, la suspension des cours révèle une rupture profonde : celle d’un système qui a cessé d’écouter ceux qui le font vivre.
Laurent Angue Mezui apporte un « soutien plein et entier » aux enseignants en lutte, tout en réfutant toute lecture politicienne du mouvement. « Leur mouvement n’a rien de capricieux. Il ne relève ni de la haine, ni du sabotage, encore moins de la manipulation politique », écrit-il avec fermeté. Il évoque au contraire « un cri d’un corps professionnel qui porte la Nation mais que la Nation refuse de porter ». Il dénonce également des décennies de « clochardisation », de précarité et d’invisibilisation, rappelant qu’« aucun peuple ne progresse en reléguant l’éducation au bas de l’échelle ».
L’urgence d’un dialogue sincère pour l’avenir national
L’ancien inspecteur met en lumière un déséquilibre structurel qu’il juge dangereux. « Pendant que certaines institutions voient leurs avantages s’accumuler, d’autres voient leur précarité s’installer », déplore-t-il. Pour lui, cette injustice n’est pas seulement morale, elle est « explosive ». « Ce n’est pas seulement une grève que vous avez face à vous, c’est une crise de confiance », lance-t-il en guise d’avertissement au gouvernement, convaincu que toute crise de confiance non traitée finit par une rupture entre le pouvoir et le peuple.
Face à l’urgence, l’homme politique esquisse des solutions de sortie de crise. Il appelle l’exécutif à « prendre à bras-le-corps le cahier des charges des enseignants » et à faire preuve d’« humilité », qu’il définit comme « une vertu politique et une force morale ». Il insiste sur la nécessité d’écouter le collectif S.O.S. Éducation, rappelant que « celui qui est entendu devient de fait représentatif », surtout lorsque les bases ne se reconnaissent plus dans leurs syndicats traditionnels. « L’éducation n’est pas un luxe », tranche-t-il sans détour, « elle est le pilier de toute souveraineté nationale ». Trouver rapidement des solutions durables n’est plus un choix politique, conclut-il, mais une « obligation historique ».


