Dans quelques heures, le Gabon connaîtra le visage de son nouveau gouvernement. Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, l’un des plus grands défis de sa gouvernance demeure la réduction effective du train de vie de l’État. Il serait pour le moins contradictoire de proclamer la rigueur budgétaire tout en installant une équipe pléthorique. Le pays peut et doit se doter d’un exécutif resserré, d’environ vingt membres, au lieu de la trentaine actuelle.
Une véritable efficacité naîtrait d’un regroupement intelligent des portefeuilles ministériels. En fusionnant par exemple la Défense et l’Intérieur, la Justice et les Droits Humains, ou encore l’Économie, les Finances et la Planification, l’exécutif gagnerait en lisibilité. Cette logique de concentration pourrait s’étendre à l’Énergie et aux Mines, à l’Éducation globale incluant le professionnel et le supérieur, ou encore à l’industrie associée à l’économie numérique. En vérité, la cohérence de l’action publique doit l’emporter sur la dispersion des budgets et des énergies.
Le défi d’un exécutif resserré
L’histoire nous enseigne que la puissance ne réside pas dans le nombre. Comment justifier nos trente portefeuilles face aux États-Unis qui n’en comptent que quinze, à l’Allemagne qui en dénombre dix-sept, ou au Japon qui plafonne à dix-neuf ? Ces nations, géantes par leur démographie et leur richesse, ont compris que l’efficacité naît de la concentration des responsabilités. Au Gabon, fusionner certains ministères n’est plus une simple option de gestion, c’est un impératif de crédibilité politique.
Mais au-delà de l’organigramme, la question décisive reste celle des femmes et des hommes appelés à servir. Le futur gouvernement doit être composé de personnalités de valeur, à la probité morale irréprochable, animées par l’éthique et un patriotisme sincère. Des enquêtes de moralité préalables s’imposent pour écarter définitivement les nominations de complaisance, les parents et alliés opportunistes ou ces « bras cassés » dont l’expérience professionnelle ne laisse aucune trace crédible dans un curriculum vitae.
Dans un pays à la pluralité ethnique aussi riche, aucun gouvernement ne peut durablement prospérer sans que chaque citoyen s’y reconnaisse. La représentation équilibrée de nos entités locales n’est pas une régression, mais le socle même de notre vivre-ensemble. Cependant, cet impératif géopolitique doit impérativement s’accompagner de méritocratie et d’excellence. Avec neuf provinces, une équipe resserrée permettant d’en nommer deux pour chacune d’elles est un objectif tout à fait réalisable pour garantir une inclusion nationale sans sacrifier l’efficacité.
L’épreuve de vérité face au gaspillage
Enfin, le vrai défi demeure la rupture avec le gaspillage institutionnalisé. Les quatorze années de l’ère Ali Bongo ont laissé le souvenir amer de dépenses extravagantes, entre voitures de luxe, forums internationaux dispendieux et acquisitions immobilières à l’étranger. Rationaliser l’appareil d’État, supprimer le superflu et réorienter chaque franc vers l’essentiel constitue l’unique épreuve de vérité.
Le signal attendu est clair. La taille du gouvernement, la qualité de ses membres et la sobriété de son train de vie diront si la rupture est réelle ou simplement proclamée. Le moment n’est plus aux ministères fantoches, mais à l’avènement d’un État sobre, juste et véritablement efficace.


