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[Tribune libre] Audit de la dette publique, la vérité des chiffres avant toute stratégie de redressement

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Face à l’urgence du redressement économique, le Gabon doit engager un audit indépendant et une digitalisation de son administration pour clarifier le montant réel de sa dette publique. Cette clarification, associée à une stratégie globale et transparente, est essentielle pour restaurer la crédibilité financière du pays et financer durablement son développement.

La dette publique est l’héritage d’engagements financiers successifs dont les effets se cumulent au fil du temps. Lorsque leur évolution n’est pas régulièrement évaluée et maîtrisée, ces engagements finissent par réduire les marges de manœuvre budgétaires de l’État et compliquer la conduite des politiques publiques. Dès lors, toute stratégie de redressement doit d’abord reposer sur une parfaite connaissance de l’encours réel de la dette.

L’audit exhaustif : préalable indispensable à la vérité des chiffres

Dans ce contexte, il apparaît indispensable d’assumer provisoirement le niveau d’endettement constaté, tout en engageant sans délai un audit général, indépendant et exhaustive de la dette publique. Cet audit constitue le préalable incontournable à toute politique de redressement, car il permettra d’établir avec précision le montant réel des engagements souverains du Gabon, en distinguant les dettes explicites, les dettes implicites, les passifs contingents, les garanties accordées par l’État ainsi que les éventuels engagements irréguliers ou insuffisamment documentés. Cette démarche mettra un terme aux chiffres parfois divergents avancés par différentes institutions et permettra à l’État, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’aux citoyens de disposer d’une référence unique, fiable et incontestable.

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La maîtrise de la dette ne peut cependant être dissociée d’une profonde réforme de la gouvernance des finances publiques. Celle-ci passe nécessairement par une digitalisation structurelle et intégrée de l’administration publique. Une administration entièrement numérisée garantit la traçabilité en temps réel des recettes, des dépenses, des marchés publics, de la dette, de la trésorerie et de la gestion des ressources humaines. En supprimant les traitements manuels, elle réduit les risques de fraude, de corruption, de doubles paiements, de détournements de fonds et d’erreurs comptables.

Vers une plateforme numérique unique des finances publiques

Le Gabon gagnerait ainsi à mettre en place une plateforme numérique unique reliant le Trésor public, la Direction générale des Impôts, les Douanes, de la Direction générale de la Comptabilité publique, la Direction de la Dette, les ministères, les établissements publics et les entreprises publiques. Chaque opération financière serait enregistrée, horodatée et contrôlable, offrant une visibilité permanente sur l’exécution du budget, la gestion de la trésorerie et l’évolution de la dette publique.

L’accumulation de la dette produit des conséquences économiques et sociales importantes : réduction des capacités d’investissement de l’État, augmentation du coût du service de la dette, dégradation de la crédibilité financière, renchérissement des emprunts, ralentissement de la croissance économique et diminution des ressources consacrées aux secteurs prioritaires tels que l’éducation, la santé, les infrastructures ou la protection sociale. À terme, elle peut également conduire à une pression fiscale accrue et affecter durablement le pouvoir d’achat des ménages.

Les piliers d’une stratégie globale de résorption

La résorption durable de cette dette repose sur une stratégie globale articulée autour de plusieurs priorités : finaliser l’audit afin de disposer d’une situation financière sincère et certifiée ; renforcer la mobilisation des recettes fiscales et douanières ; rationaliser les dépenses publiques ; orienter les nouveaux emprunts exclusivement vers des investissements productifs ; diversifier l’économie nationale ; renégocier, lorsque cela est opportun, certaines échéances afin d’alléger les tensions de trésorerie ; et instaurer une gouvernance fondée sur la transparence, la responsabilité et la digitalisation intégrale des finances publiques.

En définitive, la dette publique n’est pas un problème lorsqu’elle finance des investissements créateurs de richesse et de croissance. Elle devient en revanche un risque majeur lorsqu’elle est insuffisamment maîtrisée, mal documentée ou gérée dans un environnement où la transparence fait défaut. La priorité nationale doit donc être sans équivoque : établir, grâce à un audit indépendant, la vérité des chiffres, moderniser l’administration par une digitalisation complète des finances publiques et restaurer une gouvernance fondée sur la transparence, la responsabilité et la performance. C’est à cette condition que le Gabon pourra consolider sa crédibilité financière, renforcer sa souveraineté économique et préparer durablement son développement.

Arthur NdoungouEconomiste et Financier

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