Si les discours sur l’autonomisation des femmes saturent l’espace public à Libreville, la réalité du terrain reste marquée par un criant déficit de moyens. Pour briser ce plafond de verre économique, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) a réuni la semaine dernière dans la capitale gabonaise un consortium inédit. Objectif : structurer des mécanismes de financement innovants et adaptés pour faire de l’entrepreneuriat féminin le véritable moteur de la croissance nationale.
Au Gabon, les femmes constituent la colonne vertébrale de l’économie de proximité. Du commerce transfrontalier à l’artisanat en passant par l’agriculture vivrière et les services, elles font tourner le pays au quotidien. Pourtant, cette immense force de frappe se heurte systématiquement à un mur : l’exclusion financière. Les banques traditionnelles exigent des garanties souvent impossibles à fournir, tandis que les dispositifs existants s’avèrent déconnectés des réalités des petites activités génératrices de revenus.
C’est pour corriger cette anomalie structurelle que s’est tenue cette table ronde de haut niveau. Preuve de l’urgence du dossier, la rencontre a été portée conjointement par la ministre de la Planification et de la Prospective et sa collègue des Affaires sociales, chargée de la Protection de l’Enfance et de la Femme. Le secteur privé et le Parlement ont également répondu présents à travers une forte délégation de la Fédération des entreprises du Gabon (FEG) et de nombreux dirigeants d’établissements de crédit.

La révolution du « blended finance » pour casser les risques
Face à cet aéropage de décideurs, la représentante résidente de l’UNFPA au Gabon, le Dr Leila Saiji Joudane, est venue armée de solutions techniques concrètes. Elle a exposé une stratégie novatrice basée sur les financements mixtes (ou blended finance) et la multiplication des partenariats public-privé (PPP).
Le principe est simple mais redoutable d’efficacité : utiliser les fonds de l’aide internationale ou des subventions publiques comme un levier pour absorber le risque financier, incitant ainsi les banques commerciales privées à prêter massivement aux femmes à des taux préférentiels.
« L’investissement dans les femmes n’est pas une œuvre de charité. C’est un placement qui génère un impact économique et social mesurable et hautement rentable », a défendu avec force le Dr Leila Saiji Joudane.
Cinq piliers pour une feuille de route pragmatique
Loin de se limiter à des déclarations d’intention, les participants ont validé une matrice d’actions prioritaires pour transformer l’écosystème entrepreneurial féminin. L’inclusion bancaire radicale : faciliter l’accès aux micro-crédits et alléger les conditions d’ouverture de comptes pour les micro-entreprises.
Le scaling des PME féminines : accompagner le passage de l’informel vers des structures formelles plus robustes et exportatrices.
La tech comme levier : déployer des solutions de paiement et d’épargne mobiles adaptées aux commerçantes des marchés.
La structuration de l’épargne locale : institutionnaliser et sécuriser les mécanismes communautaires traditionnels (tontines).
Cap sur une gouvernance unifiée
La recommandation phare de ces assises demeure sans conteste la création imminente d’une plateforme nationale de gouvernance. Cette structure aura la lourde tâche de coordonner les financements, d’éviter la dispersion des efforts entre ministères et bailleurs de fonds, et de suivre l’exécution des projets sur le terrain.
Pour l’UNFPA et le gouvernement gabonais, le cap est désormais fixé. Investir dans le potentiel des Gabonaises ne relève plus seulement du devoir moral ou de la justice sociale, c’est un choix macroéconomique stratégique indispensable pour réduire les inégalités et accélérer le développement durable du Gabon.
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